Dans l’article précédent, nous avons pu faire un état des lieux des différents types de mal-être au travail. Nous pouvons à présent nous demander ce que font les entreprises pour éviter que leurs collaborateurs ne développent une quelconque forme de mal-être quand ils sont en poste. Pour ce faire, nous étudierons les secteurs secondaire, c’est à dire le milieu de l’industrie, et tertiaire, relatif aux métiers de services. Dans cet article, nous n’aborderons pas le milieu de l’agriculture puisque c’est un secteur très particulier avec des conditions de travail difficiles et, parce que la majorité des agriculteurs sont leur propre patron, ils ont des horaires et une quantité de travail énorme, ce qui fausserait notre étude. Même si, par leur situation souvent précaire, les agriculteurs sont bien entendu victimes de mal-être au travail, nous avons préféré passer sous silence le secteur primaire.

 

2.1        Le secteur secondaire.

On définit le secteur secondaire comme l’ensemble des métiers consistant en une transformation plus ou moins avancée de matières premières. On parle donc ici des métiers de l’industrie, et ceux de la construction que nous appellerons, par la suite, les métiers du BTP (Bâtiment et Travaux Publics).

  • Ce qui existe en France

En France et en 2017, le secteur du BTP représentait plus de 400 000 entreprises et plus d’un million et demi de collaborateurs, d’après le Rapport de La Fédération Française du Bâtiment.

En France, c’est l’entreprise Colas qui, en Avril 2019, a commencé à prendre en compte la qualité de vie au travail dans le secteur de la construction.

Colas est une entreprise française appartenant au groupe Bouygues Construction ; créée en 1929, l’entreprise est maintenant spécialiste de la construction et de l’entretien d’infrastructures de transports mais aussi d’aménagements urbains. Il faut savoir aussi que Colas était, en 2018, le leader mondial de la construction de routes. Il est donc important qu’une entreprise d’une telle ampleur prenne le tournant de la qualité de vie au travail et donne l’exemple à de nombreuses autres structures de son secteur.

Colas propose à présent à ses collaborateurs, situés dans les bureaux ou sur le terrain, différents services de conciergerie d’entreprise tels que la garde d’enfants, ou du soutien scolaire pour les enfants des collaborateurs. Sur près de 18 000 salariés de l’entreprise, ce ne sont pas moins de 1 300 collaborateurs qui ont été séduits par ces propositions.

Ces initiatives apparaissent alors comme indispensables quand on sait qu’en 2017, 4 artisans sur 10 dans le secteur du BTP étaient soumis à un risque de burn-out (source : rapport CAPEB) . Le stress et le rythme intenses qui se sont progressivement installés dans leur quotidien y sont sans doute pour beaucoup. L’état de santé des professionnels du bâtiment tend alors à se détériorer à en croire le rapport de la CAPEB, Confédération de l’Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment. Cette étude, menée en 2017 auprès de 2 336 artisans, explique très clairement que ces professionnels « sont soumis à une intensification de leur rythme de travail et à des facteurs de stress qui se répercutent sur leur vie personnelle et leur hygiène de vie ». Plus impressionnant encore, 6 artisans sur 10 sont stressés à cause du rythme professionnel que leur impose leur activité. Ici, on peut mettre en cause la forte concurrence à laquelle le secteur et, in extenso, les professionnels, sont soumis. Des conditions de travail stressantes donc, qui favorisent un certain épuisement professionnel et, à terme, personnel.

Nous prendrons en exemple le groupe Solvay, créé en 1863, qui propose aujourd’hui une large gamme de produits destinés aux marchés des biens de consommation, de construction automobile mais aussi du marché de l’énergie. Au sein de ce groupe, Jean-Christophe Sciberras, directeur des ressources humaines, a noté qu’il y avait beaucoup plus de burn-out que d’accidents du travail alors que les dirigeants de l’entreprise s’étaient focalisés sur la santé physique de leurs collaborateurs. La santé mentale occupe donc une vraie place dans la qualité de vie des équipes en place.

Il faut savoir qu’il existe très peu de travaux à propos du mal-être au travail dans le secteur secondaire. Aussi, j’ai jugé intéressant de donner à la parole aux personnes qui sont au cœur de ce secteur et qui travaillent dans ces différents corps de métiers.

