Nous avions vu dans l’article précédent les Cassandre de la publicité prédire un avenir sombre pour les agences de publicité généralistes : de nouveaux entrants sur le marché qui empiètent le triple territoire d’expertise des agences (la stratégie, l’achat média, et la création), une perte d’attractivité générale et une relation de confiance abîmée avec les annonceurs. Tout l’environnement qui gravite autour des agences pourrait tendre à nous faire croire qu’il n’y aurait plus d’avenir pour ces structures qui ont pourtant tant brillé auparavant. 

Mais n’oublions pas que le calme revient toujours après une tempête, que les grands bouleversements sont toujours accueillis de manière relativement pessimiste, car remettent en question des fondements que l’on pensait alors intouchables. Si les agences se réinventaient, si elles fournissaient les efforts nécessaires à une résurrection pour être aussi séduisantes qu’avant, n’auraient-elles pas au contraire, un bel avenir devant elles ? 

Il faut donc apprendre à relativiser et dédramatiser : les changements s’opèrent dans des restructurations, des réorganisations, des fusions… mais au final, peu d’agences ferment leurs portes. L’objectif semble être alors un objectif d’adaptation, en séduisant à nouveau et en prenant les tournants qui accompagnent les mutations qui les entourent. Les agences doivent redessiner leur organisation pour mieux résister. 

La relation agences-annonceurs : vers une possible réconciliation ? 

Les annonceurs sont aujourd’hui mus par des exigences de plus en plus fortes en termes de créativité et surtout de technologies dans un objectif de valeur ajoutée toujours plus forte et d’ultra-personnalisation auprès de leurs publics. De plus, l’accélération dans le processus d’idéation et de production n’a cessé de dégrader les relations qu’ils entretiennent avec les agences.  À tout cela, s’ajoute une difficulté de la part de ces marques à essayer de comprendre et se représenter les coûts et efforts produits du côté des agences, venant accentuer un rapport de force déjà bien présent alors… 

Pourtant, chaque parti semble avoir les clés en main pour réinventer cette relation avant qu’elle n’implose et pour repenser cette « collaboration » autrement. 

Apprendre à abandonner le pouvoir de décision de la part des annonceurs au profit du collectif, de plus de flexibilité et remettre la création au centre paraît être un bon début pour apaiser les conflits existants. Les agences ne demandent qu’à travailler avec des marques plus souples et surtout, plus audacieuses.

Même si l’expression « on n’est jamais mieux servi que par soi-même » résonne aujourd’hui comme une évidence chez les grandes marques qui internalisent leur communication, elles ne doivent également pas oublier que les agences restent un levier de poids pour elles et leur développement. Les annonceurs peuvent mutualiser plusieurs expertises en interne, recruter des profils ultra-spécialisés…mais la création semble demeurer une spécialité que seules les agences ont le pouvoir de faire vivre. 

Une enquête menée par VTScan lors de l’événement du Club des Annonceurs, « The Brand Immersion #4 » en 2019.  se veut cependant rassurante : 70% des annonceurs sondés se disent toujours prêts à se tourner vers une agence (contre 42% pour une société de production et de contenus, 35% pour un cabinet de conseil et 24% pour les GAFA). 

De leur côté, les agences doivent créer un écosystème plus pointu dans lequel évoluer. Un écosystème fait d’agilité, de flexibilité, de souplesse pour optimiser ses différentes relations. En ce sens, les agences se devront, -malgré une internalisation de certaines compétences chez les marques – de devancer les annonceurs pour mieux les accompagner, en analysant pour mieux les comprendre et faire naître un besoin auquel elles peuvent répondre. Stéphane Chéry (Directeur de la communication externe et de la marque chez Groupe SNCF) parle dans une enquête menée par VTscan lors de l’évènement du Club des Annonceurs, en avril 2019, d’un point d’équilibre « entre internalisation forte des profils et externalisation pour être sûr d’avoir des professionnels à jour des tendances et techniques récentes ». 

