Définition et principes du placement de produits

La définition la plus communément admise du placement de produits est l’insertion de biens proposés par une entreprise dans une œuvre culturelle, en échange d’une rémunération de ses créateurs et/ou producteurs.1 On peut alors parler d’une forme de sponsoring du contenu média. Dans la majorité des cas, il fait l’objet d’un contrat de placement entre l’annonceur et la marque. Nous retrouvons le placement de produits aussi bien dans l’audiovisuel (les films, les séries télévisées, les émissions, les vidéos, les clips, entre autres), que dans l’édition (les romans, les articles, les chroniques) ou la radio (les musiques, les émissions, les jeux). Si le placement est suffisamment bien intégré au contenu, c’est-à-dire qu’il s’adapte à l’œuvre culturelle, à son histoire, son univers et ses personnages, mais aussi son public cible et son message, on parlera plutôt d’intégration de produits. Il existe une multitude de placements, plus ou moins bien intégrés à l’œuvre culturelle et dont les objectifs sont variés. Selon le maître de conférences Jean-Marc Lehu2, il en existerait quatre : le placement classique, le placement institutionnel, le placement furtif et le placement évocateur. Le placement classique renvoie à notre première définition. Il consiste à « faire apparaître un produit ou une marque dans le champ de la caméra, lors du tournage », de façon à ce qu’il soit clairement et vite reconnu. On distingue ensuite le placement institutionnel. Si comme son nom l’indique, le placement de produits se concentre uniquement sur des biens, le placement de marques lui, englobe tous les éléments qui font d’une marque une entité identifiable : son nom, son logo, ses symboles, son slogan, etc. A contrario, le placement évocateur apparaît lui de façon très discrète. Le nom de la marque et son logo n’apparaissent pas mais ses attributs sont facilement et clairement reconnaissables. Cette identification repose le plus souvent sur un attribut distinctif. Il peut s’agir de la forme d’un produit, de ses couleurs ou encore de son mode d’utilisation spécifique. Ce type de placement est particulièrement subtil. Il est donc plutôt adapté à des marques et des produits bénéficiant d’une forte notoriété et dont les caractéristiques sont vraiment distinctives. Il en est de même pour le placement furtif, excepté pour les attributs de la marque ou du produit, qui cette fois sont souvent imperceptibles dans le contenu présenté. De cette façon, un tel placement se fond parfaitement dans le décor ou l’ambiance de la création dans laquelle il figure. Ainsi, il représente le type de placement le plus naturellement intégré à l’œuvre culturelle.3

Les acteurs et les objectifs du placement de produits

Peu importe l’époque et le type de placements de produits, ils répondent tous à un objectif précis de l’annonceur, comme du producteur ou du réalisateur. Pour l’annonceur, il s’agit le plus souvent de donner et véhiculer une certaine image de ses produits ou sa marque, qui bénéficient d’un transfert d’image, à partir de celle véhiculée par le film et ses personnages.4 Cette association d’image est d’autant plus intéressante pour des grandes marques, qui profitent déjà d’une forte notoriété. Les plus petites marques, quant à elles, viseront d’abord un gain de visibilité. Cependant, au-delà du développement de leur notoriété ou de l’amélioration de leur image, les marques, petites et grandes, cherchent bien sûr à faire fructifier leur business. Ainsi, grâce au placement de produits, elles désirent avant tout augmenter leurs ventes.Bien qu’il soit très souvent difficile de quantifier l’accroissement des ventes dû à l’intégration de produits dans une œuvre culturelle, nous pouvons tout de même citer l’exemple du volet de James Bond Goldfinger, dans lequel le placement de l’Aston Martin DB5 aurait permis de faire augmenter les ventes de ce modèle de près de 60%6. En ce qui concerne le producteur ou le réalisateur, la plupart du temps au-delà d’un simple besoin de financement, ils souhaitent avant tout crédibiliser leur œuvre et créer une proximité entre elle et son public. Ces deux acteurs aux objectifs bien différents nous permettent de distinguer la cible, audience touchée par l’annonceur, du public, spectateurs, auditeurs ou lecteurs, auxquels s’adresse l’œuvre culturelle.7 Enfin, à travers le placement de produits, l’annonceur et le producteur ont tous les deux un objectif commun : toucher les médias, afin qu’ils parlent de l’œuvre culturelle. Ainsi, ils comptent sur ce troisième acteur, pour faire gagner en notoriété le contenu durant toutes ses étapes : avant, pendant et après sa diffusion. L’annonceur comme le producteur sont concernés par les deux premières étapes. En revanche, seul l’annonceur trouve un intérêt à la visibilité médiatique de l’œuvre après sa diffusion. En effet, les retombées lors de cette dernière étape sont l’occasion pour la marque de faire parler de son ou ses placements, intégré(s) dans le contenu mis en avant par les médias.8

