Nous allons retracer l’incroyable histoire du web avec un zoom sur le webdesign des années 1990 à aujourd’hui. L’objectif étant à terme de répondre à la question suivante : En tant que marque et à l’ère de l’hyper-concurrence, comment convaincre et engager l’internaute grâce à son web design ? [Annexe 1]

Web designer, LE métier à connaître !

Aujourd’hui, le secteur du web a le vent en poupe. En 2018, près de 1,4 milliard de sites web ont vu le jour.1 Le secteur compte de nombreux métiers, mais intéressons-nous à celui de web designer, une activité à la pointe de la tendance. En effet, selon AGINIUS formation, leur nombre a augmenté de :

85% en seulement 10 ans

Mais qu’est-ce que le webdesign ? Ce terme anglais signifie littéralement : « conception web ».2 Selon IESA multimédia, il a pour but de présenter et d’adapter aux supports web, l’information sous la forme de différents contenus (image, texte, animations…).3 Le webdesigner va ainsi concevoir l’aspect visuel et esthétique d’un site internet de la navigation à la création des éléments visuels. Son travail ne se limite pas uniquement au design, mais cache en réalité une multitude de compétences, en marketing, en branding ou encore en programmation. 

Cette activité 2.0 en vogue n’est pourtant pas si récente. Il faut en effet remonter trente ans en arrière pour mieux comprendre son origine. 

L’arrivée du web, une révolution !

Avant de parler de webdesign, commençons tout d’abord par évoquer l’histoire du web. Partons d’une date clé : l’apparition du premier site internet en 1990, lancé par Tim Berners-Lee et du premier navigateur web sous le nom de World Wide Web. À cet instant, la notion de webdesign n’est pas encore d’actualité. En effet, l’esthétique se résume à un simple texte sur fond uni, la technologie de l’époque ne permettant pas d’insérer d’image ou encore de faire varier la mise en forme du texte. 

Aperçu du World Wide Web, image issue du site CERN

C’est en 1995, que les prémices du webdesign apparaissent. On parle alors de webdesign 1.0. Les marques s’approprient peu à peu ce nouveau moyen de communication avec des interfaces brutes voire austères, très loin des tendances graphiques actuelles, mais tout de même avec l’utilisation progressive des images.

Les années 1990 sont aussi marquées par l’utilisation de tableaux pour structurer les sites internet et par l’apparition d’animations sous la forme de GIF animés. Celles-ci sont rendues possibles grâce aux avancées technologiques et aux nouveaux langages de programmation tels que Flash et JavaScript. Ces derniers permettent d’apporter un certain dynamisme et une flexibilité de création aux sites internet. 

Cependant, l’avancée majeure apportée par Flash disparaîtra finalement en 2007, avec le géant Apple qui rendra incompatible le programme avec son Iphone. 

Entre la fin des années 1990 et le début des années 2000, d’autres innovations vont voir le jour, telles que le langage CSS permettant de séparer le contenu de sa mise en forme ou encore l’apparition des frameworks 4 permettant de faciliter le travail des développeurs et de standardiser le développement web. À cette période, l’utilisateur est passif face à son interface.

Au fil des années, plusieurs facteurs vont influencer le webdesign tels que les avancées technologiques, les normes, les tendances graphiques ou encore la multiplicité des interfaces.

La création après web, quels changements ?

L’apparition du web a fortement influencé la manière de créer et de produire. Comme l’explique Dorian Pons, directeur artistique, « il a tout d’abord fallu adapter les techniques de graphisme de l’avant web aux écrans, un format plus contraignant, mais aussi inventer un langage spécifique. Avec l’évolution des outils ou encore des quantités de stockage, les créatifs ont pu voir de plus en plus grand et produire des créations plus ambitieuses. Le web a avant tout permis la naissance d’une nouvelle forme d’interaction, celle de la marque et de l’internaute ». 

Une nouvelle ère : le web(design) 2.0

Intéressons-nous maintenant aux avancées et tendances des années 2000 à aujourd’hui. La notion de webdesign 2.0 émerge au début des années 2000 avec sa première évocation en 2003 par Dale Dougherty, pour devenir une véritable norme à adopter à partir de 2006. C’est à ce moment que la notion de webdesign prend toute son ampleur et que le contenu prend de plus en plus d’importance. 

Le webdesign 2.0, c’est avant tout le point de départ du web social 5. L’internaute devient peu à peu actif et créateur de contenus, obligeant les marques à s’intéresser de plus près à lui. 

De nouvelles questions se posent alors et de nombreuses tendances se succèdent dans la première décennie.

La notion d’ergonomie fait son apparition en 2005. La position des éléments graphiques devient un véritable sujet pour faciliter la lecture à l’écran. Le précurseur Apple lance la tendance du sobre et de l’épuré avec l’utilisation d’espaces blancs, qu’adoptent peu à peu les marques de luxe pour une image plus sophistiquée. 

Les marques souhaitent également capter l’attention de l’internaute. Leurs sites internet se parent alors d’en-têtes, de logos de grande taille et s’adaptent à la création de contenus par l’utilisateur. 