Pour appuyer mes propos, voici une interview de Jean-Claude Lucas, professionnel du bâtiment depuis plus de 15 ans. Monsieur Lucas a monté son entreprise, Terre et Chaleur, il y a maintenant 11 ans. Le cœur de son activité s’articule autour de la plomberie, la géothermie et l’aérothermie. Dirigeant-employé de sa TPE, il emploie aujourd’hui 8 personnes et son discours me semblait essentiel pour une meilleure compréhension du style de vie des artisans.

Monsieur Lucas, pouvez-vous nous décrire votre journée type ?

Mes journées commencent très tôt, aux alentours de sept heures et demie. Je commence par briefer mes employés sur les chantiers et les tâches à remplir au fil de la journée. Nous échangeons autour d’un café sur des sujets plus personnels tels que ce que chacun a fait le week-end. C’est pour moi un moyen de créer du lien entre mes équipes et de m’assurer de la bonne communication entre mes collaborateurs. Je pars ensuite en rendez-vous jusqu’à midi. Mes équipes déjeunent entre elles, en fonction de leur positionnement géographique.

L’après-midi, je retourne au bureau pour m’occuper des devis et gérer la partie administrative de mon entreprise. En général, j’ai des rendez-vous commerciaux en fin de journée. Je rentre chez moi aux alentours de 20.00.

 

Quelle est la quantité d’heures travaillées en moyenne par vous et vos collaborateurs ?

Personnellement, je travaille en moyenne 10 heures par jour, du lundi au vendredi. Mes collaborateurs quant à eux, travaillent 8h45 par jour du lundi au jeudi et 4h30 le vendredi, je m’arrange pour laisser leur après-midi. Ils travaillent donc 39 heures hebdomadaire. Il arrive, pendant les périodes plus chargées ou quand un chantier a pris du retard, qu’ils fassent des heures supplémentaires mais ces occasions sont très rares, j’essaie de les ménager.

 

Combien de jours de repos vous accordez-vous sur une année (hors week-end) ?

Je prends deux semaines de vacances l’été et une semaine pendant les fêtes de fin d’année. Parfois, quand ils tombent bien, je me réserve aussi quelques jours en mai, pendant les ponts. Ca me permet de couper un peu entre Noël et les vacances d’été.

Que faites-vous pour assurer la qualité de vie au travail de vos employés en poste sur le terrain ?

C’est une question difficile étant donné que le bâtiment est un secteur d’activité dans lequel il est compliqué de mettre en place des actions de qualité de vie au travail. J’essaie au maximum de développer le sentiment d’appartenance à un groupe : mes employés ont des tee-shirt au nom de l’entreprise (rires).

Je m’occupe aussi de leur fournir des plateaux repas quand ils sont sur des chantiers éloignés, je pense que c’est important qu’ils déjeunent ensemble, c’est l’occasion pour eux d’échanger de façon informelle sur des problèmes auxquels ils peuvent faire face sur des chantiers ou dans leur vie personnelle. En discutant et en mettant leurs idées en commun, ils trouvent plus facilement la solution au problème. Nous faisons deux repas tous ensemble dans un bon restaurant dans l’année : un avant les fêtes de fin d’année et un avant les vacances d’été. C’est moi qui les invite pour les féliciter de leur travail et les encourager à poursuivre dans cette voie. C’est aussi l’occasion de faire un bilan des mois passés et de les informer sur les évènements à venir.

Je sais qu’ils travaillent dur et, pour les ménager, je leur libère certains vendredis après-midi. Les horaires dans le secteur du bâtiment ne sont pas toujours évidents, nous dépendons beaucoup de la météo qui peut parfois impacter les chantiers et nous faire prendre du retard.

 

On peut donc en conclure que, même si l’entreprise est une petite structure, il est possible de mettre en place des actions relatives à la qualité de vie au travail afin d’assurer une bonne entente entre les différents collaborateurs.

