La nature est malmenée et malheureusement négligée. L’être humain a transformé son environnement naturel au point que la situation en devienne critique. Beaucoup de questions en 2020 alimentent chaque jour les débats télévisuels, les conversations sur internet, les documentaires, les écrits de scientifiques, de journalistes spécialisés ou de personnalités publiques.
« Nous passons notre temps à oublier, oublier que nous vivons sur une planète limitée à laquelle nous appliquons un principe illimité, ce qui accélère le processus d’épuisement des ressources et d’accroissement des inégalités structurelles, source de mécontentements, de frustrations et de conflits. »
Pierre RABHI « La part du colibri »
Changements climatiques – causes et conséquences
Au 19ème siècle, le nombre d’êtres humains sur Terre a été annoncé à plus de 900 millions. C’est à partir de 2013 que nous avons atteint les 7 milliards d’habitants. Ce chiffre implique plusieurs difficultés et notamment le fait de subvenir aux besoins de tous. Les chiffres prévisionnels de PopulationData.net ont montré qu’en 2100, il est fort probable que nous atteignions les 11 milliards (1), une croissance incroyable qui s’accompagnera d’une augmentation des modes de consommation. Notre société évolue chaque jour : nos métiers, nos modes de vie, nos modes de consommation, de communication, etc. Des évolutions qui oublient souvent certains enjeux, certains paramètres, et qui négligent l’environnement. Elles ont des conséquences irréversibles et compromettent aujourd’hui notre cadre de vie et sa pérennité.
Avant, la planète se développait sans problème avec sa propre loi : les lois naturelles. L’homme a modifié son autorégulation et participe maintenant à sa destruction. Avec l’exploitation des sols, la déforestation, la chasse, la surpêche, l’éradication de certaines espèces animales, de certaines plantes, des écosystèmes entiers sont éteints ou menacés. Sans oublier un réchauffement climatique de plus en plus réel, que la planète n’a jamais vécu. Les rapports du GIEC (le Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Évaluation du Climat) nous apportent des précisions sur les origines de ces modifications environnementales (2). Ils indiquent et affirment inévitablement l’augmentation de la concentration des gaz à effet de serre. Cela entraîne des changements avec de lourdes conséquences au niveau des températures, de la fonte des glaces et du niveau des mers. Ces événements extrêmes proviennent de l’activité humaine, et plus particulièrement du réchauffement climatique. Ce sont par exemple les cas récents des feux destructeurs qui ont duré plusieurs mois en Amazonie et en Australie. Ces derniers provoquent des conséquences malheureuses telles que des décès, des extinctions d’espèces animales, une déforestation massive avec des millions d’hectares brûlés, des réfugiés climatiques et la disparition de territoires. La nature parvient alors de plus en plus difficilement à subvenir aux besoins de l’Homme, ses besoins vitaux : problèmes de production d’oxygène, de pollinisation des insectes, de l’épuration des eaux de manière naturelle… Tous ces services que la nature nous rend et qui sont vitaux sont menacés avec, à terme, des risques de pénurie.
« Nous profitons gratuitement de services écosystémiques dont la valeur est astronomique ».
Tim Newbold, chercheur spécialisé dans l’impact humain sur la biodiversité au sein du University College of London,
Le Monde (3)
Depuis plusieurs décennies, les Pays organisent des assemblées et des Sommets à échelle nationale et internationale. Des traités et des lois sont mis en place pour tenter de lutter contre ces phénomènes et diminuer leurs conséquences. L’un des plus connus est l’Agenda 21 : signé par 172 pays membres des Nations Unies en 1992 lors du Sommet de la Terre, il avait comme stratégie d’impliquer tous les secteurs : culturels, économique et environnemental de chaque pays engagé. Une décision mondiale fut mise en place localement pour atteindre un développement durable. Les objectifs premiers sont d’améliorer l’environnement et la qualité de vie des populations, et de soutenir les décisions qui permettraient d’atteindre un modèle de développement durable efficace pour le 21ème siècle. Les thèmes étaient par exemple : la protection de l’atmosphère, la lutte contre la désertification et la sécheresse.
