Le 8 octobre 2018 le GIEC, Groupe d’experts intergouvernemental sur l’Évolution du Climat rendait public son rapport alarmant sur l’urgence climatique et la difficulté de limiter le réchauffement de la terre. Selon cette note, l’augmentation de 2 degrés serait irrémissible et la seule solution consisterait à réduire nos émissions de gaz à effet de serre de 45% d’ici 2030 pour ne pas dépasser 1,5 degré de plus avant 2052.[1] Selon le climatologue et glaciologue français Jean Jouzel « Ce rapport met les décideurs politiques face à leurs responsabilités»[2]

Le film Demain réalisé par Cyril Dion et Mélanie Laurent, souligne que les causes de ce désastre, accompagnées de l’explosion démographique, obligent à prendre en compte rapidement les alertes exprimées par les scientifiques[3]. Souligne aussi que des solutions, déjà expérimentées, existent. Pourtant, rien ne se passe. Et face à l’inertie du monde actuel, ce sont les jeunes qui disent « stop » et s’affolent, du monde dont ils héritent.

« Qui sont les adultes, ici ? », pouvait-on lire sur des pancartes brandies lors des Marches pour le climat. Un message clair de la part d’une jeunesse consciente du rôle qui lui revient face au défi climatique. De quoi s’interroger : les jeunes sont-ils capables d’influencer les décisions politiques et l’opinion publique ? Et sont-ils utilisés, à leur tour, pour la couverture médiatique dont ils peuvent bénéficier, pour la nouveauté qu’ils représentent ? Cette notion d’influence est capitale. A ce titre, nous nous intéresserons à deux personnalités de moins de 25 ans, devenues des voix du climat.

C’est le cas de Greta Thunberg, jeune suédoise engagée depuis 2018 et à l’origine des grèves scolaires mondiales pour le climat. C’est le cas encore de Boyan Slat, jeune militant écologiste néerlandais, créateur du programme « The Ocean Cleanup ». A travers eux, questionnons l’influence réelle de ces formes de militantisme tant sur l’opinion publique, que sur les décisions prises par les pouvoirs politiques.

La manière d’influer les décideurs publics peut parfois surprendre. Ces luttes d’influence sont-elles réellement efficaces ? Servent-elles ou non l’inclusion des nouveaux enjeux sociétaux dans les politiques menées ?

Les jeunes s’engagent : de la volonté à la réalité

Skolstrejk för klimatet

Dans le livre Scènes du cœur écrit par la famille Thunberg-Ernman, Greta n’a que 16 ans lorsqu’elle alerte son père et sa sœur, de retour d’un voyage en Sardaigne : « Vous venez d’émettre 2,7 tonnes de dioxyde de carbone. C’est l’équivalent annuel de cinq personnes au Sénégal. »[4] Ce blâme sera le premier d’une longue série. Cela débutera avec sa famille, et continuera à une échelle incomparable, lorsqu’elle attaquera en justice cinq des plus importantes puissances mondiales, dont la France, pour atteinte à une convention de l’ONU sur les Droits des enfants. 

Cette jeune suédoise est devenue en quelque temps une figure, sinon la figure de la lutte pour le climat. Certains la comparent même à un messie. Comment cette jeune fille, encore inconnue il y a deux ans et aujourd’hui, élue personnalité de l’année 2019 par le New York Times, a-t-elle pu porter son combat auprès des plus hautes instances du pouvoir mondial ? 

Questionner ses origines permet de comprendre le socle de cet engagement ainsi que l’envolée de sa notoriété. Greta Thunberg est la fille de Malena Ernman, célèbre chanteuse d’opéra suédoise, qui représentera son pays à l’Eurovision en 2009. Son père, Svante Thunberg est, lui, acteur et producteur de renom. La jeune militante a donc grandi dans une famille connue et engagée. On apprend dans l’ouvrage Scènes du cœur que « La seule chose qui nous distinguait des autres, c’était peut-être l’engagement sans faille de mes parents pour les personnes dans le besoin »[5]Plus intéressant, dans le reportage Greta, l’icône du climat[6], on apprend que Greta Thunberg est apparentée à Svante August Arrhenius, Prix Nobel de Chimie en 1903. Ce scientifique fut le premier à étudier l’effet de l’accroissement du dioxyde de carbone sur le climat[7]. De quoi considérer que l’engagement de la jeune activiste née en 2003, est sincère et lié à une histoire familiale.

Mais qui gère, aujourd’hui, l’image de la jeune militante ? Des lobbies militants de la cause écologiste, sont-ils cachés derrière la volonté de Greta Thunberg ? Est-elle victime d’une forme de manipulation de la part de ses proches et de certaines organisations ? Bon nombre se posent ces questions, et particulièrement ses détracteurs. Une enquête réalisée dans le cadre de cet article de recherche, montre que les personnes interrogées ne considèrent pas que Greta Thunberg, parce que jeune, est plus manipulée que ne le serait quelqu’un de plus âgé. 

C’est le jour de la rentrée en Suède, le 20 août 2018, que Greta Thunberg lance son mouvement de grève scolaire. Le portrait de cette adolescente solitaire partant en croisade, fera la une des médias d’information. Croisade en solitaire ? Pas vraiment, en réalité. L’idée lui est venue lors d’échanges avec Bo Thorén, un activiste suédois. Dans son manifeste, elle évoque son inspiration : « C’était directement inspiré des lycéens de Parkland, qui avaient refusé de retourner à l’école après la tuerie qui y avait eu lieu »[8]. L’adolescente s’installe, ainsi, derrière les colonnes du Riksdag, le parlement suédois, accompagnée d’une pancarte sur laquelle les passants pouvaient lire : Skolstrejk för klimatet (grève pour le climat). De nombreux activistes la rejoignent dès les premières heures, dont des militants de Greenpeace. Cela montre leur volonté de soutenir cette démarche dès les débuts de la mobilisation.