 

  • Ce qui existe ailleurs

Ici, nous prendrons en exemple l’entreprise Dekra Industrial, entreprise au rayonnement mondial et dont le siège social est situé à Stuttgart, en Allemagne. Quand on navigue sur le site de l’entreprise, on peut noter rapidement que la partie blog de Dekra Industrial est très orientée autour de la qualité de vie au travail des collaborateurs sur le terrain. Avec plus de 38’000 collaborateurs dispersés aux quatre coins du monde, l’entreprise fait bien de s’en soucier. Implantée dans 50 pays, Dekra met en place des actions de qualité de vie au travail pour ses collaborateurs sur le terrain, eux qui peuvent être bien souvent laissés sur la touche en matière de bien-être en entreprise. Un article surtout m’a marquée puisqu’on peut y lire ces mots très justes : « Nous avons longtemps cru que la performance générait le bien-être, on s’est trompé : c’est le bien-être qui génère la performance ». Consciente des enjeux de la QVT, Dekra s’est donc penchée sur la question et a déjà appliqué de nombreuses actions visant à accroître la qualité de vie au travail des différentes équipes : mise en place de diagnostic de pénibilité, assistance à l’amélioration des postes, des études de la charge physique et mentale sur les collaborateurs en poste ont aussi été menées. De façon annuelle, l’entreprise conduit une évaluation des performances relatives à la santé, à la sécurité et à la QVT afin de s’assurer que ses collaborateurs se sentent bien quand ils sont en poste. Bien entendu, en plus de faire attention à la sécurité des collaborateurs sur les chantiers, Derka Industrial mise aussi sur la bonne santé mentale et psychologique des équipes en poste sur le terrain.

  • Ce qu’on peut imaginer pour la suite

Pour le moment, peu d’actions « qualité de vie au travail » ont été mises en place dans les entreprises du secteur secondaire. Les structures de ce secteur s’axent principalement autour de l’ergonomie des bureaux comme l’a fait le groupe Volvo Renault Trucks. Des bureaux plus adaptés au travail des collaborateurs et des espaces de détente qui permettent aux équipes de créer du lien et de se reposer l’esprit pendant les temps de pauses. Mais est-ce vraiment ce dont les employés ont besoin ? Aujourd’hui, le grand public est de plus en plus conscient des enjeux de la santé mentale et, avec l’arrivée des millenials sur le marché du travail, qui sont tout particulièrement au fait des problématiques de santé mentale, d’équité et tant d’autres problématiques dont on commence à entendre parler aujourd’hui, le monde du travail risque de changer radicalement ces prochaines années. C’est du moins ce qu’on peut espérer.

 

2.2       Le secteur tertiaire.

Le secteur tertiaire regroupe un vaste champ de métiers qui s’étendent du commerce aux transports en passant par l’administration et les activités financières. Les métier en lien avec l’éducation, la santé et l’immobilier en font également partie.

 

  • Ce qui existe en France

En France, le secteur tertiaire propose de plus en plus d’initiatives relatives à la qualité de vie au travail aux collaborateurs du domaine. Depuis une dizaine d’années maintenant, les entreprises du secteur tertiaire mettent à disposition de leurs collaborateurs des services qui leur permettent de se simplifier la vie et de leur libérer l’esprit. Les conciergeries d’entreprise fleurissent et les services qui les accompagnent sont en constante évolution. Cependant, d’après une étude menée par le cabinet de ressources humaines ADP, appelée The Workforce View in Europe 2019, 19% des salariés français sont soumis au stress de façon quotidienne. En Europe, seuls deux pays ont un taux plus élevé : l’Allemagne, avec 20% de salariés stressés et, en tête du classement, la Pologne, où un quart des salariés déclarent subir quotidiennement le stress.

Ces chiffres, en plus d’être alarmants, ont un impact financier direct sur les entreprises. D’après Mozart Consulting, celles-ci perdraient pas moins de 12.600€ par an et par collaborateur à cause du stress au travail.