Le placement de produit vs l’apparition de produit

Si le placement est la plupart du temps rémunéré, quelques exceptions subsistent. Ainsi, si le produit ou la marque se trouve dans le champ de la caméra au moment du tournage, de façon fortuite, le producteur ne demandera bien sûr aucune contrepartie financière. Un autre cas possible repose sur la volonté et l’initiative du réalisateur ou du producteur, d’intégrer un produit ou une marque spécifique, de façon spontanée. La sollicitation d’un placement émane alors uniquement du réalisateur et non de l’annonceur. Pour avoir le droit de mettre en place une telle intégration dans son film, le réalisateur doit au préalable demander une autorisation à l’annonceur, qui bien sûr, n’aura en échange aucune compensation financière à donner.9 Lorsque le placement de produit n’est pas rémunéré, on parle alors d’apparition de produit.

Le placement de produits ou l’association du marketing et de l’art

Face à la grande diversité des médias et supports concernés par le placement de produits ou de marques, et dans la mesure où ils représentent les œuvres culturelles comprenant le plus de placements, j’ai choisi de consacrer mon mémoire plus spécifiquement au placement dans les films et les séries télévisées, avec une ouverture du sujet abordant les vidéos diffusées sur Youtube. Ce choix repose également sur mon intérêt personnel pour ces deux types de contenus culturels. Pour les films comme les séries, le principe du placement de produits et de marques repose sur la meilleure alliance possible entre l’art audiovisuel et le marketing, en respectant les codes, les attentes et les objectifs des deux disciplines. Bien qu’il fasse appel à une branche du marketing spécifique, que l’on appelle marketing du divertissement ou branded entertainment10, tendant à s’adapter aux œuvres culturelles, le placement de produits ou de marques reste pour certains une technique marketing classique. Pour eux, son seul but est de vendre un produit ou de promouvoir une marque, comme le ferait un spot publicitaire de trente secondes mais de façon détournée et implicite. Pour d’autres, il représente un moyen essentiel d’apporter de l’authenticité et de la crédibilité à une œuvre culturelle. Ils le perçoivent également comme un élément nécessaire à l’intrigue pour entrer en connivence avec le public et créer une véritable proximité avec lui.11 Ainsi, on peut se demander dans quelle mesure le placement de produits ou de marques associe le marketing et l’art. Jusqu’à quel point peut-on parler d’une simple technique publicitaire et à partir de quel moment peut-on le considérer comme un véritable vecteur d’authenticité et de proximité ? Pour répondre à cette problématique, nous nous appuierons sur différents exemples de films et de séries télévisées. Nous serons également amenés à aborder rapidement d’autres exemples extraits de vidéos Youtube. Dans l’article d’aujourd’hui, nous nous intéresserons au placement évocateur, qui par son intégration presque parfaite dans l’œuvre culturelle, est l’un des types de placements qui permet le mieux d’appréhender l’association entre le marketing et l’art. Pour illustrer notre analyse, nous nous appuierons plus particulièrement sur les exemples de placements évocateurs présents dans la série Les Frères Scott et les films Fight Club et Man of Steel. Evoquant des thématiques et s’adressant à des cibles pourtant bien distinctes, ces trois contenus audiovisuels intègrent tous ce type de placements comme une source majeure de financement mais surtout de réalisme, pour donner vie à l’œuvre.

