Le sport aujourd’hui prend une grande place dans la société. De plus en plus de personnes se mettent au sport pour leur santé ou pour leur physique, tandis que d’autres pratiquent une activité physique avec des attentes de résultats en compétition. Peu importe le motif, il existe bien assez de disciplines sportives pour en satisfaire un maximum selon leurs objectifs.
En plus de pratiquer du sport, beaucoup de personnes aiment le regarder à la télévision ou en streaming. La plupart du temps, ils soutiennent une équipe. D’après le blog généraliste Miec, les trois sports les plus regardés et suivis sont : le hockey sur glace avec 2,2 milliards de fans ; le basketball avec 3 milliards d’adeptes et, sans aucune surprise, le sport le plus regardé avec 3,5 milliards de passionnés, est le football[1]. Globalement, les sports d’équipe semblent être les plus appréciés et regardés à travers le monde. Les disciplines les plus appréciées le sont par la simplicité de leur règlement, grâce à des athlètes superstars, par l’exigence physique ou encore les prouesses réalisées par les athlètes[1].
Après avoir vu le classement et compris les raisons pour lesquels les sports y figurent, je note dans un premier temps qu’aucun sport aquatique n’y figure, mais pourquoi ? La natation est une discipline dont le règlement est facile à comprendre, les plus grands champions sont assez connus (Michael Phelps ou Camille Lacourt par exemple), c’est un sport très exigeant physiquement qui demande une préparation minutieuse hors de l’eau comme dans les bassins. Alors pourquoi un sport comme la natation n’est-il pas plus apprécié et regardé ? Les autres disciplines aquatiques telles que le plongeon, le water-polo ou encore la natation artistique sont reconnus mais peu regardés, encore une fois, bien qu’ils remplissent la plupart des critères précédemment cités.
Une partie de la réponse réside dans l’identité du sport. Nous le verrons tout au long de cet article, les sports les plus médiatisés sont aujourd’hui considérés comme des marques indépendantes, et de ce fait, doivent avant tout se développer une identité qui leur est propre. Nous allons prendre comme fil conducteur la natation artistique qui est à mon sens le sport aquatique ayant l’identité la plus floue de par son histoire, ses changements de nom répétés et ses valeurs peu connues.
L’histoire de la natation artistique
La natation artistique, anciennement appelée “natation synchronisée”, est un sport d’eau, ou sport nautique, se pratiquant en piscine. Il mélange plusieurs disciplines : gymnastique, danse et natation[2].
Il existe plusieurs écrits évoquants ce sport. Les premiers datent de l’Antiquité où, d’après le poète romain Macia : “Garçons et filles nageaient comme des tritons et des nymphes en faisant de belles figures dans l’eau”[3]. Après avoir fait quelques recherches, il existe peu, voire pas, d’archives sur le poète Macia. Il pourrait donc s’agir de ce que les historiens appellent “une légende dorée”, ce qui correspond à un mythe ayant pour but d’ancrer la natation artistique dans l’histoire ou la littérature. Cependant, des archéologues ont tout de même retrouvé des fresques à Pompéi montrant des loisirs aquatiques proches de la natation artistique[4]. Un peu plus loin en Europe, en Grèce, les sources que nous avons à notre disposition parlent de personnes qui “amusaient” pendant les Olympiades[3]. Celles-ci réalisaient des figures dans l’Alpheios (fleuve grec). Encore plus loin, au Japon, des écrits racontent que les Samouraïs devaient nager le plus gracieusement possible devant leur roi afin d’être sélectionnés[3]. Le tout vêtus de leur uniforme très lourd à l’époque.
Ce sport sous la forme que l’on connaît aujourd’hui est plutôt récent, apparu à la fin du XIXè siècle à Berlin[3]. Plusieurs nageurs réalisaient des figures aquatiques mais sans être accompagnés de musique. C’est entre 1891 et 1892 qu’eu lieu la première compétition de “natation ornementale et scientifique”[4]. Aujourd’hui il est encore difficile de comprendre pourquoi la discipline portait ce nom. Cependant, contrairement aux idées reçues et préjugés, à ce moment-là, les compétitions étaient réservées aux hommes, ce qui contraste avec la situation actuelle du sport dont nous parlerons plus tard. Il faut tout de même rappeler que la place de la femme dans la société n’était pas celle qu’elle est aujourd’hui et de ce fait, elles avaient peu accès aux sports. Au début du XXè siècle le sport prend le nom de “ballet aquatique”[3]. C’est plus tard, avec la championne australienne, Annette Kellerman, en 1907, lors d’un show à l’hippodrome de New York, que le sport deviendra populaire[4]. La nageuse australienne parcourait l’Amérique du Nord avec ses shows dans un aquarium en verre[5].