Depuis 2015, un autre agenda existe : l’Agenda 2030. Ce sont cette fois 193 États membres de l’ONU qui ont adopté ce programme de développement durable pour 2030. Il vise les populations, la planète, et la paix. Il a pour objectif de transformer notre monde en supprimant la pauvreté et en se tournant vers un développement durable optimal. Parmi les 17 objectifs de l’Agenda, les événements éco-responsables visent par exemple :
- « 6 Eau propre et assainissement »
- « 7 Énergie propre et d’un coût abordable »
- « 11 Villes et communautés durables »
- « 12 Consommation et production responsables »
- « 13 Mesures relatives à la lutte contre les changements climatiques »
D’après la liste des « 17 objectifs de développement durable », disponibles sur le site de l’Agenda 2030 en France. (4)
Les événements et leur impact sur l’environnement
La cause de tous ces changements est liée à plusieurs facteurs. C’est l’évolution du comportement et des mentalités de vie de tout un système, de toute sa population et ses habitudes de vie, qui est à revoir. L’organisation événementielle et ses évolutions a sa part aussi de responsabilité. Le développement et l’accessibilité à la culture, pour tous, est devenu un des enjeux majeurs d’organisations privées, voire des associations ces dix dernières années. C’est pourquoi il apparaît dans le monde de plus en plus de manifestations, d’événements variés (artistiques, musicaux, culturels ou sportifs, dans des lieux fermés ou en plein air).
En France, les régions et les départements ont développé leur secteur culturel en proposant des activités et des événements divertissants, voire parfois interactifs, et souvent gratuits. L’objectif est de dynamiser les territoires en proposant desnouvelles activités accessibles à tous (aux familles en général, mais aussi aux personnes en difficultés sociales, psychologiques, ou avec un handicap physique ou mental). La diversité sociale, les écarts grandissants entre les classes sociales, les discriminations, les nouvelles attentes des jeunes publics et les innovations d’aujourd’hui développent des événements à échelle variable, avec leurs contraintes et leurs impacts.

Avec des milliers de manifestations par an en France, le secteur de l’événementiel est le parfait exemple des évolutions génératrices d’impacts lourds sur l’environnement : festivals, concerts, événements sportifs, culturels ou touristiques… Toutes ces manifestations génèrent une activité économique forte pour les villes et les agglomérations, parfois une forte augmentation du tourisme local, donc des conséquences non négligeables pour la planète. Des conséquences auxquelles on ne pense pas pendant que l’on profite de cette journée, soirée, avec sa famille ou ses amis. Ces manifestations rassemblent un public important. Les institutions, les entreprises, et les diverses structures mettent en place leurs activités et essaient toujours d’innover et de se démarquer, sans forcément se préoccuper de ce que ces dernières engendrent comme dégâts. C’est au bilan final que l’on peut remarquer à quel point ces événements provoquent de la pollution lors des différentes phases de création :
- En amont : lors de leur création et leur communication,
- Pendant : une pollution atmosphérique et sonore importante, une masse de déchets variés, des dégâts parfois irrémédiables sur les lieux,
- Et puis en aval : des déchets non biodégradables et non réutilisables, des ressources naturelles gaspillées en masse…
L’exemple des méga-événements
Certains événements sont appelés les « méga-événements ». Ce sont « des manifestations festives ponctuelles ou récurrentes avec une durée déterminée, d’envergure internationale et planifiées dans l’optique de renforcer l’attractivité urbaine et touristique des territoires qui les accueillent » selon Téoros, la revue de recherche en tourisme (5). Des foires, des compétitions sportives, des expositions sont des exemples. Ils ne sont pas nécessairement de longue durée, ils peuvent être courts mais avec d’énormes conséquences sur le long terme pour les villes qui accueillent ce type d’événements.
Dans le sport : les Jeux Olympiques d’été ou d’hiver.
