Il y a eu plus de 350 MOOC diffusés en France en 2017, soit quasiment 1 MOOC lancé chaque jour !
L’acronyme anglophone MOOC se définit par « Massive open Online Courses ». En français, on pourrait traduire par « formation en ligne massive ouverte à tous ». « Massive » renvoie à des milliers de participants. « Open », accessible à tous et gratuit. « Online » car 2.0, en ligne, pas de présentiel, et « Courses », un cours dont un individu derrière cela. De par la signification des mots que l’on retrouve dans MOOC, on a bien du numérique et de l’humain. La durée d’un MOOC est fixe. Il dure entre 5 et 9 semaines et permet durant ce temps d’échanger, de partager et de s’entraider. Finalement, comment concilier enseignement et numérique ? Derrière cet enseignement virtuel ne se cache-t-il pas tout simplement un être humain, celui qui a fait le cours et face à lui n’y-a-t-il pas des êtres humains qui veulent savoir ? Le distanciel ne semble pas éloigner l’humain, bien au contraire.
Peut-on apprendre sans rencontrer réellement personne ?
On peut apprendre sans rencontrer personne et cela n’est pas forcément montré du doigt et on n’enlève pas pour autant l’aspect humain de cet apprentissage : cela est le cas quand quelqu’un apprend en effectuant des recherches sur des sites comme Wikipédia ou en utilisant des moteurs de recherche comme Google, en consultant des sites de revue de presse, etc. Il n’est pas nécessaire de voir le visage de quelqu’un, d’identifier un interlocuteur, « pour de vrai », pour apprendre.
Finalement, le virtuel garde une part d’humanité parce que cela permet d’apporter le savoir tout de même à l’Homme, savoir qui lui est indispensable.
Tous les domaines de la connaissance sont concernés par les MOOCS : mathématiques, physique, marketing, histoire… et la raison poussant à s’inscrire à un MOOC est la curiosité. Et il ne faut pas oublier qu’un apprentissage sans curiosité est vain car le cerveau assimile beaucoup plus vite à long terme lorsque l’intérêt est suscité.
Le MOOC, interactivité et collaboration.
Ces deux termes sont indispensables chez l’homme. Il doit pouvoir agir et participer même à distance. Il ne doit pas être passif face au savoir.
Chacun d’entre nous doit pouvoir interagir soit avec ceux qui ont fait le cours, soit avec ceux qui, comme lui, participent au MOOC, choisi par lui. Il ne faut pas oublier que participer à un MOOC est un choix, aspect très important car on est libre de s’y inscrire ou non. La part d’humanité est ici très importante car on ne subit pas un MOOC, on ne subit pas le savoir sur un thème, on le veut tout simplement. Par contre, le choix peut parfois se révéler difficile car aujourd’hui, il y a de nombreux cours proposés.
Pour interagir, plusieurs choses sont proposées : participer au forum de discussion avec l’enseignant et les participants, poser des questions… Tout en restant dans l’esprit Web 2.0. Autour des participants, s’est créée une collectivité et non une hiérarchie. Les rapports entre participants sont plus globaux mais toujours humains. Pour Michel Serres, philosophe et académicien, nous avons besoin de partager nos expériences, car « l’homme reste un animal social », et « ces cours en ligne sont une chance face aux inégalités scolaires » (La petite Poucette). Que ce partage soit réel ou virtuel, il est toujours là, y compris dans les MOOC. Et finalement de cette interactivité découle la collaboration car l’individu va aussi se prendre à animer ou cogérer ce MOOC.
Deux types de MOOC existent : le MOOC connectiviste (cMOOC) et le MOOC transmissif (xMOOC). Le premier permet à l’apprenant de produire collectivement le contenu du cours grâce à des dispositifs et ressources qu’il a sélectionnés en toute liberté. Dans le cas de ce MOOC, on peut parler de pédagogie différenciée. Cette théorie de l’apprentissage a été proposée par George Siemens en 2005 dans Connectivism : A Learning Theory for the Digital Age. Instructional technology and distance learning. Janvier 2005. Vol.2. N°1. Le connectivisme fait une synthèse de trois théories existantes : le behaviorisme, le cognitivisme et le constructivisme. Le behaviorisme est la science du comportement extérieur des hommes et non de sa pensée, de ses sentiments. Le cognitivisme étudie, quant à lui, les mécanismes menant au développement de la connaissance et le constructivisme s’interroge sur l’activité de l’apprenant pour se construire une représentation de la réalité. Le MOOC transmissif se veut plus classique car l’apprenant est ici guidé. Ces deux types de MOOC ne sont cependant pas si opposés et peuvent se compléter. Ainsi, le MOOC transmissif sert de ressource pour le MOOC connectiviste. Le premier est en effet plus traditionnel et repose sur la pédagogie traditionnelle. Le second repose sur la pédagogie active avec une participation des apprenants plus importante. Il y a plus d’interactions et d’autonomie.
Le MOOC et la liberté individuelle : l’autonomie
On a donc le choix du MOOC mais aussi on peut s’organiser comme on le veut. Certes, le MOOC a une durée définie dans le temps, sur un nombre de semaines déterminées. Mais on garde la possibilité de se connecter quand on veut et où l’on veut, rien n’est imposé. Le MOOC renvoie à un schéma spatio temporel éclaté : apprendre peut se faire n’importe où et n’importe quand. On peut aussi télécharger des vidéos et travailler en dehors du net. Cela est vrai sauf quand le MOOC est en direct. De plus, ces réunions virtuelles sont tout aussi importantes voire plus humaines car on peut poser les questions, et obtenir les réponses en simultanée. Mais chacun son rythme…
Le MOOC semble aussi nous renvoyer à la pédagogie inversée où il est possible de préparer en amont notre savoir sur un thème particulier afin de le réinvestir ensuite. Et si un MOOC ne plait pas, on l’arrêter quand on veut…
La liberté de décision, de choix, de contrôle, laissé à l’apprenant sur sa formation favorise le développement de la métacognition. L’apprenant peut se tromper de MOOC dans ses choix et pour apprendre, il faut pouvoir se tromper et donc pouvoir faire des choix.
MOOC et e-learning : ressemblance ou différence ?
Le MOOC et le e-learning sont différents car le MOOC est plus proche de l’apprentissage habituel grâce à la communauté d’apprenants qu’il crée et l’accompagnement pédagogique. Il est plus humain.
Que dire de la plateforme FUN (France Université Numérique) ? N’y-a-t-il pas de la part du politique une volonté de promouvoir le numérique ?
La plateforme FUN a pour but de promouvoir l’utilisation de cours en ligne ouverts et massifs, donc au plus grand nombre. Les MOOC désignent ceci. Cette plateforme a déclenché la forte croissance du nombre d’inscrits sur les MOOCS mais malheureusement seuls 10% des inscrits finissent leur MOOC. Cette plateforme s’adresse principalement à l’enseignement supérieur.
En mars 2018, la ministre du Travail, afin de facilité l’accès à la formation professionnelle, a souhaité mettre en avant le MOOC, ce mode d’apprentissage pouvant être éligible au CPF (Compte Personnel de Formation) et recensé sur une plateforme en ligne. Ces derniers ont donc un certain avenir devant eux.
Carine BÉNÉTRIX