Comment expliquer l’augmentation de l’obésité en France, alors que les campagnes de promotion pour une alimentation saine et les initiatives visant à encourager de meilleures habitudes alimentaires se multiplient ?
L’obésité (encadré 1) est un enjeu de santé publique qui prend de l’ampleur en France depuis vingt ans. Pourtant, plusieurs mesures ont été mises en place pour encourager une alimentation plus saine, comme le Nutri-Score, la taxation des sodas ou encore les recommandations du Programme National Nutrition Santé (PNNS).
Malgré cela, le surpoids et l’obésité continuent d’augmenter. Cette étude cherche à comprendre pourquoi ces initiatives n’ont pas suffi à freiner cette tendance. Pour cela, une approche mixte a été adoptée combinant une analyse de la littérature existante, un questionnaire quantitatif en ligne (via Google Forms) pour recueillir l’avis du public et des entretiens qualitatifs avec des professionnels de santé.
Les résultats montrent que plusieurs obstacles limitent l’impact des politiques actuelles : les inégalités socio-économiques, l’influence du marketing alimentaire et l’insuffisance de l’éducation nutritionnelle.
Pour améliorer la situation, les recommandations incluent un encadrement plus strict de la publicité des produits ultra-transformés (plats-préparés, fast-food…), un renforcement de l’éducation nutritionnelle et des mesures économiques pour rendre les choix alimentaires plus équilibrés accessibles à tous.
- Pourquoi les Français peinent-ils à adopter une alimentation plus saine ?
- Les professionnels de santé alertent sur le manque d’efficacité des mesures actuelles contre l’obésité
- Obésité : quand sensibilisation et réalité du terrain se confrontent
- Quel avenir pour la prévention de l’obésité en France ?
Encadré 1 : Qu’est-ce que l’obésité ?
L’obésité, selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), se traduit comme une accumulation excessive de graisse corporelle pouvant nuire à la santé. Elle est couramment évaluée par l’indice de masse corporelle (IMC), qui qualifie une personne en surpoids si son IMC est supérieur à 25, et d’obèse si cet indice dépasse 30. Cette pathologie augmente les risques de maladies chroniques, comme le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires et certains cancers.
En France, les modes de vie et les habitudes alimentaires ont beaucoup changé ces dernières décennies. L’urbanisation, le travail de plus en plus sédentaire et la large disponibilité d’aliments transformés ont favorisé la hausse des cas d’obésité.
Malgré les efforts des pouvoirs publics pour freiner cette progression, plusieurs freins persistent : les contraintes économiques, l’omniprésence du marketing agroalimentaire et le manque d’accompagnement éducatif et préventif.
L’étude suivante analyse les limites des politiques actuelles de prévention et les facteurs qui influencent les choix alimentaires des Français. Elle s’appuie sur une revue de la littérature, une enquête quantitative menée auprès du grand public et des entretiens qualitatifs avec des professionnels de santé. L’étude cherche à mieux comprendre les obstacles à l’efficacité des mesures mises en place et à proposer des recommandations adaptées aux réalités des consommateurs.
1. Pourquoi les Français peinent-ils à adopter une alimentation plus saine ?
L’enquête a été menée auprès de 32 participants afin d’analyser leur connaissance et leur perception des politiques publiques de lutte contre l’obésité, ainsi que les obstacles à une alimentation équilibrée.
Composée de 16 questions mêlant réponses fermées, échelles de perception et questions ouvertes, elle avait pour but d’évaluer la notoriété des initiatives publiques (Nutri-Score,PNNS, taxation des sodas…). L’étude cherchait également à comprendre les éléments influençant les choix alimentaires des répondants, à identifier les principaux freins à une alimentation saine et à recueillir leurs suggestions pour améliorer les politiques nutritionnelles.