Dans les années 20, beaucoup de club naissent dans la région nord-américaine. C’est également à cette période que Peg Sellers, à la tête d’un groupe de nageuses canadiennes, adapte des techniques de nage et de sauvetage, puis y ajoute de la musique et imagine un règlement[3]. L’équipe canadienne participe à la première compétition, plus ou moins officielle (sujet encore controversé selon les sources) de “nage synchronisée”, “natation artistique” ou “ballet nautique”. On note qu’à ce moment, il était déjà difficile de trouver un nom à cette nouvelle discipline.
D’après certaines archives, le terme “natation synchronisée” serait apparu à Chicago en 1934[5]. Katherine Curtis, nageuse artistique reconnue à l’époque, avait créé sa propre école appelée “The Modern Mermaids” (Les Sirènes Modernes), premier club officiel. Ses étudiants, soit une équipe de 60 nageurs et nageuses, avaient imaginé un spectacle pour le World’s Fair de Chicago[3] (ou la foire “Siècle du Progrès”[5]). C’est Norman Ross, ancien nageur olympique médaillé d’or et speaker pour l’événement, qui donna le nom de “natation synchronisée” à leur démonstration[5]. Suite à cela, en 1939, sont établies les premières règles de natation synchronisée, lors de la première compétition entre deux Universités (Chicago Teacher’s College contre Wright Junior College)[2].
Les années 40 sont une période très importante pour la nouvelle discipline aquatique pour plusieurs raisons. Tout d’abord, en 1944, les ballets aquatiques font leur apparition au cinéma grâce à la star hollywoodienne, Esther Williams[2]. On la verra notamment dans “Le Bal des Sirènes”, qui est à ce jour une œuvre majeure autour de la natation artistique, mais également dans “Million Dollar Mermaids”[4] : à cette époque, les chorégraphies associaient encore les hommes et les femmes[4] et étaient avant tout considérées comme des shows, plutôt qu’un sport de compétition. Les ballets aquatiques, tout comme les ballets de danse classique, étaient surtout là pour divertir. C’est seulement quelques années plus tard, en 1947[3], que le terme et le nom “natation synchronisée” est officialisé. Cette discipline, considérée comme un art jusqu’alors, est finalement reconnue comme un “véritable sport”. Suite à cette décision, le sport sera interdit aux hommes, ou du moins, les hommes ne seront pas reconnus aux compétitions officielles[3].
Jusque-là, la natation synchronisée était très présente sur le continent américain, mais surtout en Amérique du Nord. A partir des années 50, le sport était souvent utilisé comme sport de démonstration. C’est grâce à cela qu’en 1952, la natation synchronisée fût introduite en Europe, lors d’une démonstration aux Jeux Olympiques de Helsinki[2]. Puis, c’est en 1956, après que la discipline ait été reconnue mondialement, que la Fédération Internationale de Natation – Association – (plus connue sous le nom de FINA), définit un règlement international[2].
En 1973, ce sont les premiers Championnats du Monde de natation synchronisée, à Belgrade, en Serbie (ou Yougoslavie dans les années 70)[4]. Un an plus tard, est organisé à Ottawa, au Canada, le premier congrès de natation synchronisée[2]. Les participants statuent sur les nouvelles règles officielles internationales. Aussi, la France qui, jusque-là nommait la discipline “natation artistique”[2], s’aligne sur l’appellation internationale. Il est important de préciser à ce stade que les règles de la natation artistique changent tous les quatre ans, soit, après chaque olympiade. Le règlement s’adapte ainsi aux progrès et évolutions du sport.