Les grands événements sportifs sont évidemment très néfastes à la santé de la planète, par la construction des infrastructures, le déplacement des sportifs et supporters venant du monde entier, etc. La mise en place d’un événement sportif de cette envergure apporte de nouveaux aménagements profitables à l’ensemble du territoire et de ses habitants. A contrario, il est souvent lié à l’origine d’une destruction massive du paysage et de la nature. Dans son article « Gros pollueurs, les grands événements sportifs tentent de se mettre au vert », publié en 2013 sur le site du RFI, Jean-Damien Lesay nous indique que : « Si 80 à 90% des émissions de gaz à effet de serre générées par un événement sportif proviennent des déplacements qu’il engendre, paradoxalement, les compétitions qui vont aux spectateurs au lieu de les attirer à elles et n’ont que la nature pour décor ne sont pas moins polluantes » (6). Il prend notamment l’exemple du Tour de France qui génère une forte pollution et une quantité impressionnante de déchets laissés à l’abandon par les spectateurs dans les zones rurales. Les organisateurs sont maintenant plus attentifs au fait de limiter leurs impacts négatifs sur l’environnement. Ils ont la pression des scientifiques, des partis politiques d’écologie, d’une jeunesse issue d’une nouvelle génération qui s’implique et qui revendique, et aussi des organisations internationales. Par exemple, les Jeux Olympiques d’hiver de Turin ont souhaité être neutres en matière d’émissions de CO2 et ils ont ainsi obtenu la certification ISO 14001, une norme de certification environnementale internationale.
A l’inverse, les jeux d’hiver de 2018 qui ont eu lieu à PyeongChang, qui se voulaient « des jeux exemplaires en matière d’écologie »,ont été une catastrophe écologique. En effet, l’article « Jeux Olympiques d’hiver, encore un scandale environnemental » sur ConsoGlobe affirme que « Les organisateurs affichent un objectif ambitieux : la neutralité carbone de l’évènement. Pourtant, la totalité des émissions de gaz à effet de serre liées à l’événement est évaluée à près d’1,6 millions de tonnes équivalent CO2 » (7). Pour organiser des Jeux Olympiques d’hiver, il faut nécessairement de la neige. Pour cela, les organisateurs ont utilisé de la neige artificielle qui consomme énormément d’eau et déverse des produits chimiques qui se retrouvent dans les sols et nappes phréatiques. Il faut ajouter aussi la déforestation des forêts centenaires juste pour cet événement. Les conséquences sur la biodiversité sont irréversibles.
Voici une partie d’un témoignage d’Isabelle AUTISSIER, navigatrice française et présidente de WWF France, réalisé par Jean-Damien Lesay dans son même article dont nous parlions précédemment, qui remet en cause les grandes compétitions sportives en affirmant que :
« On multiplie les grosses structures, on fait venir les gens de plus en plus loin. En attirant plus de public, on génère obligatoirement plus de déchets et de nuisances parce que le transport des sportifs et des spectateurs est ce qu’il y a de plus impactant. On amène des dizaines de milliers de gens dans des voitures ou des avions, dans des parkings en béton et des stades énergivores… » (8)
Dans la culture : Le festival de Glastonbury en Angleterre (9)
Installé à Pilton dans le sud-Ouest de la Grande-Bretagne, il est l’un des plus grands festivals de musique et d’art contemporain du monde. Sa fréquentation sur quatre jours atteint les 170.000 personnes et ses quantités de déchets sont d’environ 1.762 tonnes. Le festival de Glastonbury a reconnu en 2014 avoir enfreint les réglementations environnementales après que les déchets occasionnés par les publics sur le site ont pollué une rivière voisine, causant des dommages à la qualité du poisson et de l’eau. Des conséquences liées encore une fois à l’activité de l’homme et dues au non-respect des règles qui sont pourtant très strictes en termes d’environnement.
Place à l’éco-responsabilité et aux changements des habitudes
Auparavant, en France, les organisateurs d’événements ne disposaient pas d’outils ou de supports pour les informer ou les orienter vers un mode plus éco-responsable. Ce n’est plus le cas maintenant. Grâce à de nombreuses études et malheureusement suite aux conséquences des changements climatiques et environnementaux, une prise de conscience est née. Une prise de conscience qui engendre un changement des comportements positif et encourageant.