1.1 Les politiques nutritionnelles sont-elles réellement efficaces ?
Les résultats mettent en évidence plusieurs tendances intéressantes. La connaissance des actions publiques en nutrition est inégale : 94,7 % des répondants connaissent le Nutri-Score, mais seulement 10,5 % ont déjà entendu parler du Programme National Nutrition Santé (PNNS) et 42,1 % ont entendu parler de la taxation des sodas, ce qui montre un manque de visibilité de certaines mesures.

Bien que 73,7 % des répondants aient connaissance de ces campagnes, ils les jugent peu efficaces. Seuls 15,8 % estiment qu’elles ont vraiment influencé leurs habitudes alimentaires, tandis que 89,4 % affirment les avoir peu ou pas du tout modifiées.

1.2 Le prix avant tout : un frein majeur à une alimentation équilibrée.
D’après l’étude, les choix alimentaires des participants sont avant tout influencés par le prix (89,5 %), le goût (68,4 %) et les informations nutritionnelles (63,2 %). Ces résultats montrent que, même si les répondants font attention à la qualité nutritionnelle des aliments, ils privilégient surtout ce qui est abordable et savoureux, ce qui peut parfois compliquer l’adoption d’une alimentation plus saine.

Par ailleurs, le prix des aliments sains apparaît comme un frein important, 84,2 % des participants jugent leur coût trop élevé, même s’il existe des alternatives pour manger sain à moindre coût. Ce problème touche particulièrement les foyers aux revenus modestes, qui ont moins de marge de manœuvre pour choisir une alimentation équilibrée.

1.3 Le marketing alimentaire dicte-t-il nos choix sans que nous en ayons conscience ?
Aujourd’hui, 89,4 % des participants constatent une augmentation des publicités pour les produits ultra-transformés ces dernières années. Bien que 52,6 % disent ne pas être influencés par ces campagnes, 68,4 % estiment que le marketing des industriels, à travers les emballages, la publicité, les influenceurs et les promotions, influence largement les choix alimentaires des consommateurs.

Les publicités pour les aliments transformés et les fast-foods sont de plus en plus présentes. La majorité des participants en consomment régulièrement, même si 73,7 % limitent leur consommation à une à deux fois par mois. Aucun ne s’en prive totalement, alors que l’une des principales causes de l’obésité en France est une alimentation trop riche. Ces résultats montrent que, malgré une sensibilisation accrue aux enjeux nutritionnels, les choix alimentaires restent largement influencés par le marketing, le prix des produits et l’environnement alimentaire.

1.4 les leviers d’action selon les consommateurs.
Pour lutter contre l’obésité en France, 78,9 % des participants considèrent que rendre les aliments sains plus abordables serait une mesure essentielle. Une meilleure éducation nutritionnelle dès l’école est également jugée importante par 57,9 % des répondants, tandis que 73,7 % estiment qu’il faudrait augmenter l’offre de produits sains en supermarché pour faciliter des choix alimentaires plus équilibrés.

De plus, 89,5 % des participants estiment qu’un encadrement plus strict de la publicité des aliments ultra-transformés serait une solution efficace pour lutter contre l’obésité. Toutefois, 68,4 % d’entre eux précisent que cette mesure ne serait réellement efficace que si elle s’accompagne d’autres actions complémentaires.
Cette enquête démontre que les politiques publiques actuelles manquent d’impact sur les comportements alimentaires. Le prix des aliments sains reste un frein majeur, tandis que le marketing agroalimentaire influence largement les choix des consommateurs.
Pour lutter contre l’obésité, les participants recommandent de rendre les produits sains plus accessibles, d’améliorer l’éducation nutritionnelle et de mieux encadrer la publicité des aliments ultra-transformés. Une approche plus globale, alliant sensibilisation et mesures économiques, semble essentielle pour favoriser une alimentation plus équilibrée.