Dans certaines entreprises françaises, on croit encore dur comme fer que le « management du babyfoot » peut résoudre de nombreux problèmes. Ce type de management est souvent utilisé par les entreprises pour montrer qu’elles prennent en compte le bien-être des collaborateurs. Encore faut-il que la démarche soit sincère et aboutie. Cependant, les collaborateurs ne demandent pas à leur employeur des moments d’amusement mais un bon équilibre entre leur temps de travail et leur temps de repos. De fait, on entend de plus en plus parler du droit à la déconnection au cours duquel les collaborateurs ne sont pas censés recevoir de mail ou de message en lien avec leur profession. Les horaires du droit à la déconnection s’étendent de 19.00 à 7.00 le lendemain matin. En optant pour cette solution, les collaborateurs sont plus à même d’avoir une meilleure balance vie professionnelle/vie personnelle.
Malheureusement, avant de mettre en place des actions de qualité de vie au travail, les entreprises sont souvent soumises à un baromètre social qui s’avère peu glorieux pour la majorité. L’objectif d’un baromètre social est de prendre la température d’une entreprise auprès de ceux qui évoluent à l’intérieur : les employés. Parfois, les directeurs d’entreprises pensent que tout fonctionne parfaitement mais, quand on descend les étages de la hiérarchie d’une structure, il arrive que ceux qui sont « tout en bas » ne le voient pas de cette façon. Le baromètre social, c’est aussi un moyen de donner la parole à ceux qu’on entend le moins et qui, pourtant, ont beaucoup à dire.

L’épanouissement des collaborateurs passerait aussi par un management plus agile et une bonne entente avec ses collègues. Toujours d’après l’étude ADP, en France, seulement 20% des collaborateurs se sentent assez en confiance pour aller parler de leur mal-être à leur manager. Tout aussi inquiétant, 72% des travailleurs français trouvent que leur employeur ne s’intéresse pas assez, ou seulement en surface, au bien-être au travail de leurs employés.

Pour appuyer mes propos, nous prendrons en exemple l’entreprise Patagonia, célèbre marque d’habillement éthique et écologique. Elle pratique un management libéré. Par le terme de management libéré, on entend une technique mise en lumière par Isaac Getz, auteur de nombreux livres sur le comportement organisationnel et la transformation organisationnelle. Il est connu en France pour avoir été le premier à théoriser l’entreprise libérée. Cette technique managériale est tournée vers l’humain, son bien-être et son développement personnel. L’objectif est de rendre les équipes plus heureuses et donc plus performantes. Cette façon de manager est très appréciée par les collaborateurs à condition qu’elle soit exécutée intelligemment et pas seulement dans un objectif de développement du chiffre d’affaires.

Patagonia fait partie des entreprises exemplaires en terme de management libéré. La structure propose à ses deux milles collaborateurs d’œuvrer pour un monde meilleur grâce à cinq axes :

– Réfléchir avant d’agir et s’améliorer à chaque erreur commise.

– Balayer devant leur porte, ne jamais se penser supérieur à qui que ce soit.

– Réparer au lieu de racheter, évitant ainsi tous les types de surconsommation.

– S’engager pour une réelle démocratie participative, les collaborateurs ont donc toujours leur mot à dire s’ils aident à faire avancer les choses.

– Avoir un impact positif sur les autres entreprises, tous secteurs confondus.

À travers son management intelligent, l’entreprise Patagonia tente à tout prix d’avoir un impact positif pour un monde meilleur d’ici demain. La structure va même jusqu’à proposer deux mois de congés sabbatiques à ses collaborateurs qui souhaitent partir faire une mission humanitaire à l’étranger. À travers ces missions, Patagonia souhaite créer un sentiment d’appartenance puisque quand ils reviennent de leur expérience, les collaborateurs partagent leur aventure aux autres membres de l’entreprise. De même, la marque, grâce à ses collaborateurs/ambassadeurs d’aller toujours plus loin dans le développement durable puisque ces missions peuvent servir de formation et apprennent aux équipes de nouvelles techniques de fabrication, font découvrir des matériaux qu’ils ne connaissaient pas nécessairement et surtout, leur ouvrent l’esprit sur le monde qui les entoure. Un bon moyen donc de promouvoir à la fois la qualité de vie des collaborateurs et le développement durable. Vous avez dit RSE ? Patagonia est en plein dedans !

Patrick Legeron, psychiatre et fondateur du cabinet Stimulus à Paris, qui est aujourd’hui une référence en terme de bien-être et santé psychologique au travail, a mené une étude sur la santé mentale des actifs pour la Fondation Pierre Denicker. Née en 2007, cette fondation s’intéresse de très près à la santé mentale et aux troubles mentaux afin de les curer de façon durable. L’objectif de cette étude était de démontrer et d’évaluer la détresse des actifs français au travail pour révéler, voire rappeler, l’ampleur de ce mal-être, qui peut très rapidement se transformer en arrêt de travail dans le meilleur des cas, voire en dépression ou en suicides dans les situations les plus catastrophiques.