L’association presque parfaite : le placement évocateur

LES FRERES SCOTT ET LE JEU VIDÉO LES SIMS 3

Comme nous l’avons précédemment abordé, le placement de produit évocateur intègre très discrètement le produit ou la marque, sans faire apparaître aucun nom ni logo mais en prenant toutefois soin de rendre clairement et rapidement identifiables ses attributs distinctifs. Pour illustrer cette définition, nous pouvons faire appel au placement évocateur présent dans la série Les Frères Scott (ou One Tree Hill en version originale), créée par Mark Schwahn et diffusée entre 2003 et 2012. Dans une scène de l’épisode 18 de la saison 6, le jeune garçon James Lucas Scott joue au jeu vidéo Les Sims 3, dans lequel il crée et fait vivre des personnages représentant les membres de sa famille. Pour la marque EA, éditrice du jeu, la date de diffusion de cet épisode constitue le moment idéal pour faire la promotion du nouvel opus de sa saga. En effet, aux Etats-Unis, l’épisode concerné par l’intégration du jeu a été diffusé en Mars 2009 et Les Sims 3 sont sortis en Juin 2009, soit à peine trois mois après. Cet épisode représente ainsi une forme de test du jeu en avant-première, réalisé par une personnalité connue et suffisamment en amont de sa sortie pour développer sa notoriété. Le public peut facilement et rapidement identifier Les Sims 3 car les designs sont caractéristiques de ceux du jeu mais aucun nom ni logo n’est montré ou cité à l’écran. Alors qu’il est en train de jouer, James commente le déroulé de sa partie à sa mère. Il nous montre et nous explique alors que dans cette réalité virtuelle, il s’est façonné une vie et une famille idéales, dans laquelle tous les soucis et les conflits familiaux n’existeraient plus.12 Ce placement de produits est pertinent car il est intégré de façon cohérente à l’histoire de la série et de l’épisode. En effet, le jeune garçon est confronté à des drames familiaux tout au long de la série, qui sont prépondérants dans cet épisode, lorsqu’il apprend la vérité sur la relation houleuse entre son grand-père et le frère de ce dernier. Face à cette mauvaise nouvelle, il semble donc logique qu’il veuille s’évader de son quotidien pesant, en jouant à un jeu vidéo qui lui permet de créer une alternative plus heureuse. De plus, James a pour habitude de jouer aux jeux vidéos depuis qu’il prononce ses premiers mots, Les Sims 3 viennent donc tout naturellement s’ajouter à sa collection. Le message de EA est ainsi pertinent. Par ailleurs, Les Frères Scott et EA avec sa saga Les Sims, ciblent le même public : principalement les adolescentes et les jeunes femmes entre environ 12 et 30 ans13. La cohérence du message et de la cible fait donc de ce placement une bonne intégration, pour la série comme pour le jeu vidéo.