2. Les professionnels de santé alertent sur le manque d’efficacité des mesures actuelles contre l’obésité.
Les huit professionnels de santé interrogés à travers des entretiens semi-directifs, en lien avec leur domaine d’expertise, confirment que l’obésité est un problème de plus en plus préoccupant. Ils constatent une hausse significative des maladies associées, comme le diabète, l’hypertension et les douleurs articulaires. Au quotidien, ils observent une prise de poids généralisée chez leurs patients, touchant toutes les tranches d’âge.
Selon eux, les causes de cette tendance sont multiples. L’alimentation trop riche en produits ultra-transformés est un facteur clé, ces aliments étant souvent moins chers et plus accessibles que les produits frais. À cela s’ajoute une sédentarité accrue, notamment avec le développement du télétravail et la diminution des activités physiques quotidiennes. Pour certains patients, le manque de temps et la fatigue rendent difficile l’adoption d’une alimentation plus saine et d’un mode de vie plus actif.
2.1 Un manque d’informations et des recommandations peu adaptées.
Un autre problème majeur identifié est le manque d’éducation nutritionnelle. Beaucoup de patients sont conscients des dangers d’une mauvaise alimentation, mais ne savent pas comment s’y prendre pour améliorer leurs habitudes alimentaires. Certains sont influencés par des conseils contradictoires, notamment sur les réseaux sociaux, ce qui les empêche d’adopter une approche équilibrée et durable. Comme l’explique un médecin généraliste, « mes patients savent qu’ils doivent manger mieux, mais ils ne savent pas quoi changer concrètement dans leur alimentation. »
Les campagnes de prévention existantes sont jugées trop générales et peu adaptées aux réalités des consommateurs. Dire qu’il faut manger cinq fruits et légumes par jour ou pratiquer une activité physique régulière ne suffit pas si ces recommandations restent difficiles à appliquer au quotidien. Beaucoup de patients ne se sentent pas directement concernés par ces messages ou n’ont pas les moyens de suivre ces conseils.
2.2 Un environnement alimentaire défavorable et un marketing omniprésent.
Les professionnels de santé s’accordent à dire que le marketing agroalimentaire influence fortement les choix des consommateurs. Les promotions sur les produits ultra-transformés sont omniprésentes en magasin, rendant ces aliments plus attractifs, tandis que les produits sains restent plus coûteux et moins visibles. Certains patients sont également influencés par les publicités et les stratégies des marques, qui savent comment capter leur attention et créer une fidélité aux produits sucrés et gras. Comme le souligne un expert en nutrition, « l’industrie agroalimentaire sait contourner les règles pour mettre en avant des produits de faible qualité nutritionnelle à des prix attractifs. »
Les enfants sont particulièrement vulnérables à cette influence, car ils sont exposés dès le plus jeune âge aux publicités pour des produits sucrés, que ce soit à la télévision, sur internet ou à travers des emballages colorés et attractifs. Cette exposition précoce conditionne leurs préférences alimentaires et rend plus difficile la mise en place d’une alimentation équilibrée à l’âge adulte.
2.3 Un accès limité aux soins nutritionnels et un manque d’accompagnement.
L’un des freins identifiés à la lutte contre l’obésité est le manque d’accès aux consultations spécialisées. Les diététiciens et nutritionnistes sont peu remboursés, ce qui limite l’accès aux soins pour les personnes ayant un budget restreint. De nombreux patients ne peuvent pas bénéficier d’un suivi personnalisé, alors qu’un accompagnement régulier faciliterait une transition vers une alimentation plus équilibrée et durable.