De nombreux paramètres sont à prendre en compte : la santé mentale en fait partie puisque 22 % des actifs français présentent une détresse pouvant aboutir à un trouble mental tels que la dépression, le développement d’une addiction, voire un burn-out dans le pire des cas. Ce sont surtout les femmes qui sont concernées. On parle ici de 26% des collaboratrices contre 19 % chez leurs homologues masculins.

Quid des aidants chez qui ce taux monte à 28 % contre 19 % pour ceux qui ne sont pas en charge d’une telle responsabilité ? Les responsabilités imposées à certains types de métiers peuvent donc pousser à bout les collaborateurs sans qu’une fragilité mentale n’ait été décelée.

Le temps de transport domicile-travail est aussi à étudier puisque les collaborateurs qui effectuent plus d’1h30 de trajet quotidien sont aussi très touchés : ils sont 28% à être en détresse contre 21% pour ceux qui ont moins d’1h30 de transport. Plus de temps dans les transports représenterait alors un temps supplémentaire pour réfléchir à sa situation et à se dire qu’on est pas à la hauteur ou qu’on est surqualifié pour un poste et que l’on n’est pas vraiment à sa place…

 

  • Ce qui existe ailleurs

On prend souvent en exemple les pays du nord de l’Europe. En effet, ils sont d’excellents modèles pour les entreprises puisque la qualité de vie au travail est un des enjeux principaux pour les structures présentes au-delà de la mer du Nord.

Dans cet article, je prendrai en exemple le Canada, dont on parle peu quand on aborde la qualité de vie au travail des différentes équipes. Au Canada donc, et plus particulièrement au Québec, la qualité de vie au travail des collaborateurs relève à 50% de la responsabilité directe des entreprises qui les embauchent. Les 50% restants sont attribués au collaborateur. Ce qu’on ignore, c’est qu’au Québec, le ministère du travail encadre la qualité de vie des employés grâce à une norme et une certification « Entreprise en santé ». Les entreprises prennent en considération la santé physique et mentale des collaborateurs. Comme en France, les entreprises mettent à disposition de leurs membres des services visant à accroître leur santé morale et physique. Par exemple, certaines structures proposent un accompagnement personnalisé à leurs collaborateurs pour les aider à arrêter de fumer ou pour qu’ils apprennent à gérer leur stress. Si les membres de l’entreprise se sentent mieux dans leur corps et dans leur tête, alors ils sont plus productifs et plus épanouis dans leur travail. Pour ce faire, dès leur arrivée dans l’entreprise, les collaborateurs sont soumis à un questionnaire qu’on peut trouver intrusif mais qui vise à mieux les connaître pour les accompagner au mieux dans leur épanouissement.

La bienveillance aussi est de mise dans les entreprises québécoises : on ne se trompe jamais, on ne fait qu’apprendre et s’améliorer.

Les résultats sont visibles très rapidement, l’absentéisme baisse, les employés sont moins malades et leur motivation est en constante augmentation.

On dit même qu’un dollar injecté dans la QVT au Québec rapporte jusqu’à cinq dollars de productivité ! Pourquoi hésiter ?

 

C’est la culture et l’éducation québécoise qui expliquent le succès d’une telle technique. En effet, les habitants du Québec sont résolument optimistes et positifs, et, quand ils évoluent dans un environnement en accord avec leur façon de penser, ils se sentent en sécurité et en confiance. Il faut aussi garder à l’esprit que le système de santé québécois est bien moins accessible que celui présent en France. Les salariés sont donc très ouverts à tout ce qui leur permettra d’accéder à un meilleur état de santé mental ou physique et cela, les employeurs l’ont bien compris.

 

  • Ce qu’on peut imaginer pour la suite

Aujourd’hui, certaines entreprises tentent de se calquer sur des modèles étrangers comme le modèle québécois présenté ci-dessus qui tend à arriver en France d’ici quelques années.

Les « entreprises libérées » fleurissent depuis quelques temps dans l’hexagone. On définit l’entreprise libérée comme « une forme organisationnelle dans laquelle les salariés sont totalement libres et responsables dans les actions qu’ils jugent bonnes ». Grâce à une liberté d’entreprendre au sein même de sa propre structure, les collaborateurs se sentent responsabilisés et sont reconnaissants envers leurs managers et supérieurs.