La transparence est également un mot qui doit résonner dans les oreilles des agences et des annonceurs, Matthieu Reinartz, président de l’agence Hungry & Foolish, dans une interview accordée en Janvier 2020 au magazine Stratégies intitulée « Transparence : aux agences de montrer l’exemple. » , parle de l’importance de cette transparence (qui n’a pas toujours existé) entre agences et annonceurs. « Les marques auraient tout à gagner à jouer la carte de la transparence, il en va de la valeur de leur travail aux yeux des clients »

Ce constat est plus que vrai et il en va de la légitimité des agences : trop longtemps, elles n’ont pas fait assez preuve d’honnêteté sur le travail fourni, les honoraires… Les annonceurs doivent aussi être capables de comprendre ce qu’il se passe en coulisses : le temps de création, les différents acteurs, les ressources investies…et faire de cette compréhension la base solide d’une relation sans défiance. 

Les agences devront devancer les annonceurs pour mieux les accompagner.

Aux marques aussi d’instaurer un cadre responsable lors des appels d’offres et de compétitions d’agences qui nécessitent aux agences énormément d’investissements humains et techniques. 

On peut ainsi parler de co-création concernant l’avenir des relations agences-annonceurs : l’instauration d’une relation win-win, avoir une compréhension claire du rôle de chacun pour être toujours plus proches et envisager une manière plus collaborative d’aborder cette relation. Lionel Cuny, président de l’agence Insign a ainsi mis en place des nouvelles méthodes qui permettent d’être plus efficace dans la collaboration avec l’annonceur et a également investi dans ce qu’il appelle une « équipe de facilitation».  Il raconte que l’avenir de cette relation que l’on pourrait croire à jamais conflictuelle passera notamment selon lui par des « joint-ventures », c’est-à-dire des entreprises où agences et annonceurs seront associés.

Une perception nouvelle qui s’inscrit dans une logique de partenariat doit donc s’opérer des 2 côtés afin de faire face pour les agences, à la volatilité des annonceurs due à une autonomie de plus en plus forte.

Être jamais mieux servi que par soi-même : les agences intégrées

Ils ont aujourd’hui les outils pour effectuer une veille permanente et la capacité de se professionnaliser de leur côté. Dans une logique de baisse de coûts, de reprise de contrôle sur leurs données et d’une volonté de rendre les différents process plus rapides et plus simples, les annonceurs n’hésitent pas à intégrer en interne un service dédié à la communication. De quoi inquiéter les agences de publicité qui ont toujours endossé ce rôle.

Cependant, les agences généralistes peuvent se rassurer : les « in-house » ne pourront pas sur le long terme tout faire toutes seules. En effet, l’un des avantages majeurs des agences est bel est bien d’être extérieures à la marque. Avec un regard neuf, elles permettent ainsi de challenger les marques. 

De plus, sur des problématiques spécifiques, les agences auront besoin de partenaires avec des expertises spécifiques. On peut donc très bien penser que le rôle des agences classiques sera alors d’orchestrer tous les acteurs et les parties prenantes qui peuvent rentrer en compte dans un projet de communication. 

On voit également certaines agences qui n’hésitent pas à intégrer leurs collaborateurs chez leurs clients ou à créer des agences entièrement dédiées à celui-ci : une solution qui sonne comme un bon compromis.

Les talents, une source vitale pour la survie des agences

On peut l’affirmer aujourd’hui et on l’affirmera encore plus demain : les profils que l’on retrouve en agence, les « talents », constituent toute la valeur d’une agence. 

Or, les agences peinent de plus en plus à attirer des profils variés et au fort potentiel. Les agences semblent ne pas ou du moins ne plus répondre aux nouvelles aspirations d’une génération arrivant sur le marché, en quête avant tout de sens et de responsabilité dans son activité professionnelle et ainsi attirée de plus en plus par des start-ups, des cabinets de conseils ou par les annonceurs. Une génération plus encline à ne pas sacrifier sa vie personnelle et qui semble avant tout désenchantée par l’univers de la publicité et du marketing… 

Cependant, et on l’a déjà mentionné, les agences de publicité ne se font pas toutes seules. Elles se devront de recruter des profils de plus en plus ouverts, créatifs, agiles, en phase avec leur temps, capable de déployer les nouvelles technologies : c’est en effet ce qu’on appelle les « talents » qui feront la différence dans la mesure où la valeur des agences réside dans leur capital humain. 