Par ailleurs, l’activité physique reste peu intégrée aux parcours de soins. Les personnes en surpoids ont souvent des difficultés à pratiquer du sport, notamment à cause de douleurs articulaires ou d’un manque de confiance en elles. Pourtant, elles ne bénéficient que rarement d’un programme adapté à leurs besoins. Un kinésithérapeute explique que « beaucoup de mes patients gagneraient à avoir un accompagnement progressif, plutôt que d’être laissés seuls face aux injonctions de faire du sport. »
2.4 Des solutions pour améliorer la prise en charge et la prévention.
Face à ces constats, les professionnels de santé estiment qu’il faut des mesures plus fortes et mieux ciblées pour lutter contre l’obésité. Ils considèrent qu’il est essentiel d’encadrer plus strictement la publicité des produits ultra-transformés, notamment ceux destinés aux enfants, afin de limiter leur attractivité. Pour améliorer la situation, il serait aussi nécessaire de rendre les aliments sains plus accessibles en mettant en place des subventions ou en réduisant la TVA sur les fruits et légumes. Une éducation nutritionnelle renforcée dès l’école est également perçue comme une priorité, en intégrant des ateliers pratiques pour apprendre à cuisiner sainement et à décrypter les étiquettes alimentaires.
L’accès aux soins doit également être amélioré en facilitant la prise en charge des consultations diététiques et en intégrant l’activité physique dans les parcours de soin. Aujourd’hui, les personnes en surpoids doivent souvent financer elles-mêmes leur suivi nutritionnel ou leur programme d’exercices, ce qui constitue un frein important. Une meilleure coordination entre les médecins, les diététiciens et les coachs sportifs spécialisés permettrait d’offrir aux patients un accompagnement plus adapté et plus efficace sur le long terme.
L’obésité ne se résume pas à un problème individuel, mais reflète un système alimentaire et social qui favorise les mauvaises habitudes. Si les campagnes de sensibilisation actuelles posent des bases intéressantes, elles restent insuffisantes pour provoquer un véritable changement des comportements. Une politique plus ambitieuse et cohérente est nécessaire pour agir sur l’environnement alimentaire, améliorer l’accès à des produits sains et proposer un accompagnement adapté aux personnes concernées.
3. Obésité : quand sensibilisation et réalité du terrain se confrontent.
L’analyse des résultats obtenus auprès du grand public et des professionnels de santé confirme les constats de la littérature scientifique : les politiques actuelles de lutte contre l’obésité sont connues mais jugées inefficaces, et les freins à une alimentation saine sont multiples.
Bien que le Nutri-Score et la taxation des sodas aient été mis en place, leur impact réel reste limité. Le questionnaire montre que ces mesures sont peu connues et n’ont pas changé durablement les comportements alimentaires. Les professionnels de santé soulignent que leurs patients sont souvent perdus face aux recommandations nutritionnelles, ce qui renforce le besoin d’une meilleure communication et d’un accompagnement adapté.
Le coût des aliments sains apparaît comme un frein essentiel, confirmé à la fois par les consommateurs et les professionnels. Les recherches scientifiques montrent que les populations à faibles revenus sont particulièrement touchées, notamment en raison d’une offre alimentaire qui favorise les produits ultra-transformés. L’enquête publique et les entretiens confirment que l’accès à des aliments sains est limité par des contraintes économiques et géographiques.
Si une partie du public estime ne pas être influencée par la publicité, les professionnels de santé affirment le contraire. La littérature scientifique prouve que le marketing agroalimentaire joue un rôle clé dans la consommation de produits ultra-transformés, notamment chez les enfants. Plusieurs pays ont adopté des régulations strictes sur la publicité alimentaire, alors que la France reste plus permissive.
L’enquête montre que le public considère l’éducation nutritionnelle comme essentielle et les professionnels alertent sur son manque d’efficacité actuel. La prévention reste trop générale et peu adaptée aux réalités des consommateurs. De plus, l’accès aux diététiciens et aux suivis nutritionnels reste limité, ce qui empêche un accompagnement personnalisé pourtant jugé indispensable par les experts.
Les résultats convergent sur plusieurs recommandations :
- Améliorer la communication autour des politiques publiques pour les rendre plus accessibles et compréhensibles.
- Rendre les aliments sains plus abordables via des subventions ou une baisse de la TVA.
- Encadrer plus strictement la publicité alimentaire, en particulier pour les produits ultra-transformés.
- Faciliter l’accès à des suivis nutritionnels et médicaux, pour accompagner durablement les changements alimentaires.
