La notion de bien-être au travail s’est rependue dans le monde au cours des années 2010. D’après l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) le bien-être au travail est un « état d’esprit caractérisé par une harmonie satisfaisante entre d’un côté les aptitudes, les besoins et les aspirations du travailleur et de l’autre les contraintes et les possibilités du milieu de travail ».
Ici, on ne parle pas seulement du bien-être émotionnel, celui qui, dans la vie de tous les jours, fait que nous pouvons ressentir une certaine sorte d’épanouissement personnel sur un laps de temps plus ou moins long. Il s’agit dans cet article de traiter les trois formes du bien-être qui peuvent être rencontrées dans le milieu professionnel.
LE BIEN-ÊTRE MORAL.
Le bien-être moral se définit commetout ce qui est immatériel et permet de se sentir heureux.se, épanoui.e. C’est à dire qu’on parle ici du bien-être procuré par notre famille, nos amis ou plus globalement, notre environnement.
Dans le bien-être moral, on peut comprendre le fait de bien s’accorder avec ses collègues. Aujourd’hui, de plus en plus de recruteurs cherchent des « profils » et pas seulement des « compétences ». En effet, les compétences peuvent s’acquérir au fil du temps, notamment par le travail en équipe ; un profil, en revanche, sera une personne qui s’entendra bien avec ses collègues presque dès son arrivée puisqu’ils partageront le même état d’esprit, les mêmes valeurs et les mêmes objectifs.
Pour améliorer leur bien-être moral, les gens tentent de positiver sur la situation qui leur pose problème. En effet, être positif permet d’accroitre sa sensation de bonheur voir de réduire le stress. Les optimistes ont donc une meilleure résistance au stress que les pessimistes puisque leur cerveau a plus de facilité à déployer des défenses naturelles pour lutter contre un imprévu qui pourrait provoquer une sentiment de stress chez l’individu. Une personne qui sera trop négative, à l’inverse, aura tendance à ressentir plus rapidement un surplus d’émotions, semblable à l’hostilité, qui pourrait la dépasser.
Dans le cadre professionnel, des scientifiques ont pu clairement établir un lien de cause à effet entre optimisme et performance. En effet, selon Delphine Luginbuhl et Aurélie Pennel, autrices du livre « Cultiver l’optimisme » paru en 2018 aux éditions Eyrolles, « L’optimisme est un facteur clef de performance individuelle et collective : les vendeurs optimistes sont plus efficaces, les conseillers optimistes ont des clients plus satisfaits, les équipes optimistes ont globalement de meilleurs résultats et des taux d’absentéisme nettement plus bas. ». Il existerait alors un réel lien entre optimisme et performance. Les managers ont donc une nouvelle mission à prendre en compte : celle de garder les collaborateurs heureux, ce qui permettrait de maintenir un niveau de performance élevé. Plusieurs actions peuvent alors être déployées. Par exemple, exprimer sa gratitude est une technique qui stimule la bienveillance et l’optimisme des collaborateurs d’une entreprise, peu importe le niveau hiérarchique. Un tableau de positivisme, sur lequel chacun annote une expérience positive rencontrée au cours de sa journée peut aussi être mis en place, et, si à son lancement, les collaborateurs n’osent pas afficher leurs expériences, c’est au manager d’initier cette nouvelle habitude à prendre.
Ainsi, cultiver l’optimisme est un moyen de se sentir plus épanoui dans son travail puisque se remettre d’un échec est moins difficile si on envisage la suite plus sereinement.
LE BIEN-ÊTRE SOCIAL.
Quand on parle de bien-être social, on désigne le fait d’être bien intégré dans la société dans laquelle l’individu évolue. Ce type de bien-être présente des indices physiques et mentaux qui sont à mettre en parallèle avec le milieu culturel, la profession et la classe sociale de l’individu étudié.
Dans une société déséquilibrée et inégalitaire, cette notion est devenue très importante. En effet, la société aiderait l’individu à atteindre un certain seuil de satisfaction. Le bien-être social reste complexe à définir mais cette complexité comprend le bien-être dans un environnement proche tel que le cercle familial ou amical. D’après la pyramide de Maslow, le bien-être social est lié non seulement à la satisfaction des besoins primaires, comme le fait de pouvoir s’alimenter suffisamment et quotidiennement et de se sentir en sécurité, grâce à son logement notamment, mais aussi à celle des besoins secondaires, par exemple, le fait d’appartenir à un groupe et d’être reconnu en tant qu’entité dans ce groupe ; ceux-ci dépendent principalement de l’individu, de ses capacités intellectuelles, physiques et mentales.
Le bien-être social s’évalue au niveau individuel et collectif mais le contexte géo-politique dans lequel l’individu évolue est à prendre en compte car il diffère d’un pays à l’autre.
La perte de confiance en soi, qui peut se caractériser par un changement brutal de la personnalité de l’individu concerné après que celui-ci ait gardé un masque pendant un certain temps, peut être symptomatique d’un certain mal-être social au travail.
D’après un document publié par le Ministère du Travail en Mars 2018, un tiers des actifs pensent que le travail permet d’alimenter non seulement leurs capacités mais aussi leur bien-être moral. Les personnes les plus diplômées occupent des emplois qui, globalement, les satisfont et leur permettent de s’épanouir. Les métiers moins qualifiés et plutôt occupés par des femmes, tels qu’assistantes maternelles ou encore coiffeuses, sont des postes qui, vus par celles et ceux qui les occupent, sont relativement épanouissants. Le contact humain y est sans doute pour beaucoup.