La notion d’éco-responsabilité d’un événement est un des éléments clés de son organisation. Elle se décide dès sa conception et engendre un coût, quelquefois considérable, à prendre en compte. L’éco-responsabilité se définit comme une activité humaine liée à la mise en place d’une organisation respectueuse de l’environnement. Cela prend en compte les enjeux environnementaux du développement durable pour, à terme, réduire au maximum l’impact écologique de la manifestation en question. Depuis 2019, les organisateurs d’événements peuvent faire labelliser leur manifestation comme « éco-responsable ». Un événement qui devient éco-responsable est donc un événement qui intègre les enjeux de l’environnement dans toute sa partie organisationnelle. Il revient alors aux organisateurs de s’y confronter réellement et progressivement, ou de ne pas changer leurs modes de fonctionnement. Ceux-ci sont conseillés et intègrent en toute légitimité, chacun à leur niveau, des dispositions liées à cet enjeux environnemental.
Il existe de nombreux moyens d’actions pour changer son événement, ou le créer, de façon éco-responsable. Par exemple, Paris a pris les devants en publiant « La charte pour des événements éco-responsables » (10). La mise en place de cette charte d’éco-responsabilité est une initiative de la ville et a été rédigée dans le cadre de la COP21. Elle a pour but d’encadrer la réalisation des manifestations et de définir les enjeux écologiques auxquels elles doivent répondre. La Mairie de Paris incite les organisateurs à modifier leurs pratiques et à les faire devenir plus respectueuses de leur public et de l’environnement sur lequel leurs événements se déroulent. Elle souhaite « passer d’une société du jetable à une société du durable », et concerne tous types d’événements et à chaque étape de son déroulement : sa conception, sa mise en place, son déroulement et même son démontage. Il est important de préciser que cette charte est devenue obligatoire depuis 2017 pour tous les événements organisés sur le domaine public parisien.
Comme nous l’avons dit précédemment, il faut penser ou repenser l’événement à tous les niveaux, en amont, lors de sa réflexion et de sa naissance, pendant lors de sa mise en place, de son déroulement, et en aval, lors du démontage et une fois la manifestation clôturée. Nous allons étudier ici quelques-uns des moyens les plus efficaces qui concernent la partie organisationnelle.
- Le choix du lieu
Le choix du lieu, de ses caractéristiques, est fondamental dans la création d’un événement. Il déterminera à la fois si celui-ci va bien fonctionner ou non, si son organisation sera difficile, ou du moins plus complexe. En effet, certains sites sont plus avantagés que d’autres en termes de démarche environnementale, comme par exemple avec un accès direct à un point d’eau ou à des sources d’énergies renouvelables. Comme nous l’avons précisé lorsque nous parlions des méga-événements, l’une des plus grandes sources génératrices de gaz à effet de serre lors d’un événement, provient des déplacements. Les flux des publics et spectateurs provenant du monde entier, les déplacements d’artistes et d’équipes complètes, l’acheminement du matériel etc. C’est pour cela qu’il est nécessaire de privilégier un lieu accessible en transports doux, ou de mettre à disposition des bus et navettes ou encore des vélos pour minimiser les déplacements. Si la manifestation se situe en pleine nature, en évitant les milieux sensibles, il sera non négligeable de mettre à disposition à plusieurs kilomètres, des parkings, pour ensuite utiliser des navettes pour acheminer les participants. L’utilisation de véhicules électriques est un moyen pour sensibiliser les utilisateurs. L’idée est d’éviter le plus possible l’utilisation des voitures qui augmentera inévitablement la pollution atmosphérique en masse, et d’éviter de détruire l’environnement ou encore la ville qui reçoit la manifestation. Et pourquoi pas également mettre en place par l’organisation un système de covoiturage qui sera félicité, ou encore des collaborations avec la SNCF pour proposer des tarifs préférentiels.
Les besoins
- L’alimentation
Au niveau de l’alimentation, plusieurs solutions s’offrent aux organisateurs, sur la nourriture proposée en elle-même, mais aussi sur les fournitures associées. Produits vegan, sains, frais, des nouveaux modes de consommation sont favorisés. Il est conseillé de privilégier les producteurs locaux, les maraîchers de la Région ou de la ville, de proposer des produits biologiques ou encore équitables. Plus de plastiques à usage unique pour la vaisselle utilisée, des alternatives sont aujourd’hui conseillées et privilégiées telles que des produits réutilisables ou encore compostables. Qui permettront de mieux gérer le produit en fin de vie et de lui redonner une seconde utilité grâce à un recyclage à 100%. On remarque d’ailleurs depuis de nombreuses années que les gobelets plastiques ont disparus des grands événements. L’utilisation des éco-cups s’est intensifiée considérablement. Ces gobelets réutilisables offrent la possibilité de les personnaliser avec un logo ou des dessins, à l’image de la manifestation en question. Le public pourra alors les garder en souvenir, ou les ramener et ainsi percevoir une consigne. L’entreprise Ecocup a ainsi annoncé en 2019 avoir nettoyé environ 80 millions de gobelets (11). Le choix des prestataires est alors important pour être en adéquation avec l’image que l’on souhaite donner de l’événement. Donc réaliser des achats responsables avec des labels ou des marques écologiques qui prouvent la non-utilisation des produits chimiques, néfastes pour l’environnement.