Le secteur doit briller pour refaire des métiers de la communication et de la publicité des métiers qui demandent à mêler passion et engagement et non un simple assistanat d’intelligence artificielle et d’automatisation. C’est en effet là où elles arriveront à se différencier des agences issues de la technologie (l’une de leurs concurrentes), là où elles puisent leur force dans les process, elles pourront alors compter sur la qualité des équipes. Un point qui semble prévaloir compte tenu des profils recherchés. 

Pour ce faire, les agences doivent aller vers leurs futurs collaborateurs, aller les prendre par la main pour leur montrer la diversité et la passion qu’il peut exister dans le monde de la communication en créant par exemple, des partenariats avec les écoles, en montrant que les métiers sont en pleine mutation et que les prochaines années sont prometteuses pour l’avenir de la publicité. Cela doit également être accompagné par un travail de vulgarisation et de pédagogie en expliquant simplement et honnêtement comment fonctionnent les agences. Gilles Fichteberg,co-fondateur de l’agence Rosapark, et nouveau président de la délégation Publicité de l’AACC explique dans une interview vidéo accordée à La Réclame en janvier 2020 intitulée « Guerre des talents : comment la publicité compte-t-elle à nouveau séduire ? » , qu’il est convaincu que le métier de publicitaire est « formidable ». « Lorsqu’il est bien fait, c’est même un acteur central dans la transformation du monde. » Un argument qui semble solide face à une génération qui souhaite faire bouger les lignes. 

C’est en effet un aspect que l’on peut oublier dans la publicité : il ne s’agit pas juste de vendre, mais de penser le monde, d’aider à prendre la parole et faire bouger un environnement en ayant des engagements forts tout en bousculant les codes. Julien Casiro, fondateur de l’agence Braaxe explique dans une interview en Novembre 2018 pour La Réclame intitulée « Comment les agences peuvent redevenir attractives face aux startups », qu’« il faut communiquer sur ce que l’on fait pour ne pas être vus comme des grands agents de propagande du capitalisme, mais pour expliquer qu’on fait un travail sérieux, qui a un impact réel sur la consommation. » 

« Le métier de publicitaire est formidable. Lorsqu’il est bien fait, c’est même un acteur central dans la transformation du monde. » 

Gilles Fichteberg, dans une interview vidéo accordée à La Réclame en janvier 2020 intitulée « Guerre des talents : comment la publicité compte-t-elle à nouveau séduire ? »

De manière générale, les agences tendent à devoir revoir leur management et travailler « en mode start-up » car elles risquent de devenir obsolètes rapidement. En clair, elles se doivent de fonctionner de manière plus ouvertes afin de bâtir un écosystème qui peut évoluer rapidement et s’adapter à toutes les opportunités, tendances du marché mais aussi et surtout : aux personnes qui les composent. Là aussi, Julien Casiro nous explique que son agence Braaxe a mis en place une marque employeur qui permet de considérer les équipes, « à travers un plan d’intéressement, un système d’abondement qui permet d’accompagner les salariés dans leur vie professionnelle et personnelle, du mais aussi des formations ».  L’objectif est de montrer que l’on peut travailler dans la pub sans forcément finir tard, être mal payé et mal considéré. 

Dans la même lignée, le statut d’indépendant a facilité le « free-lancing » (avec l’arrivée du statut d’auto-entrepreneur), qui semble proposer un bon compromis : quitter les agences et permettre aux talents de bâtir eux-mêmes, une relation avec des marques qui partagent les mêmes valeurs, qui reconnaissent leur travail et trouvent ainsi un équilibre entre vie professionnelle et personnelle. Il permet également de l’agilité, de la flexibilité et de la rapidité de développement, là où les agences sont incapables de fournir ces avantages. 