FIGHT CLUB ET LES GOBELETS STARBUCKS

Intéressons nous à présent au film Fight Club réalisé par David Fincher et sorti en 1999. Présenté comme anti-consumériste, il est pourtant truffé de placements de produits, appartenant à tous les types, excepté au placement furtif. Toutefois, dans cet article, nous nous concentrerons uniquement sur les intégrations évocatrices. Devant ces « mille placements de produits », certains professionnels du 7ème art mais aussi de nombreux spectateurs, crient à l’hypocrisie du réalisateur et d’autres au contraire, n’hésitent pas à parler de génie, en saluant sa réussite à faire financer son film par les marques qu’il critique14. Le placement d’un gobelet Starbucks dans toutes les scènes du film est un bon exemple de placement évocateur, symbolique de la critique de David Fincher.15 En effet, bien que le logo apparaisse sur quelques scènes du film, dans la majorité d’entre elles, le nom de la marque et le logo sont cachés par les mains des protagonistes ou à cause de la position dans laquelle se trouve le gobelet. Seule la forme de l’objet intégré, ses couleurs, et bien sûr la grande notoriété de la marque, permettent à Starbucks d’être clairement identifiée par les spectateurs. Ce placement récurrent peut nuire à l’image de la marque car il est notamment associé à des scènes exprimant la routine et le travail ennuyeux du narrateur, les troubles psychologiques de certains personnages, ou encore la destruction de plusieurs voitures haut de gamme. Ce mauvais usage du produit de la marque correspond à un type de placement de produits qualifié de « mésusage ».16 Pour certains cinéphiles, la volonté de David Fincher de placer Starbucks plutôt qu’une autre marque, n’est pas anodine et repose sur plusieurs critères clés. Tout d’abord, Starbucks est une marque connue à travers le monde, avec une forte présence dans la culture populaire mais aussi une forte présence physique, grâce à ses nombreux magasins. Elle constitue ainsi un symbole fort de la société de consommation. De plus, la marque a su prendre part à nos vies quotidiennes de façon très subtile mais néanmoins addictive, en rendant ses clients addicts à ses cafés et à la caféine. Cette omniprésence et cette addiction sont notamment le résultat d’une stratégie marketing bien rôdée, basée sur la personnalisation et la proximité.17 Malgré toute la négativité associée à la marque dans le film, Starbucks a assez facilement accepté que ses gobelets apparaissent à l’écran. En revanche, la fameuse chaîne de cafés a refusé qu’un de ses magasins soit détruit, même de façon fictive. Certains voient dans ce refus un reflet de la stratégie marketing de la marque. Dans la vie comme dans le film, elle apparaît de façon discrète mais omniprésente. Toutefois, elle ne veut pas non plus se montrer de façon trop évidente et préfère rester dans l’ombre. Pour pallier ce refus, le réalisateur a finalement remplacé Starbucks par le nom d’une marque fictive : Gratifico Coffee. Toutefois, il a tout de même pris soin de recréer à l’identique le décor d’une enseigne Starbucks18, afin de conserver la cohérence de son message concernant la marque. On peut alors s’interroger quant à l’intérêt qu’ont les marques à placer leur nom et leurs produits face à tant de négativité, qui peut par association d’expérience (une mauvaise expérience présentée avec le produit influe inconsciemment sur l’expérience projetée par les spectateurs), sérieusement nuire à leur image. Toutefois, on peut supposer que les marques placées dans Fight Club, ont procédé à un arbitrage entre notoriété et image. En effet, on peut affirmer que de la mauvaise publicité reste toujours de la publicité19, dès lors que la visibilité de la marque lui importe plus que sa réputation, soit parce que celle-ci est suffisamment solide et installée, soit parce que l’entreprise souhaite avant tout se faire connaître rapidement et auprès d’une large audience. Ainsi, on peut présumer que Starbucks a fait le choix de la visibilité avant la réputation, afin de toucher son cœur de cible : les jeunes entre 15 et 30 ans20, qui correspondent également au public de Fight Club, à l’époque de sa sortie. Toutefois, on peut nuancer la négativité des placements dans le film anti-consumériste référence des années 90 car plusieurs produits ou marques ne sont pas associés à un contexte particulièrement négatif.