C’est finalement en 1984, lors des Jeux Olympiques de Los Angeles, que la natation synchronisée est intégrée à la compétition avec seulement 2 catégories : les solos et les duos[5]. Plus tard, la FINA a souhaité mettre en avant le sport d’équipe qu’est la natation synchronisée, et mettra donc, lors des Jeux Olympiques, les duos et les équipes sur le devant de la scène[5]. Aujourd’hui dans toutes les compétitions internationales et pour chaque catégorie, le championnat se déroule en deux épreuves : technique et libre. Les ballets techniques regroupent un certain nombre d’éléments imposés à intégrer à la chorégraphie. Cette épreuve a pour but de juger du niveau technique de l’équipe. Puis, il y a l’épreuve du “libre”, une chorégraphie qui doit être la plus originale possible.
Depuis 2000, la FINA admet que les hommes participent aux compétitions[3] mais c’est seulement en 2015 que les hommes ont le droit de participer aux compétitions officielles comme les championnats d’Europe ou les championnats du monde, uniquement pour les épreuves des duos mixtes (un homme et une femme). Cependant, les hommes ne sont toujours pas admis dans les épreuves des Jeux Olympiques, ainsi, la natation artistique et la gymnastique rythmique restent les deux seuls sports olympiques fermés à la gente masculine. Or, récemment, les hommes connus dans le monde de la natation artistique se sont rassemblés pour “protester” contre cela. Aleksandr (ou Alexander) Maltsev, nageur russe, est à l’origine de ce mouvement et est soutenu par les nageuses de l’équipe nationale de Russie et d’autre nageuses reconnues sur la scène internationale. Les hommes vont-ils finalement pouvoir faire leur entrée aux Jeux Olympiques ?
Un sport à la recherche d’une identité
Nous avons pu voir précédemment que l’histoire de la natation artistique a été longue et il a fallu du temps pour que la discipline s’impose comme un véritable sport. Et à l’image de son histoire, le nom du sport a été changé plusieurs fois, cela a-t-il pu causer des difficultés à imposer une identité pour la natation artistique ? C’est ce que nous verrons dans cette partie.
En tant que communicants, nous savons que le nom d’une marque est très important. C’est ce dernier qui aidera également à définir son identité, son ADN, etc. Aujourd’hui, la plupart des sports sont médiatisés et forment finalement un nouveau business : le sport business. C’est pour c’est raison que toutes les disciplines sportives sont considérées comme des marques. Les aspects commercial et marketing sont extrêmement importants pour la survie et la longévité d’une marque. En revanche, ici nous traiterons de la construction d’une marque et de son identité, les bases solides pour définir une bonne stratégie de communication.
Le premier nom officiel de la natation artistique était “ballet aquatique”, ou “water ballet” en anglais. Nous sommes alors dans les années 1900. Effectivement, il semble logique que le nom de la discipline fasse référence au monde de l’eau, d’où le mot “aquatique”. Comme nous l’avons vu plus haut, à cette époque, la discipline était surtout destinée au spectacle et était très utilisée pour des shows. Et c’est ce détail qui peut expliquer le mot “ballet” dans le nom de la discipline artistique. Il y avait effectivement à cette époque d’autres spectacles artistiques, les ballets de danse classique. Si nous regardons de plus près deux définitions du mots “ballet”, données par le Larousse, nous comprenons mieux pourquoi il a été attribué à la discipline artistique aquatique.
Première définition du Larousse : “ Ballet : composition chorégraphique, destinée à être représentée en public, avec ou sans musique, interprétée par un ou plusieurs danseurs.”[6]
Lorsque nous lisons la définition ci-dessus, tout semble correspondre à la natation artistique. En effet, à l’époque, la discipline était destinée à être une représentation publique d’une composition chorégraphique aquatique, sans musique. La seule chose qui pourrait porter à confusion dans cette première définition est le terme “danseurs”. Aux débuts de la natation artistique, les pratiquants ou représentants de cet art n’avaient pas de termes clairement définis pour les désigner. Cependant, la plupart du temps, ils étaient appelés nageurs car la nouvelle discipline était finalement une adaptation des techniques de sauvetage, comme nous l’avons vu plus haut.