Les modèles d’Europe du Nord séduisent aussi de nombreuses entreprises. Les horaires flexibles sont à la mode ces derniers temps, puisque en les mettant en place, on réduit le présentéisme, soit le fait d’être présent alors que l’on a plus rien à faire au travail (tâches terminées, maladies, rester juste pour faire bonne figure auprès de ses collègues ou sa hiérarchie…).

      2.3 Les métiers artistiques

Le milieu des emplois que l’on peut qualifier de « classiques » à savoir vendeur, représentant, ouvrier etc… ne sont pas les seuls à souffrir de la pression due à leur travail. Les artistes aussi peuvent en être victimes et je pense qu’il ne faut pas oublier de parler des problèmes de ceux qui, du jour au lendemain se retrouvent propulsés dans la lumière. Britney Spears par exemple, en 2007, a été poussée à bout par la pression dont elle a été victime à l’époque. Ce qu’on qualifiait à l’époque de « craquage médiatique » s’est avéré être le burn-out le plus rentable de l’histoire. Ici, la pression médiatique, les problèmes personnels de la star et son instabilité mentale de l’époque ont eu raison d’elle et, à cause de son image, sa vie privée s’est retrouvée propulsée aux devants des magazines people. Mais elle n’est pas la seule. Chaque année, de nombreuses célébrités sont mises en avant à cause de la pression qu’ils subissent et de l’impact que celle-ci peut avoir sur leur santé mentale.

Nous prendrons ici en exemple le rappeur francophone Isha, peu connu du grand public mais qui, en 2017, a dû faire face à ses démons. Dans une interview pour Yard, il aborde la question de la santé mentale dans le milieu du rap français. Il explique que, s’il se sent heureux sur scène aujourd’hui, c’est grâce à sa communauté mais aussi grâce aux antidépresseurs. Milieu dit « viril » et dur, Isha explique que dans la communauté du rap, on ne parle pas de ce genre de problèmes. Pourtant, selon lui, ses paroles peuvent avoir un côté thérapeutique, voire cathartique. Toujours d’après Isha, il est important d’avoir un canal de communication pour exprimer son mal-être. Que ce soit par des interviews ou par des paroles, le rappeur pense qu’il est important de libérer sa parole de façon saine.

Dans le milieu du rap, peu de personnes vont voir un psy, il manque un espace aux artistes pour s’exprimer et pour parler de leurs frustrations, quelles qu’elles soient. Il parle justement de Britney Spears et trouve que l’industrie a une responsabilité quant à la santé mentale des artistes et s’interroger sur ce qu’on peut qualifier ici, même sans parler d’entreprise ou de poste, de qualité de vie au travail. Souvent laissés pour compte, les artistes ont une grande sensibilité qu’il faut gérer.

D’après Isha, les comportements des artistes doivent être encadrés. Cette année encore, de nombreux exemples montrent que rien n’est fait pour préserver les artistes de leurs démons : Mac Miller, Lil Peep ou encore Avicii se sont donnés la mort, souvent par overdose pour mettre fin au calvaire qu’ils vivaient au quotidien.

On peut aussi parler de Ariana Grande, chanteuse de pop urbaine américaine, qui tente de fuir la réalité dans ses concerts. Dans certaines vidéos, on la voit à bout de force, épuisée tant physiquement de psychologiquement par la mort de son petit ami en cette fin d’année 2018.

D’après Isha, nous sommes face à un virage dans le monde du rap puisque les gens comprennent que les rappeurs sont des artistes qu’il faut préserver parce qu’ils parlent de sujet sombres, profonds et réels.

En plus de l’angoisse de la création, les rappeurs peuvent aussi avoir peur de décevoir leur maison de disques et / ou leur public. Une angoisse qui peut être difficile à gérer quand le succès rentre en jeu. « C’est un poids sur les épaules » dit Isha, « on ne sent plus aussi léger (…) il y a un cadre qu’il faut respecter ». Pour Isha, il pourrait être intéressant de mettre en place une cellule qui accompagnerait les artistes dès lors qu’ils commencent à devenir connus ; ce serait pour lui un moyen de faire en sorte qu’ils ne perdent pas pieds et ne s’égarent pas dans des déboires qui pourraient leur coûter la vie, comme pour les personnes qui gagnent au loto.