Là où les nouveaux usages désacralisent et dématérialisent le lieu de travail permettant des pratiques comme le freelancing donnant l’occasion à chacun d’interagir avec son propre client, les agences doivent donc créer un lien social propre au sein de leur structure, créant une relation intime et de confiance entre collaborateurs et annonceurs. 

Même si ces 10 dernières années, selon une étude menée en 2019 par Malt, intitulée « Le Freelancing en France » le nombre de freelances a été multiplié par 2,5 dans l’hexagone (la moitié étant des profils créatifs), il faut cependant voir ce modèle comme étant un modèle alternatif, qui ne remplacera jamais complètement le monde des agences. 

Et le digital ?

Ces 20 dernières années, la publicité est passée d’une logique de communication se basant sur un média plus que dominant (qu’est la télévision), à une pluralité et atomisation des différents points de contact. 

Ce changement n’a pas seulement impacté la forme des messages, mais a obligé tous les acteurs œuvrant à les délivrer à se réinventer afin de répondre à des consommateurs et annonceurs demandant des partenaires de plus en plus pluridisciplinaires.  

Le digital a redéfini tout l’environnement publicitaire et son paysage concurrentiel en créant des frontières de plus en plus poreuses entre tous les acteurs du marché au profit de nouveaux entrants maîtrisant aussi bien, voire mieux que les agences, les différents outils et technologies au service de la communication. Les agences sont ainsi passées d’une quasi exclusivité à un statut de prestataire secondaire…  

L’intégration et une maîtrise pointue du digital paraissent donc devenir essentiels, voire vitaux : plutôt que de pointer du doigt les nouveaux acteurs de la tech, les agences généralistes doivent intégrer cette nouvelle culture du numérique pour maîtriser les différentes plateformes et nouvelles technologies. L’aversion au changement et à la prise de risque n’est plus une stratégie viable, elles ne doivent pas craindre de mettre la main dans la programmation, le code… Et intégrer de plus en plus, des équipes aux profils diversifiés : UX/UI designers, data scientists, data strategist, experts en IA, intégrateurs…

Data, ultra-personnalisation et IA

Nous l’avions vu lors du précédent article, aujourd’hui, le marketing et la communication sont guidés par un besoin de plus en plus accru d’ultra-personnalisation et d’un ciblage qui se doit d’être plus que précis : les algorithmes, le précision marketing, l’automatisation, le programmatique et l’exploitation de la data sont devenus des éléments indispensables au service des marques qui souhaitent s’adresser à leur public de manière optimale. 

Mais ce constat ne signe pas la mort des agences, il ne rime pas fatalement avec un remplacement total des capacités en agence, au contraire ! Prenons l’exemple de l’exploitation de la data : il ne faut pas oublier qu’elles restent des données relativement globales. Or, une campagne émotionnellement intelligente, marquante, est une campagne avec des réels insights. Les agences ont donc tout un rôle à jouer dans la création d’émotions fortes qui puise sa source dans recherche d’information là où elle se trouve. 

En ce qui concerne les achats médias, le programmatique a créé de nouveaux emplois, les agences doivent intégrer ces nouveaux profils comme nous l’avions expliqué juste avant.  

De même, l’intelligence artificielle n’est pas à craindre, mais plutôt une solution à adopter en complément. Même si une étude d’Accenture intitulée « AI : Built to scale » et publiée en Novembre 2019 montre que 86% des dirigeants français estiment que la réussite de leur entreprise sera conditionnée à un déploiement massif de l’IA, elle ne peut pas et ne sera pas (dans l’immédiat, en tout cas) totalement créative : les robots peuvent reproduire et optimiser mais ne peuvent pas être totalement innovants. On peut s’assurer que l’intervention humaine sera pour l’instant, toujours nécessaire dans un secteur comme la publicité qui se doit d’être toujours plus créative. 