Une seconde définition du mot “Ballet” donnée par le Larousse : “ Troupe donnant des spectacles chorégraphiques”[6]. Encore une fois, le terme semble très adapté à la nouvelle discipline aquatique. Or ce qui gênait à l’époque était le terme trop proche de celui utilisé pour la danse classique. En effet, il y avait encore trop de différences entre les ballets classiques et les ballets aquatiques pour que le nom soit gardé, car les ballets étaient à cette période très codifiés.
C’est donc dans les années 30 que la dénomination “natation synchronisée” est trouvée. Cette fois, le terme “natation” semble beaucoup plus adéquat pour la nouvelle discipline aquatique. En effet, comme évoqué, ce sont surtout des techniques de nage et de sauvetage qui sont adaptées pour créer un véritable spectacle. Les pratiquants de cet art sont appelés “nageurs” donc tout semble coïncider avec le nouveau nom donné aux ballets aquatiques. Aussi, la définition du mot “natation” donnée par le Larousse reste assez large pour englober ce que l’on appelait “ballets aquatiques”.
Définition du mot “Natation” du Larousse : “Sport de la nage”[7]. Le dernier terme utilisé dans cette définition (“nage”) peut tout à fait correspondre à ce que représente la natation synchronisée. En effet, la “nage” désigne l’action de nager, ou encore les différentes manières de se déplacer dans l’eau avec les mouvements appropriés[8] (d’après le Larousse). Etant données les significations préalablement citées, “natation” semble très approprié pour désigner la discipline aquatique.
L’adjectif “synchronisée” a également été réfléchi afin de correspondre parfaitement. Finalement, lorsqu’il n’y avait pas de musique, ce qui rendait les spectacles si beaux et impressionnants était la synchronisation des mouvements. En effet, les nageurs devaient faire en sorte que tous leurs déplacements soient coordonnés, c’est là que résidait toute la difficulté de cet art. Le terme “natation synchronisée” prend alors tout son sens.
Petit à petit, les techniques de natation synchronisée se sont développées et de l’art, nous sommes passés au réel sport de compétition, comme nous l’avons vu auparavant. Effectivement, il s’agit d’un sport extrêmement exigeant, certes pouvant se rapprocher de l’art, mais tout comme la danse classique ou la natation, la natation synchronisée nécessite une préparation, autant physique que mentale, très minutieuse. C’est pour cette raison qu’elle a été élevée au rang de sport puis plus tard, qu’elle a pu faire son apparition aux Jeux Olympiques.
Les différences entre les premières compétitions officielles et les championnats auxquels nous assistons aujourd’hui sont flagrantes, et c’est, a priori, ce qui aurait poussé au changement de nom de la discipline. La FINA n’a pas réellement donné de raison officielle mais les changements et évolutions apportés au règlement de la natation synchronisée en 2016 pourrait les expliquer.
Tout d’abord, dans les premières représentations et compétitions de ballets aquatiques, nous parlions effectivement de chorégraphies avec ou sans musique, où les nageurs devaient synchroniser leurs mouvements. Par la suite, les compétitions pour les plus jeunes (jusqu’à 18 ans) se sont vues ajouter une épreuve, celle des figures imposées. Il s’agit d’enchaînements de mouvements et de positions de base qui forment une figure indépendante. Les compétitions de figures imposées se font de manière individuelle ce qui s’éloigne alors du principe de ballet. Ceci constitue une évolution majeure dans la natation synchronisée.
Ensuite, il existe différentes catégories dans les compétitions internationales (solo, duo, équipe et combiné). De ce fait, dans toutes ces catégories, il est possible de synchroniser les mouvements entre les nageuses. Toutes sauf une : le solo ! En effet, les épreuves des solos sont réservées aux meilleures nageuses de chaque équipe, mais seuls les connaisseurs le savent. La plupart des personnes à qui j’ai pu parler de mon sport m’ont toutes fait la même réflexion : “Je ne comprends pas l’intérêt”. Ce que les spectateurs trouvent impressionnant dans la natation synchronisée est justement la coordination entre toutes les équipières. Pour nous, “synchronettes” (nageuses de natation synchronisée), les solos peuvent être tout aussi magnifiques car exécutés par les nageuses les plus fortes. Mais il est vrai que le terme “synchronisée” perd encore un peu son sens dans ce cas précis.