Ici aussi, le rôle des managers est important. Le manager doit être bienveillant et représenter un vrai soutien pour l’artiste qu’il accompagne. Le rappeur belge parle de son manager avec beaucoup d’émotions mais il sait que de nombreuses célébrités se sont fâchées avec leur manager pour des problèmes d’argent ou d’ambition qui n’étaient pas les mêmes. « Il faut garder les pieds sur Terre et s’entourer de personnes qui ne changeront pas dès qu’il y aura de l’argent en jeu ».

Les maisons de disques et la presse ont aussi un rôle important puisqu’elles peuvent souvent mettre la pression à l’artiste.

Évidemment, chaque artiste gère sa carrière comme il peut, avec sa maturité et son histoire. Souvent, les artistes se demandent si ce qui leur arrive n’est pas juste un coup de chance. L’entourage accompagne l’artiste quand il en a besoin. Pour se sortir de leur moment de mélancolie, les artistes tentent de relativiser et se rappellent de ce qu’ils étaient avant. Cependant, c’est à peu près la seule technique qu’ils peuvent mettre en place pour se libérer de leur statut.

La musique et ses paroles ont donc un rôle cathartique pour les artistes qui se défont de leurs démons en créant des morceaux ou des instrumentations, d’autant plus dans le rap français.

 

2.4       Le burn-out est-il une fatalité ?

« Je n’ai jamais entendu un parton d’une entreprise du CAC40 s’inquiéter de la santé de ses salariés » dit Patrick Légeron. Pas étonnant donc que certains employés ou managers se retrouvent au plus bas. On estime aujourd’hui qu’un travailleur français sur cinq serait en détresse quand il est en poste. Depuis l’arrivée d’internet, le monde du travail a bien changé : mail à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, surcharge téléphonique… Bref, il semble maintenant impossible pour les collaborateurs de décrocher de leur travail même quand ils sont chez eux.

 

Welcome To The Jungle a produit un podcast appelé Au Bureau dans lequel on peut entendre le témoignage de Louisa, webdesigner, qui a fait un burn-out. « J’étais dans un état dans lequel, à un moment, le corps lâche. »

On découvre son parcours, au cours duquel elle explique qu’au sortir de son entretien, elle était ravie d’aller travailler dans sa nouvelle entreprise. Très rapidement, son supérieur lui confie un dossier très important, pour un site que Louisa qualifie « d’un peu exceptionnel ». Ses collègues l’avaient prévenue et mise en garde face à l’ampleur de la tâche : ce dossier avait tout de même un historique de cinq ans. Malgré tout, la jeune femme veut prouver qu’elle en est capable et se dévoue corps et âme pour ce challenge. On peut dire que sa direction l’a mise à rude épreuve puisqu’elle traitait ce dossier seule, alors qu’il demandait le travail d’au moins cinq à six personnes. En parallèle, Louisa continue d’avancer sur ses autres projets en cours, pour la même entreprise. Une pression énorme qui la poussera à bout. Elle arrivait au travail très tôt, ne prenait plus de pause entre midi et deux et a commencé à se surcharger, en dépit de sa vie familiale. La pression exercée sur Louisa était telle qu’elle se sentait jugée à tout moment, par son manager et par sa direction, qui commençaient à douter d’elle et à lui faire des remontrances lors des réunions.

Elle explique avoir ressenti un véritable abandon de la part de ses supérieurs hiérarchiques, qui l’a poussé à se charger encore plus afin de démontrer son implication dans la structure à laquelle elle appartenait. « Mon cerveau commençait à vraiment se déconnecter. Je faisais des milliards de listes, sur mon iPhone, sur mon iPad, sur des bouts de papier. J’ai fini par m’y perdre à tel point que l’arrivée d’un mail me faisait paniquer… » Elle raconte qu’elle a toujours été très travailleuse mais que, quand c’était dans la bienveillance, tout se passait beaucoup mieux.

Le mal-être qui s’est installé en Louisa lui a provoqué des malaises sur son lieu de travail. À ce moment, elle ne s’alerte pas et ne prend pas en compte les signaux que lui envoie son corps, à l’instar de ses supérieurs.