La mode du webdesign 2.0 est aussi marquée par l’utilisation de badges et de polices grand format afin de mettre en valeur les éléments importants. Les angles arrondis, les hachures, les effets de dégradés ou encore de surfaces laquées sont très utilisés pour apporter de la texture et une nouvelle dimension au design. L’utilisation des icônes devient aussi très tendance, souvent inspirées des icônes d’Apple et de son célèbre Mac.

Les marques souhaitent aussi se démarquer les unes des autres avec l’utilisation de mascottes et d’images vectorielles permettant de déformer à l’infini les différents éléments, sans pour autant perdre en qualité. On tend alors vers un traitement de plus en plus graphique de l’interface web. 

On voit apparaître la mode du vintage et du retro, l’utilisation d’illustrations très détaillées, d’effets de transparence ou encore la personnalisation des typographies. La tendance minimaliste voit le jour en 2010 avec un design et un contenu très simplifié, aux antipodes des designs des années 1990, très chargés en contenus et en couleurs. 

À partir de 2011 et avec l’émergence des téléphones mobiles, les sites web classiques et le web design doivent s’adapter à une nouvelle interface. Le Responsive design 6 s’impose alors. 

L’objectif est alors d’adapter les contenus à un nouvel écran tout en assurant une facilité d’utilisation pour l’internaute. Pour s’adapter à ces nouvelles contraintes, la navigation devient de plus en plus fixe avec l’accent mis sur un contenu animé autour de celle-ci. Le meilleur exemple reste Facebook qui a fortement influencé l’apparition de cette tendance. 

À cette période apparaissent les « templates », à savoir des modèles de sites internet avec des mises en page « prêtes à l’emploi » ayant pour inconvénient de standardiser l’apparence des sites web et ainsi de faire perdre l’identité propre des marques. Le webdesign tend alors à devenir de plus en plus uniforme. Mais d’autres méthodes vont permettre de créer une véritable identité aux marques et d’apporter un dynamisme singulier à leurs interfaces. 

Les parallaxes en sont un bon exemple. Cette méthode développée en 2011, mais encore d’actualité, joue avec les différents plans et éléments du site en les faisant défiler à des vitesses différentes, donnant ainsi un effet de profondeur. Le web design passe alors un nouveau cap, faire vivre une expérience à l’utilisateur ! 7

Exemple d’utilisation des parallaxes, images issues du site Dogstudio 

Même si l’on n’observe pas de bouleversement majeur comme cela a pu être le cas dans les premières années du web, les outils ont aussi connu des évolutions ces dernières années. 

Comme l’affirme Benjamin Ben Kemoun, directeur artistique, « l’apparition des logiciels dits « what you see is what you get » littéralement « ce que tu vois est ce que tu obtiens » a marqué une belle avancée dans notre manière de créer avec la possibilité de voir ce que va rendre notre travail avant même de le développer. Prenons l’exemple du logiciel XD, aujourd’hui très utilisé pour la création de maquettes de sites web ».

De nouveaux métiers sont aussi apparus pour s’adapter aux nouvelles compétences du web. On a alors pu voir émerger des UX designers ou encore UI designers que nous découvrirons plus en détails dans un prochain article.

La partie technique a aussi pris une part très importante au même titre que l’effort esthétique. En effet, comme l’affirme Marine Darmochod, webdesigner : « le client ne cherche plus uniquement un site esthétique mais un site qui va lui donner de la visibilité ». 

« L’esthétique est à 50/50 avec la volonté d’être bien placé dans les résultats de recherche ».

Le travail du webdesigner est alors de s’intéresser à la partie plus technique notamment au référencement pour répondre à ces objectifs. 

Maintenant que vous êtes incollable sur l’histoire du web et les tendances passées, intéressons-nous au plus important : ce qui va nourrir notre créativité cette année !

2020, une année sous le signe de l’immersion et de l’expérience !

Cette année sera riche en tendances graphiques ! Le webdesign ne cesse d’évoluer au fil des années et met aujourd’hui davantage l’accent sur l’expérience. Parlons tout d’abord des vidéos, qui prennent de plus en plus de place sur nos interfaces. Véritables supports visuels, celles-ci s’invitent en arrière-plan pour capter l’attention des internautes vers les contenus du site. Une source d’information plus pertinente que les textes classiques, peu lus par les utilisateurs. 

En parallèle, les marques privilégient le storytelling 8 , porteur d’émotions et d’identification à la marque. Un bon moyen de susciter l’intérêt des utilisateurs en mettant de côté le texte.

La 3D interactive, est aussi en vogue cette année. Une manière d’interagir avec le produit et de lui apporter une nouvelle dimension. À l’ère des nouvelles technologies, la réalité virtuelle et la réalité augmentée s’invitent sur nos interfaces. Quoi de mieux que de pouvoir tester chez soi, ses futurs meubles, ses lunettes ou encore son maquillage avec une simple caméra ?