- L’eau
Inévitablement, la réunion de milliers de personnes sur un même site engendrera une forte consommation d’eau. Pour les sanitaires, pour l’hydratation, des points de douches, et pour d’autres utilités encore. L’eau est un élément vital à l’Homme, il est nécessaire de la préserver et d’en prendre soin, donc de l’économiser au maximum que possible. Des moyens existent pour récupérer les eaux de pluie et ainsi les réutiliser, ce qui permettra une diminution des coûts et des économies d’eau. Des points d’eau potable avec des robinets automatiques accessibles à tous sur le site sont nécessaires. L’époque où des bouteilles d’eau en plastiques étaient mise à disposition ou en vente est révolue. Fini l’exploitation du plastique inutile. Les individus sont incités à venir avec leurs propres gourdes ou à utiliser les éco-cups qui auront servi précédemment. Des toilettes sèches sont de plus en plus utilisées lors de grandes manifestations, que ce soit sur les sites où ont lieux des concerts par exemple, ou encore au niveau des hébergements (campings etc.). L’utilisation des toilettes sèches est une bonne initiative. Cependant, pour aller encore plus loin dans cette démarche, il est nécessaire de faire appel à des prestataires au niveau local, pour éviter trop de flux et d’émission de gaz à effet de serre en s’approvisionnant. Une vigilance particulière doit être apportée aux raccordements, comme nous l’avons vu précédemment avec le festival Glastonbury, des incidents peuvent vite survenir et entraîner la pollution des rivières ou fleuves présents aux alentours.
L’association loi 1901 indépendante, The Greener Good, créée en 2016, prend des mesures importantes notamment au niveau de l’alimentation pour favoriser et inciter au changement des comportements. J’ai eu le privilège d’échanger avec sa présidente Clémentine Mossé sur la manière dont, son équipe et elle, mettent en place leurs événements. Elle m’a d’ailleurs expliqué que durant ces derniers, ils font le choix de se fournir auprès de traiteurs bio et locaux, de limiter la vaisselle jetable, d’interdire toutes les bouteilles plastiques et de mettre à disposition des fontaines à eau. Ils incitent même les participants à amener leurs propres contenants. Nous avons évoqué précédemment le fait qu’en devenant éco-responsables, certains événements engendraient une augmentation du budget. J’ai souhaité demander à Clémentine son point de vue. Pour elle, il ne faut pas nécessairement avoir un budget plus conséquent que pour un autre événement : « nous cherchons des manières d’optimiser les pertes et limitons le superflu : goodies, signalétique à usage unique, impressions… Certains équipements peuvent représenter un coût comme les fontaines à eau ». Il revient aux organisateurs de faire les bons choix lors de l’élaboration de leur budget prévisionnel.
- L’énergie
Pour réduire ou limiter une consommation électrique, la réduction des coûts est possible en favorisant l’utilisation d’ampoules basses consommation ou en restreignant le nombre de projecteurs ou autres matériels qui consomment beaucoup. D’importants événements sont même parfois alimentés grâce à des panneaux solaires photovoltaïques ou thermiques. Une solution qui engendre néanmoins un coût très important et peu rentable pour des petites manifestations.
- Les déchets, une partie à bien anticiper
Tout événement provoquera un grand nombre de déchets. Même avec une ambition d’avoir un événement zéro déchets, il est difficile d’arriver à ce chiffre. Pour le réduire autant que possible, la mise en place d’un dispositif de tri sélectif est d’ores et déjà essentiel. Des poubelles et bennes de tri doivent être disposées à peu près partout sur le site de l’événement. Des explications sont nécessaires pour la bonne collecte des déchets. Puis après cette collecte, il est également nécessaire d’avoir anticipé l’organisation d’une équipe de vérification qui va retrier et vérifier que le tri a été fait correctement. La mobilisation de bénévoles qui s’occuperont uniquement de cette partie tri pendant la manifestation est avantageuse. Formés, ils pourront ainsi renseigner et sensibiliser le public.