Sa vie de famille a elle aussi été impactée puisqu’elle perdait l’audition et n’entendait plus sa fille lui parler, jusqu’à être dans l’incapacité de lui lire une histoire. Louisa parle alors d’une « surcharge de fatigue ». Au cours de son interview, la jeune femme se plaint d’avoir mal au dos, une des séquelles de son burn-out. Elle passait ses journées recroquevillée et soumise à la situation. Seule sa mère s’est inquiétée, lui a parlé du burn-out et a employé des mots très forts. « Louisa, tu maigris, tu es en train de mourir, je ne te sens plus présente. Il faut que tu arrêtes, il faut que tu t’arrêtes. » Encore un signal étouffé par Louisa qui refuse de l’entendre. Jusqu’au jour où sa mère, si inquiète, lui dit qu’il faut qu’elle aille voir quelqu’un et qu’elle ne doit pas retourner au travail. Louisa a atteint le point de non-retour, ce que lui confirme son psychiatre qui, dès la première séance, lui diagnostique un état de burn-out suite à leur entrevue. « Je n’avais jamais pensé à l’arrêt maladie, parce que je connaissais mal le sujet. On ne sait pas comment s’en sortir, on veut juste mettre son portable dans les toilettes et tout couper. L’objectif, c’est de partir loin, et parfois, pour partir loin, il faut juste mourir. » Louisa a quand même tout tenté pour aller mieux, malgré son sentiment de culpabilité et son mal invisible. « Je pensais pouvoir le faire, jamais je n’aurais pensé en arriver là. Je ne comprends toujours pas comment le cerveau peut autant se « déformer », se rabougrir. » La jeune webdesigner explique que parler de son état à une personne extérieure lui a fait beaucoup de bien et qu’elle a eu l’impression que le « diable était sorti d’elle », une sensation de salvation. Elle a compris qu’il ne fallait surtout pas s’oublier soi-même au risque d’oublier de vivre. Louisa, dans le cadre de son travail, qu’elle qualifie d’inhumain, d’impersonnel, a pensé à un changement de vie professionnel qui la rapprocherait justement des autres.

C’est grâce à un de ses amis qui a lui aussi fait un burn-out que Louisa a réussi à remettre le pied à l’étrier et à s’en sortir.

Pour se sortir d’une telle situation, Louisa conseille à chacun d’en parler, de libérer sa parole pour passer au-delà de cette situation.

Dans ce témoignage, la voix de Louisa est encore tremblotante alors qu’elle semble rétablie de son burn-out qui a eu lieu il y a plus d’un an maintenant. La jeune femme estime que grâce au travail qu’elle a pu faire sur elle-même, elle a réussi à renaître de ses cendres et à se remettre de la situation en sept mois pour devenir encore plus forte qu’avant, même si elle ne se sent pas encore capable aujourd’hui de retravailler dans une entreprise classique, raison pour laquelle elle s’est mise à son compte.

 

Mais tout n’est pas si sombre : au fur et à mesure que les entreprises comprennent la pénibilité physique du travail et tentent de la réduire, elles prennent conscience de l’importance de la santé mentale de leurs équipes et essaient de la tirer vers le haut.

Cependant, le burn-out n’est pas une fatalité puisque bon nombre de personnes changent d’entreprise ou d’orientation professionnelle avant qu’une maladie du travail pointe le bout de son nez. Ce sont surtout les personnes qui ont travaillé dans le secteur de la finance qui décident de prendre un tournant à 180 degrés dès que l’occasion se présente, souvent pour se préserver et redonner du sens à leur vie. On ne compte plus le nombre d’histoires vues sur internet de ceux qui ont tout plaqué pour monter une ferme biologique ou qui sont partis vivre en ermite dans la forêt. Un retour aux sources semble donc nécessaire pour retrouver le sens de nos vies et s’épanouir. Même s’il peut sembler facile de dire qu’il faut juste changer de voie pour éviter un burn-out, cette phrase reste difficile à mettre en place , d’autant plus quand on est chef d’entreprise. La limite entre se donner à 100% pour son projet de vie et/ou son entreprise et le burn-out peut être très fine. Il faut donc rester à l’écoute de son corps et de son esprit puisque qui est mieux placé que nous-même pour savoir ce dont nous avons réellement besoin.