Les politiques actuelles posent des bases, mais ne suffisent pas à transformer les comportements alimentaires. Une approche plus globale, combinant sensibilisation, accessibilité économique et encadrement du marketing, serait nécessaire pour enrayer la progression de l’obésité en France.
4. Quel avenir pour la prévention de l’obésité en France ?
Cette étude met en évidence les limites des politiques publiques actuelles face à la progression de l’obésité en France. Malgré des initiatives comme le Nutri-Score et la taxation des sodas, leur impact reste limité, en grande partie à cause du coût élevé des aliments sains et de l’influence persistante du marketing agroalimentaire.
Les professionnels de santé confirment ces constats et soulignent l’importance d’un accompagnement personnalisé, d’une meilleure éducation nutritionnelle et d’une régulation plus stricte de la publicité alimentaire. Une approche plus globale, combinant mesures économiques, éducatives et réglementaires, apparaît indispensable pour modifier durablement les comportements alimentaires.
Enfin, cette étude ouvre plusieurs pistes de réflexion. Il serait pertinent d’examiner plus en profondeur l’impact des stratégies marketing sur les habitudes alimentaires des jeunes générations et d’évaluer l’efficacité des politiques mises en place à l’international. Par ailleurs, une réflexion plus large sur l’environnement alimentaire et l’aménagement des espaces urbains pourrait permettre d’identifier de nouvelles solutions pour favoriser un mode de vie plus sain. Lutter contre l’obésité ne peut se limiter à des recommandations individuelles : une réforme structurelle du système alimentaire et des politiques de santé publique est essentielle pour freiner cette tendance.
Revue de littérature
1.1 L’obésité : un phénomène multifactoriel en progression.
L’obésité est un problème de santé publique croissant en France. Sa prévalence a presque doublé en 20 ans, atteignant 17 % en 2020 contre 8,5 % en 1997 (Santé Publique France, 2024). Cette augmentation s’explique par plusieurs facteurs, dont la transformation des modes de vie, la sédentarité accrue et la modification des habitudes alimentaires.
Les environnements dits « obésogènes » jouent également un rôle clé. Certaines populations, notamment les foyers à faibles revenus, sont particulièrement exposées en raison de la forte présence d’enseignes de restauration rapide et d’un accès limité aux produits frais (Dupuy et al., 2011). Cependant, ce lien entre précarité et obésité est discuté. Certaines études nuancent cette relation, en montrant que des facteurs culturels et éducatifs influencent aussi les comportements alimentaires (Goryakin et al., 2015).
Par ailleurs, l’essor des produits ultra-transformés, souvent plus abordables que les produits frais, contribue à cette dynamique (Géoconfluences, 2023). Toutefois, si leur consommation est bien identifiée comme un facteur de risque, elle ne suffit pas à expliquer seule la progression de l’obésité. La baisse de l’activité physique et des changements métaboliques liés au stress et au mode de vie jouent aussi un rôle important (Popkin et al., 2020).
1.2 Les politiques publiques françaises : un impact limité sur les comportements alimentaires.
Face à cette progression, les pouvoirs publics ont mis en place plusieurs initiatives, dont le Programme National Nutrition Santé (PNNS), lancé en 2001 pour structurer les recommandations nutritionnelles et sensibiliser la population (Santé Publique France, 2023). Parmi les mesures phares, le Nutri-Score, système d’étiquetage simplifié, vise à aider les consommateurs à choisir des produits plus sains (Egnell et al., 2020).
Cependant, des études montrent que son efficacité reste limitée. Son impact est plus marqué chez les consommateurs déjà sensibilisés, tandis que les populations les plus vulnérables y prêtent moins attention (Fialon et al., 2022). De plus, son adoption se heurte aux réticences de l’industrie agroalimentaire, qui privilégie des labels moins contraignants (Le Monde, 2021).