- La partie communication et prévention
Communiquer sur un événement est essentiel pour le faire connaître et pour attirer le public, pour lui donner envie, mais cela génère également une forte pollution. Des affiches par milliers, des flyers distribués ou en libre-service, de la publicité sur les bus, dans les arrêts de bus etc. Tous ces supports à usage unique qui ne resserviront jamais. Les événements éco-responsables tentent d’inciter à oublier ces moyens de communication et à privilégier une communication digitale, sur les réseaux. De multiples outils innovants permettent aujourd’hui la diffusion des informations à plus grande échelle : site internet, newsletters, ou encore QR Code. Des outils qui cibleront davantage de monde et qui n’auront pas besoin d’être ramassés et envoyés dans une chaîne de recyclage. Toutefois, l’utilisation du papier et l’impression peuvent être conservées si elles sont respectueuses à tous les niveaux de production. Comme par exemple en choisissant un papier recyclé ou encore éco labellisé, ainsi qu’une encre écologique. Un papier est apparu depuis quelques années, le papier « ensemencé ». Un papier qui n’est pas jetable, mais qui a pour but, après son utilisation, de se planter et de fleurir. Pendant sa fabrication, des graines de fleurs ou d’herbes ont été incorporés au papier pour une communication plus responsable.
- Qu’en est-il des goodies ?
Ces produits floqués à l’image d’une entreprise ou d’un événement servent d’outils de communication et sont distribués ou vendus à cette occasion. Par exemple des stylos, des sacs, des portes clés et bien d’autres petits objets. Encore une fois il faut ici privilégier des prestataires responsables, et s’assurer que ces produits pourront être réutilisés et même recyclés. Il est inutile d’en fabriquer plus que nécessaire, pour éviter le gaspillage, certains événements font même des éditions limitées, ce qui donne un caractère plus rare au produit et qui le rendra plus recherché. Un goodies très à la mode et qui a même été adopté par des grands groupes est le « tote bag ». Ce sac en toile qui peut lui aussi être personnalisé. Couleurs, logo, phrases ou encore dessin, un produit qui peut être réutilisé comme accessoire de mode ou encore comme un objet utile tel que pour faire ses courses. D’ailleurs, la communication est un outil essentiel pour mettre en avant le caractère éco-responsable de la manifestation, et dans la sensibilisation des publics à ces pratiques pour tendre à un changement des comportements. La mise en place de conférences, d’ateliers et la présence d’invités importants, comme le représentant d’une ONG en lien avec le sujet, est une bonne initiative. Cela permet au public, même au plus jeune, de s’intéresser et d’apprendre à adopter des pratiques plus vertes, « eco-friendly ».
- La signalétique
La signalétique est d’autant plus nécessaire à l’organisation d’un événement. Pour le localiser facilement, des panneaux sont disposés à l’entrée et dans les villes proches de la manifestation. Sans oublier l’accessibilité aux personnes en situation de handicap, un point sur lequel tous les événements doivent penser et se doivent de travailler avec des infrastructures adaptées. Par exemple, des points surélevés pour leur permettre de voir la scène et d’avoir un certain confort, sans être gêné par toute la foule.
- Le montage
Lorsque l’on a pour objectif de réaliser un événement éco-responsable, il est important d’en informer ses prestataires. Donc de rechercher les meilleurs prestataires possibles en termes d’utilisation de matériaux, de recyclage de ces derniers etc. Par exemple, si des stands seront disposés sur l’événement, il faut privilégier l’utilisation du bois et de matériaux recyclables. Il faut également s’assurer que les déchets générés par le montage seront collectés et triés.
- Et enfin le démontage
Une fois l’événement terminé et clôturé, il faut s’assurer de remettre en état le site tel qu’il était avant la manifestation. Il faut donc enlever et rassembler toute la partie signalétique qui pourra être réutilisée pour une prochaine édition, et ramasser tous les déchets en tout genre laissés sur place. Un point important sur lequel il faut une certaine vigilance, car ils représentent non seulement une pollution mais ils sont également dangereux et toxiques pour la faune qui réside sur ce territoire.