La navigation sur mobile prend aussi de plus en plus d’ampleur. Les marques pensent alors mobile en premier. La structure des sites web connait alors des évolutions pour mieux s’adapter à cette interface. On voit ainsi, les menus traditionnellement positionnés en haut des écrans, se déplacer vers le bas pour un souci d’ergonomie et de confort d’utilisation. 

Tout comme la mode, certaines tendances sont intemporelles ! Le travail des textures, l’utilisation de polices imposantes et d’animations ou encore le style minimaliste, reviennent au goût du jour mais toujours de manière plus innovante. Les textures sont poussées au maximum pour rendre les produits les plus réels possibles, et casser la barrière de l’écran. La mode est aux typographies grasses pour mieux guider l’utilisateur. Les animations sont encore et toujours d’actualité mais plus subtiles avec des effets sur les boutons, menus, barres défilantes ou au contraire très riches sous forme de vidéos.

Le style minimaliste et épuré est aujourd’hui totalement adopté et très demandé par les entreprises comme l’affirme Marine Darmochod, graphiste et webdesigner. Il faut ainsi miser sur des interfaces :  

« modernes, sobres, claires, simples et efficaces ».

Les sites web trop chargés en contenus sont bannis pour laisser place au vide, avec l’utilisation d’espaces blancs ou encore d’alignements irréguliers pour apporter de la modernité. Dans cette tendance, le flat design a su trouver sa place avec des formes simples et unies. Si l’on doit retenir un conseil : 

« the less is more  » 9

ou « moins c’est plus » très bien cité par Benjamin Ben Kemoun, directeur artistique. 

Même si certaines tendances persistent, d’autres voient le jour telles que l’association de la photo et de l’illustration permettant d’apporter un aspect ludique et une identité unique à l’image. 

Exemple du mélange de l’illustration et de la photo
Image issue du site 99designs

Dans la lignée du style minimaliste et de l’illustration, on parle aussi du line art, un style épuré et graphique créé à partir de lignes et utilisé pour la conception de motifs, ou encore de pictogrammes. Le split content ou écran partagé, qui a déjà fait ses preuves dès 2015, apparaîtra aussi largement sur nos écrans cette année. Une ingénieuse manière de combiner plusieurs contenus sur un même écran.

Exemple de split screen, image issue du site Digital marketing

Même si le blanc est plus que jamais à la pointe de la tendance, d’autres couleurs arrivent sur le devant de la scène. Le dark mode fait son entrée avec des interfaces plus sombres. Un bon moyen de faire ressortir les différents éléments du site et de reposer nos yeux des écrans ! S’invitent également les dégradés qui apporteront une petite touche futuriste à nos interfaces en jouant avec des couleurs impactantes telles que le violet, le bleu ou encore le rose ! Les entreprises à l’affut des tendances l’on bien compris, comme Urban Linker qui reflète parfaitement le web design à l’heure 2020.

Exemple du dark mode, image issue du site Urban Linker

Si cette année nous réserve de bonnes surprises, toujours plus immersives et innovantes, que nous réserve alors le webdesign de demain ? 

Le web design du futur, à quoi s’attendre ?

Si nous ne pouvons pas actuellement définir précisément l’avenir du webdesign, certains experts se sont penchés sur la question. Certains parlent du web 3.0. Quant à Tim Berbers-Lee le « créateur du web », il évoque le web sémantique ou web intelligent. D’après lui : « Le Web sémantique permettra (contrairement au Web actuel qui est vu comme un Web syntaxique) de rendre le contenu sémantique des ressources Web interprétables non seulement par l’homme mais aussi par la machine. » 10

Si cette projection n’est encore qu’une hypothèse et encore peu à notre portée, revenons à des tendances qui verront sans doute le jour sur nos écrans. Selon Dorian Pons et Benjamin Ben Kemoun, tous deux directeurs artistiques chez Adesias, « il est certain que le graphisme devra être accessible par tous mais aussi réalisable par tous. On tend aujourd’hui à faire nos propres contenus, notamment sur les réseaux sociaux alors pourquoi pas notre propre site web ? 

Les templates 11 pourraient alors revenir sur le devant de la scène permettant à chacun de créer, au risque de tomber une nouvelle fois dans l’uniformisation des plateformes. On peut se demander si le graphisme « professionnel » pourrait à terme disparaître. 

Pour inverser cette tendance, le graphisme plus habillé et personnalisé prendra sans doute le relais afin de se démarquer des tendances actuelles très minimalistes. On pourrait alors observer un inversement de la tendance avec un probable retour aux styles plus vintage et travaillés. Comme dans le domaine de la mode tout est un éternel recommencement. 

S’il est déjà au cœur des préoccupations des marques, dans un contexte d’hyper-concurrence, le consommateur sera plus que jamais au centre. Comme l’affirme Marine Darmochod, il faudra alors « optimiser davantage les sites en mettant en avant les informations que vont rechercher les internautes. Aujourd’hui, l’internaute n’a pas de temps à consacrer à la recherche d’informations : il veut trouver ce qu’il recherche tout de suite. »

Les webdesigners sont-ils en bonne voie pour convaincre des internautes toujours plus exigeants ? 

Une chose est certaine, le webdesign à encore de belles années devant lui !

Marie Jardin