MAN OF STEEL ET LES LUNETTES WARBY PARKER

Autre film américain à succès rempli de placements de produits, nous nous intéressons à présent au blockbuster de la saga Superman, appartenant à l’univers DC Comics : Man of Steel. Le film sorti en 2013 produit par les studios Warner Bros et réalisé par Zack Snyder aurait mis en place près de 100 partenariats commerciaux, comprenant plusieurs placements de produits et de nombreuses opérations de promotion. Toutes ces actions marketing lui ont permis d’atteindre un record mondial et lui ont valu d’être reconnu par les médias, comme l’un des films les « plus sponsorisés dans l’histoire du cinéma »21. Ainsi, grâce à tous ses partenariats, Man of Steel a cumulé près de 170 millions de dollars, sans vendre un seul ticket au box office. Il a ainsi couvert les trois quarts du budget investi pour financer le film, qui s’élevait à 225 millions de dollars22. Parmi les différents placements de produits, un seul est évocateur : il s’agit des lunettes Warby Parker portées par Clark Kent/Superman dans la dernière scène du film.23 En effet, on ne peut voir aucun nom de marque, ni logo apparaître à l’écran ou être évoqué par les personnages. Les lunettes sont intégrées à l’écran, alors que le super-héros vient tout juste d’être embauché au Daily Planet et met ses lunettes pour bloquer ses rayons X, lui permettant de voir à travers les gens et les objets. Elles apparaissent alors comme un accessoire indispensable au jeune journaliste dans sa vie quotidienne, lorsqu’il n’enfile pas son costume de Superman pour sauver le monde. Spécialement pour cette apparition mais aussi en parallèle du film, la marque Warby Parker a créé une collection en édition limitée estampillée Man of Steel, jusque sur les branches des lunettes. L’opticien a communiqué sur cette collection capsule via une page dédiée sur son site internet et son blog. Il a ainsi conçu deux paires de lunettes dans l’esprit du film et de son super-héros : une très angulaire et sombre et l’autre plus arrondie et studieuse.24 Ces deux modèles ont été pensés pour représenter les deux facettes de Clark Kent/Superman, une facette sombre lorsqu’il agit en super-héros sous couverture et une plus studieuse, lorsqu’il travaille comme journaliste au Daily Planet. Ce placement est pertinent à la fois pour le film et la marque car il associe parfaitement leurs valeurs et leur message communs. En effet, le film racontant les aventures de Superman, il dépeint un univers héroïque, prônant des valeurs de bonté et d’altruisme. Son protagoniste principal agit pour un monde meilleur, malgré une société représentée de façon parfois très sombre. De cette même manière, la marque Warby Parker est une entreprise engagée, qui soutient des causes lui tenant à cœur, telles que 826NYC, une organisation à but non lucratif, qui vient en aide aux écoliers ayant des difficultés à écrire. De plus, pour chaque paire de lunettes achetée, l’opticien s’engage à offrir une paire gratuite à une personne dans le besoin. Ainsi, c’est à travers ses engagements que Warby Parker veut donner du sens, valeur qui fonde un de ses trois piliers : « le fun, la créativité et le sens ».25 Selon son fondateur Neil Blumenthal, c’est parce que Superman est le plus grand bienfaiteur et que ses lunettes sont une partie essentielle du look iconique de Clark Kent, que la marque se devait de s’associer à un tel symbole, pour donner du sens et de la valeur à ses engagements. C’est pourquoi, à l’occasion de son partenariat avec Man of Steel et de sa collection en édition limitée, Warby Parker s’est engagée à reverser quinze dollars sur les quatre-vingt quinze que coûte une paire de la collection, à l’association 826NYC. Pour chaque paire achetée, la marque offrira également, comme pour ses autres collections, une paire à une personne dans le besoin. En plus de leur message et de leurs valeurs, Man of Steel et Warby Parker partagent également une cible. En effet, le film comme l’annonceur souhaitent toucher un public jeune, âgé entre environ 15 et 35 ans. Avec une cible similaire, au-delà de la pertinence, c’est l’efficacité du placement qu’assurent les deux acteurs.