Plus haut, nous avons également évoqués les épreuves de ballets techniques et libres. Globalement, les ballets techniques se rapprochent plus des chorégraphies “plus anciennes”, elles sont plus strictes de par les éléments imposés qui nécessitent une bonne technique de nage et rendent obligatoire (sous peine de pénalités) la synchronisation de toutes les nageuses. Les ballets libres, quant à eux, sont ceux qui peuvent imager le mieux l’évolution de la natation synchronisée vers la natation artistique. Les chorégraphies libres nécessitent une grande créativité et de l’originalité, ainsi, il n’est pas rare de voir des éléments en décalé entre les nageuses, mais un décalage très étudié et précis. De ce fait, les ballets libres sont de moins en moins synchronisés mais sont de plus en plus à la recherche d’effets artistiques.
Un autre détail a également pu être observé depuis l’entrée de la natation synchronisée dans les épreuves des Jeux Olympiques. Dans les ballets d’équipe, les nageuses exécutent les mouvements dans ce que l’on appelle une formation. Il s’agit finalement de la position des coéquipières les unes par rapport aux autres représentant un forme particulière et réfléchie pour mettre en valeurs les éléments chorégraphiques. A la fin des années 1980, nous pouvions observer que les nageuses étaient plutôt écartées les unes par rapport aux autres, ce qui peut sembler logique car les mouvements nécessitent un certain espace pour être exécutés. Dans les ballets plus récents, le but est d’avoir des formations les plus serrées possible pour donner l’impression que toutes les nageuses ne forment qu’un. Encore une fois, il s’agit d’un effet artistique qui contribue à l’évolution du sport et de son nom.
Deux derniers éléments et non des moindres, clôturent l’évolution de la natation synchronisée vers la natation artistique. Tout d’abord, les figures de ballets. Nous pouvons constater qu’elles sont de plus en plus complexes autant du point de vue artistique que du point de vue technique. Elles sont également de plus en plus longues, avec beaucoup de mouvements qui s’enchaînent, ce qui ajoute de la difficulté et assure un effet plus spectaculaire aux yeux du public et des juges. Enfin, tous les éléments des chorégraphies, en plus d’avoir gagné en complexité, ont gagné en rapidité, c’est-à-dire que l’enchaînement de mouvement se fait avec une plus grande vitesse qu’il y a quelques années en arrière. Aujourd’hui, les juges sont attentifs à ces nouvelles difficultés soit la complexité et la rapidité des ballets, ce qui, encore une fois montre que l’aspect artistique a pris le dessus.
Afin d’illustrer toutes les évolutions citées vous avez à votre disposition deux vidéos comparatives de l’équipe de France de natation artistique à deux époques différentes.
Vidéo 1 – équipe de France de Natation Synchronisée aux Jeux Olympiques d’Atlanta en 1996
Vidéo 2 – équipe de France de Natation Artistique aux Championnats Européens de Glasgow 2018, soit la dernière grande compétition internationale pour la France (Ballet Technique)
Vidéo 3 – équipe de France de Natation Artistique aux Championnats Européens de Glasgow 2018, en ballet libre
Pour conclure cette seconde partie, nous pouvons constater que la natation artistique a connu plusieurs phases très claires au cours de son histoire. De ce fait, le nom a été réadapté à la discipline à plusieurs reprises.
Des valeurs inchangées mais peu perceptibles brouillant l’identité du sport
Nous l’avons compris, chaque sport aujourd’hui est considéré comme une marque. Maintenant que le nom a été trouvé, il faut définir son identité, soit tous les éléments qui représentent la marque, ou le sport. Cette identité correspond à l’ensemble des éléments qui caractérisent la marque[9]. Souvent, il s’agit de l’histoire, des valeurs, de la vision, des ambitions et de la promesse.
Jean-Noël Kapferer, professeur en marketing et expert des marques, est reconnu pour son approche de l’identité de la marque[10]. Pour faciliter l’analyse de l’identité d’une marque, ce dernier a imaginé “ Le Prisme d’Identité” en regroupant tous les éléments cités précédemment. Cet outil est intéressant car il regroupe les caractéristiques internes et externes à l’entreprise, il détermine “qui est la marque”, ce qu’elle souhaite exprimer et comment ses publics la perçoivent[10]. Cette analyse permet d’identifier les piliers et fondements de la marque et, dans notre cas, celle du sport.