Même si ces nouveaux outils d’aide à la décision (et parfois même à l’action) vont prendre une place de plus en plus importante, les agences pourront ainsi toujours compter sur le capital humain. La compréhension des objectifs de marque, tout comme les tendances, ne se font pas et ne s’analysent pas avec de l’intelligence artificielle ; la créativité, les grandes idées et donc les belles campagnes nécessiteront toujours une équipe de publicitaires. On peut donc penser que les efforts se concentreront sur une recherche de valeur ajoutée qui passe par le recrutement de talents, la création d’émotions dans les messages et de l’innovation dans les formats. 

Miser sur la créativité

Comme en écho à cette IA, on peut alors parler de créativité. Parler de créativité parce que n’est-ce pas là que réside l’essence même de publicité ? 

Nous l’avons déjà vu, l’industrialisation, l’automatisation du marketing et de la communication permettent d’optimiser et d’augmenter les capacités. Mais en aucun cas, ils ne pourront jouer un rôle plus important qu’est celui de la créativité. Une créativité au service de belles campagnes, d’une stratégie forte, de quelque chose qui a du sens. Les agences se placent ainsi comme détentrices d’un pouvoir précieux, en faisant preuve d’ultra créativité elles arriveront toujours à générer de l’émotion, de l’engagement et donc de l’efficacité pour les marques. 

La place de la créativité, bien que remise en question n’enlève donc pas aux agences le fait qu’elles tendent à être de plus en plus ambitieuses et créatives : il s’agira alors aux annonceurs d’être audacieux et de prendre des risques dans leur communication et publicité. 

« La loyauté envers une marque c’est du bullshit : créer une communauté de fans et de followers puis les cibler, n’est pas la solution idéale d’après les statistiques. Il faut taper large et parler à tout le monde.

Alexander Kalchev, dans une interview pour La Réclame intitulée « Les plus grands défis de la création publicitaire selon le DC de l’année ».

Une prise de conscience doit ainsi s’opérer du côté des annonceurs : ils se rendront compte qu’au-delà des nouveaux outils et des différents process qui en découlent, la créativité a un avantage concurrentiel qui n’est pas des moindres : elle génère selon les propos recueillis de Yan Claeyssen (Président de la Délégation Customer Marketing de l’AACC et président de Publicis ETO) dans un article sur le blog « Petit web » intitulé « N’écoutons pas les Cassandre : les agences ont un bel avenir devant elles ! », « la puissance et la singularité de la marque. » 

Petite subtilité cependant : pour Yan Claeyssen on ne parle ici pas seulement de « créativité conceptuelle ou graphique auxquelles les agences sont trop souvent réduites ». Mais de créativité avec un grand C, « celle qui mêle grandes idées, concepts avec nouvelles technologies, de la data… » celle qui fait bouger les lignes, et qui permet d’innover dans le secteur de la publicité, donc. 

À cet argument, vient s’ajouter le fait que l’ultra-personnalisation ne suffit pas : Pour Alexander Kalchev, Directeur de la création chez DDB Paris (et directeur de la création de l’année au Club des DA en 2019), « la loyauté envers une marque c’est du bullshit : créer une communauté de fans et de followers puis les cibler, n’est pas la solution idéale d’après les statistiques. Il faut taper large et parler à tout le monde.”

Bien-sûr être ultra-créatif ne suffira pas aux agences généralistes : il s’agira d’intégrer une dimension consulting et de nouveaux talents répondant aux nouveaux besoins du marché. C’est également pour faire face aux grands cabinets de conseil qui acquièrent des petites agences créatives à l’instar d’Accenture qui a racheté des structures comme The Monkeys, Rothco… 

Il n’en reste pas moins que la créativité jouera un rôle plus qu’important et que de nouveaux modèles émergent au sein des agences. Loïc Chauveau, CEO de Brand Station parlait déjà de « hotshop créative » dans une interview accordée à La Réclame en 2018 intitulée « Les agences de publicité ont-elles encore un avenir ? ». Selon lui, « c’est le seul et unique modèle qui vaudra dans la pub dans les années à venir. Des hotshop créatives qui auront intégré la production pour plus d’agilité et de maîtrise du craft, auront des liens étroits avec les milieux artistiques, et proposeront de très grandes idées créatives génératrices de business à leurs clients. » 

L’avenir appartiendra donc aux plus créatifs ? Selon Olivier Lefebvre (nouveau président de FF Paris), les créatifs doivent être en première ligne lors de la prise de brief, au même niveau qu’un commercial dans la relation que les agences entretiennent avec les annonceurs (interview accordée à La Réclame en Février 2019, intitulée « Les créatifs ont-ils repris le pouvoir en agence ? »). Une proposition qui semble alors plus que légitime. 