À contrario, les collaborateurs les moins diplômés se retrouvent placés à des postes dans lesquels ils n’ont pas nécessairement l’impression d’être heureux. Soumis aux ordres, à des travaux plus physiques et des organisations plus dures, ces personnes ne s’estiment pas heureuses et épanouies dans leur structure. Le Ministère du Travail parle ici d’un actif sur dix. Un chiffre d’autant plus préoccupant quand on note que les métiers de caissiers, infirmiers, ouvriers dans les industries ou encore employés de banque sont particulièrement représentés dans ces situations qui demandent au salarié un effort physique et psychologique souvent important.
À ces postes, les conflits éthiques, qui touchent entre autres le domaine de la santé, et l’insécurité économique, pour les ouvriers notamment, pèsent sur les épaules des collaborateurs et se ressent dans leur façon de travailler.
LE BIEN-ÊTRE PROFESSIONNEL.
Le bien-être professionnel est le dernier pilier de notre étude. Il porte aujourd’hui plusieurs noms : bien-être au travail, qualité de vie travail, mieux vivre en entreprise… Seul son sens reste inchangé.
Son absence peut provoquer divers types de mal-être, le bore-out en est un.
S’ennuyer à mourir. Voilà comment on pourrait définir le bore-out. Ces mots sont, pour certains collaborateurs, plein de sens. En effet, selon une étude publiée par Christian Bourion, professeur à l’ICN Business School Nancy-Met, en 2016, 30% des employés s’ennuient au bureau. En 2018, ces chiffres ne font qu’augmenter : un sondage de l’agence Qapa mis en lumière par Le Figaro parle de 65% des Françaises et 59% des Français s’ennuyant au bureau. Le problème ne viendrait donc pas forcément des collaborateurs, mais plutôt des postes en eux-mêmes. Aussi, 80% de ceux qui s’ennuient au travail vivent mal cette situation.
Les raisons du bore-out sont nombreuses : manque de diversité dans les missions, absence de challenge dans les projets, accumulation de réunions inutiles et chronophages voire parfois, plus simplement, un poste avec peu d’intérêt.
Le bore-out regroupe plusieurs formes de problèmes.
- La placardisation du collaborateur : Être mis au placard est souvent vu comme une punition qui ne dit pas son nom par les salariés qui la voient, à long terme, comme une perte de leur emploi. Bien souvent, on décharge un salarié de ses fonctions et responsabilités pour le pousser vers la sortie.
- Le manque de reconnaissance : au travail, comme dans la vie privée, la reconnaissance est une des clefs de l’épanouissement personnel. Une fois au bureau, elle a un impact sur les risques psychosociaux tels que le stress, la dépression et les diverses incivilités entrainées par ces risques.
- La surqualification des collaborateurs,qui, face à la difficulté de trouver un emploi, n’ont d’autre solution que de postuler à une offre qui ne correspond pas vraiment à ce qu’ils savent faire. Dans ces circonstances, le collaborateur se retrouve à un poste dans lequel il ne s’épanouit pas et rentre dans le cercle vicieux du bore-out.
D’après l’agence Qapa toujours, afin de stopper cet ennui, 54% des collaborateurs s’ennuyant sont prêts à voir leur salaire diminuer pour occuper un poste plus intéressant selon eux.
CES TYPES DE MAL-ÊTRE SE COMPLETENT-ILS OU S’OPPOSENT-ILS ?
Ces sentiments peuvent coexister mais ce n’est pas une fatalité. En effet, il arrive parfois qu’un collaborateur s’ennuie, sans pour autant qu’il ait envie de quitter son emploi. Dans la vie professionnelle, des périodes de creux peuvent survenir de façon passagère. Rien n’indique, au début, qu’un mal-être peut s’installer de manière durable dans la vie d’une personne. Comme dans un film au cours duquel le personnage principal va rencontrer un moment de blocage, il va lutter encore et encore pour arriver à ses fins en mettant en œuvre tous les moyens qu’il a à sa disposition. Dans la vie professionnelle, il en va de même. Le collaborateur arrive à un point de rupture dans sa routine et doit apprendre à le gérer efficacement avant d’atteindre le point de non-retour, souvent appelé burn-out. Les managers ont leur rôle à jouer dans ces moments clefs puisqu’ils ont aujourd’hui pour mission de veiller au bon développement de leur collaborateur et à leur épanouissement dans l’entreprise.
Un bon manager sait aujourd’hui quand un salarié ne se sent plus en phase avec les autres et adapte sa posture en conséquences.
Ainsi, il existe plusieurs types de mal-être en entreprise et on peut se demander s’ils se complètent ou s’opposent.
Un individu qui ne se sent pas épanoui à son poste peut ressentir un mal-être sans pour autant frôler le burn-out ou tout autre sentiment de cet acabit. En revanche, même s’il est connu depuis les années soixante, en 2019, on ne peut pas encore qualifier le burn-out de maladie du travail et ceux qui en souffrent ou en ont souffert mènent un combat pour qu’il soit reconnu comme tel. En 2015, la loi Rebsamen précise que les pathologies psychiques seront reconnues comme des maladies professionnels sous réserve que le salarié établisse que sa maladie est essentiellement due à son environnement professionnel ou ses tâches et que celui-ci entraîne une incapacité d’au moins 25% de son temps de travail. Même les personnes les plus fortes psychologiquement peuvent être susceptibles de faire un burn-out, peu importe la place occupée dans la hiérarchie.