Prisme d’identité de Kapferer – D’après le site E-marketing
La partie supérieure du prisme représente la marque, celle au centre, ses relations avec ses différents publics et la partie inférieure, représente les publics et consommateurs de la marque ou, dans le cas d’un sport, les publics et athlètes. Les éléments de gauche sont des éléments externes ou de surface, tandis que les éléments de droite sont plus profonds et intangibles.
Nous allons expliquer chaque facette et tenter de créer le prisme d’identité de la natation artistique :
- Physique : réalité objective du sport, éléments tangibles et/ou physique[10]. Pour la natation artistique, cela pourrait correspondre à “sport aquatique”, “art”, “sport d’équipe”, “nageuses”, “maillots de bain pailletés”, “chignon”.
- Personnalité : “traits de caractères”, similaire à la personnalité d’un individu[10]. Dans notre cas, “gracieuse”, “sportive”, “forte” (mentalement et physiquement), “amicale”, “à la recherche de l’excellence”.
- Relation : types de relations entretenus entre le sport et ses publics[10]. La natation artistique avait pour but premier de divertir son public puis lorsqu’elle est devenue un sport, et surtout un sport féminin, les performances des nageuses ont suscité l’admiration de ses publics. Cependant, les pratiquantes de ce sport restent très humbles et ouvertes, et vont régulièrement à la rencontre de leurs publics.
- Culture : univers spécifique et valeurs[10]. C’est le sujet qui nous intéresse le plus car aujourd’hui, les personnes ne pratiquant pas la natation artistique ne connaissent pas les valeurs correspondantes à ce sport. Nous reviendrons dessus par la suite.
- Reflet : l’image de la cible ou des utilisateurs (dans notre cas, les nageuses) que la marque (ou sport) donne aux non-utilisateurs ou autres publics extérieurs[10]. Dans l’esprit des spectateurs ou simplement non pratiquants de la natation artistique, les nageuses sont des personnes délicates, gracieuses, sportives, saines de corps et d’esprit, ce qui est en partie vrai mais il reste beaucoup de choses peu visibles.
- Mentalisation : manière dont l’utilisateur (ou nageuse) s’identifient à la marque (ou au sport) et dont il se voit en ayant choisi la marque[10]. Une nageuse se voit comme une femme forte (encore une fois dans son physique et son mentale), entière car dédiée à son sport, saine, battante, solide et surtout membre d’une grande famille, son équipe et la famille que forment toutes les nageuses.
Revenons à présent sur un point clé du prisme de la natation artistique que je n’ai pas encore développé : la culture. Nous parlons ici de la culture d’un sport, la manière dont les athlètes vivent leur passion ou, pour certains, leur métier. Il est vrai qu’il existe peu de communication autour de la natation artistique, en France ou en Suisse. De ce fait, les personnes ne pratiquant pas ce sport peuvent avoir du mal à se rendre compte de sa culture.
Nous allons par la suite parler des valeurs de la natation artistique que j’expliquerai en mettant en parallèle le mode de vie d’une “synchronette”. Je l’ai expliqué précédemment, les valeurs d’un sport font partie de son identité mais cela va bien au-delà d’une simple identité, nous le verrons par la suite.
Je vais commencer en énumérant toutes les valeurs de ce sport, de la plus évidente à la plus profonde et imperceptible :
- Respect
- Dépassement de soi
- Persévérance
- Esprit d’équipe
- Précision / Excellence
- Fraternité
Le respect est une valeur commune à tous les sports. En effet, dans n’importe quelle discipline sportive, on apprend aux athlètes à respecter leur sport, respecter les règles, les adversaires / concurrents, les coéquipiers mais également le respect de soi. Dans toutes les disciplines il existe des règles et dans le cas de la natation artistique, c’est donc la FINA qui décide du règlement. Celui-ci est longuement étudié et remanié tous les quatre ans afin de s’adapter à l’évolution rapide de la natation artistique, comme nous l’avons vu dans la partie précédente. Je ne peux pas parler d’autres sports mais, encore une fois, pour beaucoup d’entre-eux et notamment la discipline qui nous intéresse, il faut respecter son adversaire, reconnaître s’il a été meilleur que nous et savoir gagner avec humilité dans le cas contraire, ne jamais dénigrer la performance des concurrents, surtout dans un sport aussi exigeant. Ensuite, puisque la natation artistique est un sport d’équipe, il faut savoir respecter les personnes avec qui nous nageons, savoir leur apporter de l’aide si elles en ont besoin et savoir accepter de l’aide si nous en avons besoin. Les nageuses d’une équipe ne peuvent pas avancer chacune de leur côté, elles doivent former un ensemble homogène. Pour terminer sur le respect, il est indispensable à chaque athlète de n’importe quel sport de se respecter soi-même, de savoir écouter son corps en cas de blessure, d’avoir un mode de vie sain et une alimentation saine car ce sont les nutriments qui vont lui permettre de pratiquer son sport.