Hubert Blanquefort (Directeur Communication Digitale et Innovation chez EDF et ex-Président du Club des Annonceurs), lui, souligne l’importance d’un marketing créatif mais aussi data-driven : «Les agences doivent se concentrer sur ce qu’elles savent faire, sur leur valeur ajoutée première : transformer une idée de marque en stratégie créative et travailler sur la création. Elles sont les seules à pouvoir faire travailler les créatifs et proposer les stratégies créatives et des exécutions aux marques et aux annonceurs. (…) Tout cela, en intégrant le data marketing.» ( propos recueillis lors d’une interview accordée à La Réclame intitulée « Les pistes de métamorphoses pour le partenariat annonceur-agence » lors d’un évènement du Club des Annonceurs, « The Brand Immersion #4 » en avril 2019.)

L’innovation et la technologie augmentent chaque jour le terrain de jeu de la créativité, les agences devront donc bien entendu renforcer leurs pôles créatifs mais aussi y faire émerger une réelle culture numérique et digitale, tout en gardant en tête que cette précieuse créativité doit influencer la manière dont elles s’emparent de la technologie (et non pas le contraire, où la technologie limiterait la créativité).  

Jacques Séguéla (qu’on ne présente plus) en parle très justement dans une interview accordée à Stratégies en Octobre 2018 intitulée « Entrons en résistance contre les GAFA ! » : « La créativité sans technologie est amenée à s’éteindre et la tech sans créa fera de nous des robots. Vaut-t-il mieux être un humain mort ou un robot vivant ? Je préfère encore être un humain mort. »

Se remettre en question pour mieux se restructurer.

En réalité, les agences, en accusant uniquement les facteurs extérieurs, se privent de trouver les réels motifs de leurs difficultés. Même si le pessimisme qui peut se dégager dans le milieu peut paraître parfois excessif, il dresse néanmoins un constat difficile : celui du mal-être de ce secteur qui doit mener dès aujourd’hui, un combat sur tous les fronts. 

Les concurrents, qu’ils soient de nouvelles structures spécialisées et agiles, grands acteurs historiques comme les cabinets de conseil ou encore annonceurs eux-mêmes et freelances, doivent rester des acteurs évoluant dans un environnement partagé par les mêmes valeurs que les agences. Les composants d’un environnement sain étant la bienveillance, proximité, réciprocité et surtout confiance. Le secteur de la publicité est un secteur par nature, collectif, et ce seul constat suffirait à rassurer les plus sceptiques. 

De plus, elles ne doivent pas craindre les avancées technologiques, mais s’en emparer : voir les outils comme des outils d’augmentation du marketing et de la communication. Une occasion pour elles de concentrer leurs efforts sur une recherche d’efficacité et de valeur ajoutée à apporter à ceux-ci. L’humain pensera toujours des grandes idées, quand les machines et les outils produiront. 

Les agences, en plus d’être (ou de rester) encore plus créatives doivent également être proactives. Par là même, elles se doivent de viser un certain niveau d’excellence dans la mesure où les marques ne laissent plus de chance au « moyen » face à des consommateurs de plus en plus exigeants à tous les niveaux et surtout, sur la communication. 

C’est donc aux agences de miser sur cette créativité, qui doit s’épanouir sur le terreau d’une culture nouvelle, faite de nouvelles technologies et de nouveaux usages. Si on ne prédit pas un avenir trop sombre aux agences, sur le long terme, les réels survivants seront ceux qui feront preuve d’agilité, d’innovation, et surtout de créativité.  