La suite logique du placement de produits : l’opération tie-in

Les lunettes Warby Parker en partenariat avec Man of Steel et la campagne de communication associée, constituent un exemple d’une action marketing appelée tie-in mais également opération croisée ou complémentaire en français. Ce type d’action est conçu en adéquation avec l’univers de l’œuvre, dans lequel a été placé le produit. Elle vise à augmenter et prolonger l’impact du placement, en dehors du contenu média dans lequel il a été initialement inséré.26 Comme le placement de produits, l’opération croisée doit idéalement cibler le même public que le contenu auquel elle est associée. Il faut alors distinguer la publicité tie-in du produit tie-in. La campagne de communication est conçue selon l’univers, les personnages et les codes de l’œuvre culturelle dans laquelle a été placé le produit promu, telle que la campagne de Warby Parker. On peut également citer le parfait exemple de promotion croisée qu’est celui de Pepsi. Dans le prolongement logique de ses différents placements dans Fight Club, la fameuse marque de sodas a diffusé un spot consacré à sa boisson Pepsi Max, en parallèle de la sortie du film.27 Cette campagne intitulée « Interview » s’inspire beaucoup d’une scène iconique de Fight Club, au cours de laquelle le narrateur prétend se faire agresser par son patron, afin que ce dernier soit contraint de le payer pour un supposé travail de consultant à distance. A la fin de la scène, après que le narrateur et son patron aient été surpris par le personnel de la sécurité, le personnage principal obtient ce qu’il voulait et plus encore. A la manière du film, le spot Pepsi met en scène un entretien, durant lequel le premier candidat fait semblant d’être maltraité physiquement. Puis, l’homme s’enfuit en courant. Pris de panique, presque tous les autres candidats quittent précipitamment les lieux. Il ne reste donc plus qu’un seul candidat, qui est pris par défaut. A la fin du spot, l’on découvre que l’homme embauché est ami avec deux des autres candidats, dont le premier qui venait de feindre de s’être fait agresser. Ses deux amis, une cannette à la main, lui lancent alors un Pepsi Max pour fêter son embauche. Ils partent ensuite tous les trois en dansant, alors qu’un packshot du produit apparaît à l’écran. Ainsi, la boisson est très fortement associée à Fight Club, tant par le scénario et l’univers du spot, que par son message et sa cible, qui sont très proches de ceux de la scène à laquelle le spot fait référence. En effet, Pepsi Max cible les jeunes entre 18 et 25 ans et fait appel au concept de l’insolence.28 Cette campagne tie-in est donc en parfaite adéquation avec le film culte de David Fincher, dont l’insolence est le maître mot. Si le spot Pepsi Max est le prolongement d’un placement de produits, une campagne de promotion croisée peut également promouvoir un produit non intégré à l’œuvre culturelle. Dans ce dernier cas, la marque profite simplement de la sortie d’un film très attendu, pour communiquer sur son produit en utilisant les mêmes codes, et ce, même si ce produit n’a aucun point commun avec le film. Il s’agit par exemple de jeux-concours permettant de gagner des cadeaux en lien avec un film et ses personnages et mis en avant sur des boîtes de céréales, à l’occasion de sa sortie en salles. Ainsi, Kellogg’s a comme Warby Parker et de nombreuses autres marques, mis en place des opérations tie-ins, en association avec Man of Steel.29 À l’occasion de la sortie du film, la marque de produits céréaliers proposait de gagner les pouvoirs de Superman, en tentant de remporter des cadeaux en lien avec la capacité de voler, la force, la vitesse et la vision à rayons X du super-héros. Ainsi, les consommateurs de Kellogg’s pouvaient gagner des billets d’avion, des séances avec un coach de sport personnel, des places de cinéma pour un an, ainsi qu’une Ford Mustang de 2013, soit de l’année de sortie du film. En ce qui concerne le produit tie-in ou plus connu sous le nom de produit dérivé, il s’agit d’un produit conçu et fabriqué en adéquation avec l’univers et les personnages d’une œuvre culturelle. La plupart du temps, il représente même un personnage ou un symbole phares, directement inspirés du contenu. Ainsi, il reprend souvent le nom de l’œuvre et/ou de ses personnages, ainsi que les caractéristiques et l’apparence de ces derniers. Le produit tie-in peut être commercialisé parallèlement à un placement de produits, – tel que ce fut le cas pour les lunettes Warby Parker, dont le modèle porté par Superman a fait l’objet d’une collection spéciale -, ou simplement en même temps ou après la diffusion d’un contenu médiatique populaire. Par exemple et toujours en lien avec Man of Steel, deux modèles de voitures Chrysler ont été commercialisées à l’occasion de la sortie du film et promues en partenariat avec lui.30 Elles portent ainsi le « label » « importé de Metropolis ». En revanche, hormis dans l’énonciation du partenariat et la « signature » associée aux voitures, il est difficile de réellement associer la marque et ses deux modèles exclusifs à l’univers de Man of Steel.

Après avoir présenté le placement de produits et analysé plus particulièrement le placement évocateur et les opérations tie-ins, nous étudierons dans le prochain article, les raisons d’être de l’intégration de produits, dans le contexte culturel et sociétal actuel. Nous nous intéresserons également au placement furtif et à ses enjeux pour les œuvres culturelles et les marques.