Le dépassement de soi est également une valeur commune à beaucoup de disciplines sportives. Une chose est sûre, pour progresser, dans n’importe quel sport, il faut apprendre à dépasser ses propres limites et aller chercher toujours plus loin. La natation artistique ne fait pas exception à ce principe fondamental. En effet, une nageuse devra toujours essayer de pousser plus fort sur ses bras ou ses jambes pour avoir une belle hauteur, apprendre à retenir un petit peu plus longtemps son souffle pour avoir une chorégraphie plus intéressante ou encore gagner un peu plus en souplesse pour avoir des mouvements plus gracieux. De manière générale, tout est prétexte à aller chercher toujours plus loin pour améliorer ses performances.
La persévérance va de pair avec la valeur précédente et encore un fois est associée à la plupart des sports. D’un point de vue de nageuse artistique, nous savons que notre sport est difficile et surtout que l’homme est avant tout un terrien, de ce fait nous devons composer et apprendre à gérer un autre élément, l’eau. La plupart du temps, il faut beaucoup de patience pour acquérir un mouvement et de la technique, mais il faut apprendre à persévérer pour atteindre ses objectifs.
L’esprit d’équipe est une valeur commune à tous les sports collectifs et la natation artistique, même si on ne s’en rend pas compte au premier abord, est bel et bien un sport d’équipe. Il est important que le ballet d’équipe semble homogène aux yeux des juges et pour cela que les co-équipières nagent les unes avec les autres et évidemment pas les unes contre les autres. Il est très important que toutes les nageuses d’une équipe s’entendent bien et se soutiennent mutuellement pour avoir un bon résultat lors des compétitions.
La précision ou l’excellence sont également des valeurs clés de la natation artistique. Nous pouvons le voir dans les vidéos d’illustration, les mouvements doivent être précis dans leur exécution et dans la synchronisation avec les autres membres de l’équipe. Cela demande beaucoup de d’heure de travail et de répétition des mouvements pour caler les 8 nageuses. Chaque angle doit être vérifié, chaque transition de mouvement doit être maîtrisée pour obtenir un ballet propre et tendre vers l’excellence.
La dernière valeur qui est pour moi la plus importante et la plus profonde pour la natation artistique est la fraternité. J’ai évoqué le temps de travail dans ce sport. En moyenne, les nageuses des équipes nationales s’entraînent environ 30 heures par semaine (si ce n’est plus, tout dépend des pays). Il est évident que ce grand nombre d’heures passé auprès de ses co-équipières permet de développer des liens presque familiaux avec ces dernières. Les personnes extérieures à la discipline n’arrivent pas toujours à se rendre compte que les nageuses se considèrent bien souvent comme des sœurs puisqu’elles passent beaucoup de temps ensemble et vivent les victoires ou défaites ensemble, comme une famille. D’où ce lien fraternel qui se développe régulièrement dans les équipes.
Nous venons de voir toutes les valeurs de la natation artistique qui composent son identité en tant que sport. Mais c’est également une discipline olympique et donc attachée aux valeurs du Mouvement Olympique, fondé par Pierre de Courbertin en 1894[11]. L’objectif de ce mouvement est dans un premier temps d’inscrire le sport (en général) comme un modèle de paix et d’harmonie[11], comme dans l’Antiquité où toutes les guerres cessaient pendant les Jeux. Le Mouvement Olympique repose également sur la protection et la diffusion de valeurs fondamentales s’étendant bien au-delà des compétitions[11]. Voici les valeurs en question :
- L’excellence, que nous retrouvons également dans les valeurs de la natation artistique et qui dans ce cas-là se rapproche du dépassement de soi, cité précédemment.