C’est à ce stade qu’interviendra la gestion des déchets. Après l’étape du tri, il faut ensuite se rapprocher du prestataire spécialisé choisi en amont. D’ailleurs, faire appel aux services d’une entreprise locale est préférable. C’est ce dernier qui s’occupera de récupérer les déchets et de les recycler. Le suivi de ces déchets vers un centre de gestion adéquat est important. Tous les déchets ne sont pas recyclés et réutilisés de la même manière, ni au même endroit ou par tous les prestataires. Par exemple, l’association GreenMinded a été créée dans l’unique but de recycler des petits déchets auxquels on ne pense pas toujours et qui pourtant ont des conséquences terribles pour l’environnement : les mégots de cigarette. Déjà partenaires de nombreux événements, ils recyclent ainsi la totalité des composants des mégots. Comme le renseigne leur site internet :
« Aujourd’hui, 1/3 des mégots finissent incinérés ou enfouis quand ils sont jetés à la poubelle. Les 2/3 restants sont jetés au sol et finissent en fin de parcours dans les cours d’eau. Avec plus de 4 000 substances toxiques, le mégot de cigarette est le 3ème déchet le plus mortel dans nos océans».
Une fois l’événement définitivement terminé avec la gestion des déchets effectuée, l’étude des chiffres arrive. Notamment l’analyse de l’empreinte carbone qu’aura répandu l’événement et les économies que l’organisateur aura pu réaliser. Il revient à l’organisateur d’évaluer la quantité de déchets produits pour faire un bilan. Et par la suite, mettre en place davantage d’actions ou en changer certaines pour atteindre de meilleurs chiffres.
Comme la charte d’écoresponsabilité, d’autres textes sont élaborés pour améliorer les choses et développer cette conscience environnementale. Des normes internationales sont mises en place depuis 1947 par l’ISO, Organisation Internationale de Normalisation, afin d’aider et d’accompagner des entreprises, des marques, et autres structures. Ces normes sont considérées comme des outils stratégiques qui permettent à terme de réduire les déchets. La norme ISO 20121, créée en juin 2012, a pour but de promouvoir une consommation responsable et aide à maîtriser un événement. « ISO 20121 vous offre des lignes directrices et les meilleures pratiques pour vous aider à gérer votre événement et à maîtriser son impact social, économique et environnemental. », d’après l’article « ISO 20121 L’ÉVÉNEMENTIEL POUR UN DÉVELOPPEMENT DURABLE », du site officiel ISO. Par exemple elle aide à réduire des coûts inutiles. Cette norme incite, aide et guide. (12)
Quelques exemples de festivals éco-responsables
Les Transmusicales de Rennes (13)
Ce festival international de musiques actuelles, a été l’un des premiers à s’inscrire dans cette démarche de développement durable. Depuis 2005, il mène à bien des actions écologiques. En effet, l’association ATM a décidé de prendre exemple de l’Agenda 21 et des décisions prises par les collectivités en France, pour changer son mode d’organisation et sa programmation en mettant en avant le développement durable. Elle a donc décidé de repenser le festival de façon à prendre en compte davantage d’enjeux sociétaux. L’association souhaite maintenant aller plus loin dans ses démarches pour obtenir la certification ISO 20121.
Le festival de Glastonbury (14)
Après l’incident dont nous avons parlé précédemment, les organisateurs ont décidé d’interdire la vente de bouteilles en plastique à usage unique. En 2017, selon les chiffres, plus d’un million avaient été vendues. Dorénavant, on remarque de longues files de festivaliers prêts à remplir leurs gourdes dans les multiples points d’eau, ou encore utiliser des assiettes biodégradables pour manger leurs plats vegan. Plus de quatre cents volontaires sont présents juste pour veiller au recyclage. Et en 2019, la cérémonie d’ouverture du festival s’est faite en présence de l’association Greenpeace. Une initiative qui prouve son engagement. Le festival ne cesse de s’améliorer et de faire du mieux qu’il peut pour augmenter ses chiffres réalisés cette même année. Parmi eux : « quelques 132,5 tonnes de nourriture ont été transformées en compost ; 55 tonnes de papier en carton recyclées, par exemple, en boîte à œufs », nous informe l’article « Des chamanes à Glastonbury pour un festival qui se veut vert », disponible sur La Croix.