Sources

Définition inspirée de l’article de l’agence Friendly agence « Le placement de produit, comment ça marche », publié le 4 Novembre 2015 : https://www.friendly-agence.com/le-placement-produit-comment-ca-marche/
Types de placements et définitions énoncés dans son livre La publicité est dans le film – Placement de produits et stratégie de marque au cinéma, dans les chansons, dans les jeux vidéo… – 2006, EYROLLES, Éditions d’Organisation
Informations sur les placements évocateurs et furtifs extraites de l’article « Les différents types de placement de produit », rédigé par le blog Place My Product et publié le 4 Janvier 2011 : http://placemyproduct.blogspot.fr/2011/01/les-differents-types-de-placement-de.html
Le placement de produits et l’image de marque sont abordés dans l’article « Développez un placement produit efficace ! », publié par Marketing Professionnel, le 8 Juin 2010 : http://www.marketing-professionnel.fr/chiffre/etude-efficacite-placement-produit.html
L’augmentation des ventes due au placement de produits est énoncée dans l’article « L’art délicat du placement de produits » publié par l’Express, le 19 Novembre 2010 : https://www.lexpress.fr/culture/cinema/l-art-delicat-du-placement-de-produits_937555.html
Données extraites de l’article « “Goldfinger” : 50ème anniversaire (1964-2014) » mis en ligne par le blog « Bond, James Bond », le 30 Septembre 2014 : http://bond-james-bond007.blogspot.fr/2014/09/goldfinger-50eme-anniversaire-1964-2014.html
7Distinction entre les deux acteurs et leurs objectifs expliquée dans le livre « La publicité est dans le film » de Jean-Marc Lehu
L’importance des médias est rapidement soulignée dans l’article de Medium consacré à Man of Steel : « Man of Steel: Too much product placement?! », publié le 28 Mars 2015 : https://medium.com/@diegonaguilar/man-of-steel-too-much-product-placement-eab792601649
L’article « Placement de produit, le pour et le contre », rédigé par Les Echos Entrepreneurs le 10 Janvier 2011, fait allusion à ce principe dans la partie dédiée au contexte positif : https://business.lesechos.fr/entrepreneurs/marketing-vente/dossiers/110625/110626-placement-de-produit-le-pour-et-le-contre-28654.php
10 La notion de « branded entertainment » est énoncée par Jean-Marc Lehu dans son livre « La Publicité est dans le film »
11 Pour justifier ces points de vue, on peut confronter les articles : « Placement de produit, le pour et le contre » des Echos Entrepreneurs et « Le placement de produit : une logique de contournement ? » de Marketing Professionnel : http://www.marketing-professionnel.fr/parole-expert/placement-produit-contournement-communication-publicite-201510.html
12 Pour voir la vidéo montrant le placement de produits, suivre le lien suivant : https://www.youtube.com/watch?v=156vWg8-AWE
13 Source pour Les Frères Scott : Cf l’article « Teenage Girls Lift Soapy Drama From Slump », publié par The New York Times, le 25 Janvier 2005 : http://www.nytimes.com/2005/01/25/arts/television/teenage-girls-lift-soapy-drama-from-slump.html – Source pour Les Sims : Cf l’article « Toutes folles des Sims », mis en ligne par Le Parisien, le 6 Décembre 2003 : http://www.leparisien.fr/societe/toutes-folles-des-sims-06-12-2003-2004593956.php
14 Expression et avis utilisés dans l’article « Fight Club », le film aux mille placements de produits », rédigé par Le Monde, le 26 Juillet 2017 : http://www.lemonde.fr/m-actu/article/2017/07/26/fight-club-le-film-aux-mille-placements-de-produits_5165015_4497186.html
15 Les placements de Starbucks sont notamment énoncés dans l’article de Konbini : « 5 choses que vous ne saviez (peut-être) pas sur Fight Club », publié en Juillet 2017 : http://www.konbini.com/fr/entertainment-2/5-choses-que-vous-ne-savez-peut-etre-pas-sur-fight-club/