- L’amitié, qui dans le cas de la natation artistique est encore plus poussé puisque nous parlons de fraternité.
- Le respect, dans toutes les dimensions déjà évoquées plus haut.
Tout au long du développement de cette partie, nous avons pu mettre des mots sur l’identité de la natation artistique. Par la suite, nous avons compris ce que représentait ce sport mais également à quel point il avait sa place dans les disciplines proposées aux Jeux Olympiques.
Dans cet article, nous avons découvert ou redécouvert ce qu’était la natation artistique, un sport aquatique à la fois ancien et récent dont l’histoire recèle de surprise. Nous avons également appris qu’à notre époque, le sport (en général) était considéré comme une marque à part entière et dont les sous-marques peuvent être les équipes nationales ou les clubs. Ainsi, il est très important d’asseoir l’identité de cette discipline sportive en commençant par le nom qui lui est attribué. Il existe encore beaucoup trop d’articles ou de reportages où le nom de “natation synchronisée”, qui a désigné ce sport pendant de nombreuses années, soit présent, alors que depuis 2016, il est nommé “natation artistique” grâce à son évolution. Ensuite, comme nous l’avons vu, l’identité d’une marque est composée de différents éléments. Afin que la natation artistique ait une identité stable, il est indispensable que ces éléments soient clairs. En revanche, ce qui reste d’une importance capitale pour un sport sont les valeurs qu’il transmet et, de ce fait, il serait bon qu’elles soient les plus justes et perceptibles possible. Nous l’aurons compris, l’identité d’une marque et d’un sport sont la base d’une communication solide. Il faut savoir sur quoi communiquer et par quels moyens. Dans le sport, en général, nous parlons de marketing sportif et de sponsoring, cependant ces deux termes sont souvent confondus ou séparés à tort. Dans l’article qui va suivre, nous essaierons de comprendre les bases de marketing et du sponsoring sportif. Nous verrons également pourquoi la natation artistique a un retard à rattraper sur ce terrain.
Image de couverture
Photographe : Alicia Semon – sur Instagram : @aliciasemon.photos
Webographie
[1] Quels sont les sports les plus populaires au monde ?, par Victor Sourdin, le 3 août 2016 – MIEC : https://miec.fr/les-sports-les-plus-populaires-au-monde/
[2] Natation synchronisée, Wikipédia L’encyclopédie libre : https://fr.wikipedia.org/wiki/Natation_synchronis%C3%A9e
[3] L’histoire de la synchro, Swimming Club Boulonnais section natation synchronisée : http://scb-natationsynchronisee.e-monsite.com/pages/l-histoire-de-la-synchro/
[4] L’historique, Colomiers Nat’Synchro :http://www.usc-natsynchro.com/?page_id=135
[5] L’histoire de la natation synchronisée, le 31 août 2009, Sport à Marseille L’annuaire sports et loisirs : http://www.fairedusportamarseille.com/L-histoire-de-la-natation.html
[6] Dictionnaire Larousse Langue Française, définition de “ballet” : https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/ballet/7696
[7] Dictionnaire Larousse Langue Française, définition de “natation” : https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/natation/53853
[8] Dictionnaire Larousse Langue Française, définition de “nage” : https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/nage/53695
[9] Marketing fondamental – 2.2 L’identité de marque, Aunege : http://ressources.aunege.fr/nuxeo/site/esupversions/83e876d5-3c45-45cb-a888-2af03045ca8e/co/2_2_Identite_de_marque.html
[10] Fiche 05 : Le prisme d’identité de la marque, de Nathalie Van Laethem, Yvelise Lebon, Béatrice Durand-Mégret, le 1er juillet 2016, e-marketing.fr : https://www.e-marketing.fr/Thematique/academie-1078/fiche-outils-10154/prisme-identite-marque-306814.htm#UUtVqCBXCxfKr8ri.97
[11] Les valeurs du sport, de Christelle, le 11 août 2016, Le Canard Ivre : http://lecanardivre.fr/les-valeurs-du-sport/