Autre mesure clé, la taxation des sodas, mise en place en 2012, a contribué à réduire la consommation de boissons sucrées, mais son effet global sur l’amélioration des habitudes alimentaires reste modeste. Les boissons taxées sont parfois remplacées par d’autres produits sucrés, ce qui limite l’impact réel sur la santé publique (HugoDécrypte, 2023).
Les expériences menées à l’international suggèrent que l’approche fiscale seule est insuffisante. Des politiques combinant taxation des produits malsains et subventions pour les aliments sains ont montré des résultats plus significatifs. Au Royaume-Uni, par exemple, une réduction de 30 % du prix des fruits et légumes a favorisé leur consommation, surtout lorsqu’elle était associée à des campagnes d’éducation alimentaire (IDDRI, 2023).
1.3 L’influence du marketing alimentaire sur les choix de consommation.
Le marketing alimentaire joue un rôle central dans les comportements alimentaires, notamment chez les jeunes. Les industries agroalimentaires utilisent des stratégies publicitaires variées : télévision, réseaux sociaux, placements de produits, influenceurs et promotions ciblées (Friand-Perrot, 2018).
Les études montrent que plus de 50 % des publicités alimentaires vues par les enfants concernent des produits classés D ou E par le Nutri-Score (Santé Publique France, 2023). En réponse, certains pays ont adopté des mesures plus strictes. Le Chili impose par exemple des logos d’avertissement sur les produits riches en sucre, sel et graisses, et interdit leur publicité aux heures de grande audience (Corvalán et al., 2019). Le Royaume-Uni a interdit la diffusion de ces publicités avant 21h pour réduire leur impact sur les jeunes consommateurs (Friand-Perrot, 2018).
En France, les publicités alimentaires doivent inclure un message sanitaire, mais cette mesure est jugée peu efficace face aux techniques de persuasion des industriels (INSERM, 2014). Des experts recommandent un encadrement plus strict, avec une interdiction des publicités pour les produits ultra-transformés ciblant les jeunes, et un contrôle renforcé des placements de produits sur les réseaux sociaux (Vie Publique, 2023).
Toutefois, certaines recherches tempèrent ces conclusions en affirmant qu’un marketing responsable et des campagnes éducatives bien conçues peuvent aussi influencer positivement les comportements alimentaires (Kraak et al., 2016).
1.4 Perspectives pour renforcer la lutte contre l’obésité.
Des mesures plus ambitieuses sont nécessaires pour endiguer la progression de l’obésité en France. Plusieurs recommandations sont formulées par les experts :
- Un encadrement renforcé du marketing alimentaire, limitant la publicité des produits ultra-transformés aux heures de grande audience et sur les réseaux sociaux (Corvalán et al., 2019).
- Une subvention des aliments sains, notamment les fruits et légumes, pour améliorer leur accessibilité aux ménages les plus modestes (IDDRI, 2023).
- Un étiquetage nutritionnel obligatoire, généralisant le Nutri-Score à tous les produits alimentaires (Egnell et al., 2020).
- Une meilleure éducation nutritionnelle, avec des modules d’apprentissage sur la lecture des étiquettes et la nutrition dès le plus jeune âge (CNA, 2022).
Cependant, certaines critiques mettent en garde contre des mesures trop isolées, qui risquent d’avoir un effet limité si elles ne s’intègrent pas dans une stratégie plus globale. L’éducation nutritionnelle seule ne suffit pas, car elle doit s’accompagner d’un environnement facilitant les bons choix alimentaires (Swinburn et al., 2019).
Enfin, il est essentiel de réfléchir aux effets pervers de certaines incitations économiques. Une taxation trop élevée des produits sucrés pourrait, par exemple, accentuer les inégalités si elle ne s’accompagne pas de solutions alternatives abordables (Silver et al., 2017).
Bibliographie
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Ego (YouTube) (2024). Pourquoi l’obésité explose en France ?. Vidéo disponible sur : https://www.youtube.com/watch?v=OkUkNGLNEz4
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