Aussi, les agences doivent redorer leur image et s’ouvrir à un public encore plus large en continuant d’expliquer et de justifier le rôle de la publicité tout en allant recruter des profils pertinents (data analysts, créatifs spécialisés dans le digital…). Il s’agira ensuite de les fidéliser (en flexibilisant les conditions de travail par exemple), tout en développant une culture d’entreprise forte et en développant les diverses compétences. Par là même, elles se doivent de suivre les nouveaux modes d’organisation du travail (on parle de plus en plus de « flex offices », travail en mode « projets » et non en silos par exemple) et de faire interagir les différents profils que l’on retrouve en agences (juniors/seniors, digital etc…). 

Dans un avenir qui semble pointer vers une restructuration globale du métier, il faut savoir cerner où se trouve sa valeur ajoutée. 

Les agences doivent ainsi opérer une double mutation : en revoyant le business modèle de leurs clients, mais également en se restructurant elles-mêmes, en développant des nouvelles méthodes de travail avec des équipes pluridisciplinaires afin de se positionner sur des logiques de rupture qui bousculent les conventions (en matière de créations et aussi de stratégies). 

Les agences de demain devront également avoir une valeur d’expertise, jouer un vrai rôle de conseil auprès des marques. En plus de faire preuve d’expertises multiples, elles doivent être capables de répondre à des demandes de plus en plus diverses et pointues, être en phase avec leur temps. Même si de nombreux annonceurs tendent à internaliser des compétences d’analyse et être de plus en plus polyvalents, il n’en reste pas moins qu’ils ne sont structurellement et culturellement pas voués à cette tâche. La transparence dans les relations agences-annonceurs doit aussi être une résolution adoptée par tous, plaçant les agences comme des partenaires agiles dans un objectif d’une relation « co-construite. » 

Sources :

  • Enquête VTScan menée lors de l’événement du Club des Annonceurs, « The Brand Immersion #4 » en 2019.  200 personnes ont été sondées, dont 99 annonceurs et 101 répondants issus d’agences.
  • Interview de Stéphane Chéry, dans le cadre d’une enquête menée par VTscan lors de l’évènement du Club des Annonceurs, en avril 2019. 
  • Interview de Matthieu Reinartz , accordée en Janvier 2020 au magazine Stratégies intitulée « Transparence : aux agences de montrer l’exemple. »
  • Interview vidéo de Lionel Cuny intitulée « Plus de collaboratif dans la relation annonceur-agence ? » pour La Réclame en janvier 2020.
  • Interview vidéo de Gilles Fichteberg, accordée à La Réclame en janvier 2020 intitulée « Guerre des talents : comment la publicité compte-t-elle à nouveau séduire ? »
  • Interview de Julien Casiro en Novembre 2018 pour La Réclame intitulée « Comment les agences peuvent redevenir attractives face aux startups »
  • Etude menée en 2019 par Malt, intitulée « Le Freelancing en France ».  
  • Etude menée par Accenture intitulée « AI : Built to scale » et publiée en Novembre 2019.
  •  Article du blog « Petit web » intitulé « N’écoutons pas les Cassandre : les agences ont un bel avenir devant elles ! ».
  • Interview de Alexander Kalchev pour La Réclame intitulée « Les plus grands défis de la création publicitaire selon le DC de l’année »  
  • Article publié en Décembre 2017 par Stratégies, intitulé « Accenture rachète Rothco, une agence de publicité Irlandaise ».
  •  Interview de Loic Chauveau, accordée à La Réclame en 2018 intitulée « Les agences de publicité ont-elles encore un avenir ? »
  • Interview de Olivier Lefebvre accordée à La Réclame en Février 2019, intitulée « Les créatifs ont-ils repris le pouvoir en agence ? » 
  • Interview de Hubert Blanquefort accordée à La Réclame intitulée « Les pistes de métamorphoses pour le partenariat annonceur-agence » lors d’un évènement du Club des Annonceurs, « The Brand Immersion #4 » en avril 2019.
  •  Interview de Jacques Séguéla accordée à Stratégies en Octobre 2018 intitulée « Entrons en résistance contre les GAFA ! »