The Greener Good Festival
Clémentine Mossé, dont nous avons parlé précédemment, a souhaité s’engager pour l’écologie en créant des événements fédérateurs et inspirants. Ses motivations ont été d’inciter les citoyens à passer à l’action et à adopter des modes de vie et de consommation plus durables. « Il est possible d’adopter des comportements éco-responsables tout en se faisant du bien et plaisir. Le territoire lyonnais regorge d’initiatives, de marques et de commerces éco-engagés à découvrir. » Ces événements font effectivement du bien et Clémentine et son équipe le ressentent autour d’eux puisque leurs événements attirent de plus en plus de participants et les demandes pour être exposants ne font que s’accroître.
Le secteur de l’événementiel ne cesse d’évoluer. En plein essor grâce aux nouvelles habitudes de consommation, il sait toutefois se confronter et s’adapter aux enjeux actuels auxquels la planète fait face chaque jour. De multiples autres secteur tentent à leur façon de répondre à la demande des citoyens, tout en changeant leur mode d’organisation ou de production. L’homme se remet en cause et s’efforce de rendre ses impacts moins néfastes à l’environnement, à la santé de la planète et à sa pérennité.
« Comment se fait-il que nous n’ayons pas pris conscience de la valeur inestimable de notre petite planète, seule oasis de vie au sein d’un désert sidéral infini, et que nous ne cessions de la piller, de la polluer, de la détruire aveuglément au lieu d’en prendre soin et d’y construire la paix et la concorde entre les peuples ? »
Pierre Rabhi dans son ouvrage « La Part du Colibri »
SOURCES
Interview :
Clémentine Mossé, présidente de l’association The Greener Good.
Livre :
RABHI, Pierre, La part du colibri, 2017, L’Aube, 126 pages, pages 12 et 30.
Articles :
- Institut de Management de l’Université de Savoie, L’écoresponsabilité des événements sportifs, Master de Gestion, année universitaire 2007/2008
- « Quand l’événementiel s’empare de l’écologie », 2018 ccbv https://ccbv.fr/evenementiel-ecologie/
(1) Le Département des affaires économiques et sociales de l’ONU « Population mondiale en 2100 », sur PopulationData.net, 2017.
(2) POUCHARD, Alexandre, « Climat : 5 rapports du GIEC, 5 chiffres alarmants », Le Monde, 2014.
(3) KREMPP, Guillaume, « La nature subviendra de plus en plus difficilement aux besoins humains », Le Monde, 2016.
(4) « 17 objectifs de développement durable », L’Agenda 2030 en France. https://www.agenda-2030.fr/odd/17-objectifs-de-developpement-durable-10
(5) Tan Vo Thanh, Valentina Kirova et Roxane Daréous, « L’organisation d’un méga-événement sportif et l’image touristique de la ville hôte », Téoros La Revue de recherche en tourisme, 2014.
(6) « Gros pollueurs, les grands événements sportifs tentent de se mettre au vert », RFI, 2013.
(7) PETIT, Pauline, « Jeux Olympiques d’hiver, encore un scandale environnemental », ConsoGlobe, 2018.
(8) Témoignage d’Isabelle Autissier, navigatrice française et présidente de WWF France, tiré d’un article sur RFI, 2013.
(9) Alice Dubot et Oriane Laromiguière, « Décibels durables, les festivals donnent le la », Slate.
(10) Mairie de Paris, « Charte pour des événements écoresponsables à Paris », téléchargeable en PDF via internet.
(11) « L’histoire d’Ecocup » https://ecocup.com/fr/notre-histoire/
(12) ISO « ISO 20121 L’événementiel pour un développement durable ». https://www.iso.org/fr/iso-20121-sustainable-events.html
(13) VARRON, Vincent, « Festival des Transmusicales : allumé mais responsable ! », Terraeco, 2012.
(14) « Des chamanes à Glastonbury pour un festival qui se veut vert », afp 2019, La Croix.