16 Les placements « négatifs » de Fight Club et la notion de « mésusage » sont présentés dans l’article « Les placements produits dans Fight Club, ou comment se faire financer par ce qu’on critique », mis en ligne sur le site VivelaPub, le 5 Octobre 2010 : https://www.vivelapub.fr/les-placements-produits-dans-fight-club-ou-comment-se-faire-financer-par-ce-quon-critique/
17 Stratégie détaillée dans la publication LinkedIn du conférencier et consultant Simon Lemire : « STARBUCKS et la personnalisation de son expérience client. » : https://fr.linkedin.com/pulse/starbucks-et-la-personnalisation-de-son-exp%C3%A9rience-client-lemire
18 Voir la vidéo Youtube « The Meaning of Starbucks in Fight Club », qui explique de façon détaillée l’intérêt de la présence de Starbucks et les coulisses de son placement dans Fight Club : https://www.youtube.com/watch?v=YGKmtlaNe4Y.
19 Ce principe est rapidement énoncé dans l’article « Les placements produits dans Fight Club, ou comment se faire financer par ce qu’on critique », annoté précédemment.
20 D’après le dossier consacré au marketing opérationnel de Starbucks, présenté dans le cadre d’un projet étudiant, par l’agence KLAR’T : https://ajacquessonjanssen.files.wordpress.com/2015/06/marketing-opc3a9rationnel-starbucks.pdf
21 Source : Article du Figaro Culture « Man of Steel: Superman, super-héros de la pub », publié le 7 Juin 2013 : http://www.lefigaro.fr/cinema/2013/06/07/03002-20130607ARTFIG00567–man-of-steel-superman-super-heros-de-la-pub.php
22 Données extraites de l’article du Daily Mail : « How Superman has made $170million without even selling a ticket », mis en ligne le 10 Juin 2013 : http://www.dailymail.co.uk/news/article-2339011/How-Superman-170million-selling-ticket-Man-Steel-takes-product-placement-new-level.html
23 Voir la vidéo Youtube présentant la scène : https://www.youtube.com/watch?v=WAM_KMx51Ns
24 Présentation de la collection capsule sur le blog de Warby Parker, dans l’article consacré à son partenariat avec Man of Steel, daté du 21 Mai 2013 : « Warby Parker x Man of Steel » : https://blog.warbyparker.com/warby-parker-x-man-of-steel/
25 Piliers et cibles de Warby Parker énoncés dans le dossier « Warby Parker Through the Lens of a Marketing Student », publié en 2014, par l’étudiante en marketing Paige Hall : https://storify.com/Paige_Hall/warby-parker-through-the-lens-of-a-marketing-stude
26 Définition extraite de l’article « Tie-in Ad », mis en ligne par emarketing.fr : http://www.e-marketing.fr/Definitions-Glossaire/Tie-240218.htm#ObtXMi2A6fQf4S5l.97
27 Voir la vidéo Youtube présentant le spot « Pepsi Max – Interview » : https://www.youtube.com/watch?v=8rWbg4-dw1g
28Cibles et concept publicitaire de Pepsi Max développés dans l’article « Pepsi Max se lance dans le fun extrême », publié par Stratégies, le 17 Mai 2002 : https://strategies.fr/actualites/marques/r24403W/pepsi-max-se-lance-dans-le-fun-extreme.html
29 Partenariat évoqué dans l’article « Superman reboot ‘Man of Steel’ snares $160m in promotions », mis en ligne le 3 Juin 2013 par AdAge : http://adage.com/article/news/superman-reboot-man-steel-snares-160m-promotions/241822/
30 Partenariat évoqué dans l’article « Man of Steel: Superman, super-héros de la pub », annoté précédemment.

Sources et crédits photos de gauche à droite :
“Fight Club 7-layer Stencil of Brad Pitt from Fight Club” : https://www.flickr.com/photos/crackle-g/3477155811
“One-tree-hill logo.jpg” : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:One-tree-hill_logo.jpg
“Man of Steel Horizontal Billboard Image” : https://www.flickr.com/photos/sitsgirls/8903907643

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