Les premiers jours de manifestation en août 2018 furent également marqués par la rencontre avec Ingmar Rentzhog. Cet expert de la communication environnementale est un spécialiste de l’image et des relations publiques. Il est le créateur d’un réseau social dont les cibles sont les militants et les personnes sensibles à la crise climatique : We Don’t Have Time. Lorsqu’il entend parler de cette jeune fille en grève scolaire devant le parlement suédois, il se rend sur place et partage sur son réseau social une photo censée faire grimper la popularité du mouvement de la jeune fille. C’est tout du moins l’histoire qui est partagée par Greta dans son manifeste et par ce communicant dans le reportage Greta, l’icône du climat[9]. En réalité, selon Isabelle Attard, ancienne députée écologiste du Calvados, la famille Thunberg-Ernman et le communicant se connaissaient déjà. La rencontre « fortuite » avec ce spécialiste des relations publiques aurait, en réalité, été orchestrée : « En fait Ingmar Rentzhog et la famille de Greta se connaissent déjà et ont participé ensemble à une conférence sur le climat le 4 mai 2018. Peu de place au hasard donc, dans la rencontre à Stockholm, sur le trottoir devant le Parlement entre Ingmar et Greta. »[10]. Des personnes très influentes l’auraient, ainsi, poussée à s’engager et à créer son mouvement, même si l’activiste suédoise répond dans son manifeste : Rejoignez-nous : « Je n’appartiens à aucune organisation. Il m’arrive de soutenir ou de coopérer avec plusieurs ONG qui travaillent pour le climat ou l’environnement. Mais je suis entièrement indépendante et ne représente que moi-même. »[11]

Instrumentalisation ou non, l’analyse de la stratégie de relations médias (classiques et sociaux) de Greta Thunberg, permet d’observer que l’image de la jeune Suédoise, voulue naturelle et spontanée par ses proches, est pourtant judicieusement millimétrée. La viralité des publications sur les réseaux sociaux est l’un des premiers facteurs qui a permis une hausse rapide de la popularité de son mouvement. Des dizaines de journalistes viendront l’interviewer dans les heures et jours suivants le début de sa mobilisation en août 2018. Aujourd’hui, les chiffres de sa notoriété sont frappants. Selon une étude menée par la Fondation Jean Jaurès, 84% des français la connaissent. [12] Greta Thunberg a très vite compris que c’est en gagnant les médias, qu’elle gagnerait le cœur de l’opinion publique. 

En réalité, la famille Thunberg a une stratégie médiatique bien précise. Dans le reportage Greta, l’icône du climat, Svante Thunberg et la militante sont sollicités au début du documentaire afin de répondre aux questions du journaliste de France Télévision. Cette requête n’aboutira pas. Ce n’est que quelques jours plus tard qu’il sera contacté par le père qui demandera lui-même cette interview. De quoi prouver que l’image de la jeune fille est très contrôlée. Ce n’est pas le journaliste qui obtient l’entretien, mais bien Svante Thunberg qui le sollicite et qui impose des règles. Une condition est posée par les proches de Greta Thunberg, l’interview devra aborder les soupçons d’instrumentalisation et le financement de leur tournée Nord-Américaine. Cette stratégie de relations presse est descendante et non montante. C’est la famille qui est décisionnaire. Svante Thunberg utilisera cet entretien comme un réel outil de réponse aux critiques. Cette interview s’imbrique à part entière dans leur méthode de communication.

Mais le père n’est pas le seul à conduire la stratégie autour de la jeune militante. Dans ce même reportage nous découvrons l’existence d’une organisation qui gère les relations presse de Greta Thunberg : L’European Climate Fondation. Cette entité qui œuvre pour une société plus verte dans un contexte de crise environnementale, est dirigée par Laurence Tubiana, conseillère Environnement de Lionel Jospin en 1998 et diplomate française. Les relations entre Greta Thunberg et les médias sont administrées par Daniel Donner, salarié de cette Fondation Européenne. L’European Climate Fondation, outre la gestion des relations presse, millimètre l’image et toutes les relations publiques de Greta Thunberg. L’adolescente paraît forte, on ne peut pas douter de son engagement, mais on peut observer que depuis l’extérieur, des systèmes d’influence (ses proches, des lobbies militants, la fondation etc.) s’emparent d’elle comme un réel outil de communication.

La jeune activiste suédoise n’en est pas moins une personne très influente. La création du mouvement Youth For Climate en réponse à sa mobilisation, l’affirme. En septembre 2019, elle parvient à être invitée au sommet de l’Organisation des Nations Unies à New York durant lequel elle interpellera les plus grands dirigeants de la planète. L’adolescente refuse de s’y rendre en avion, l’impact environnemental étant trop important. C’est donc à bord d’un voilier zéro carbone qu’elle traversera l’Atlantique. Là encore, la question du financement de ce bateau se pose. Or, il ressort que c’est la famille princière de Monaco qui a mis à disposition le Malizia II. Comme une forme de mécénat. Greta Thunberg et ses proches se défendent en expliquant que les moyens mis à disposition, le sont par des personnes, souvent influentes, mais dont la sensibilité à la cause de la jeune activiste est forte. Cela montre qu’en effet, la jeune militante peut parfois servir de faire-valoir. Qu’elle représente un gage de responsabilité pour tous ceux qui comme la famille princière, ou Arnold Schwarzenegger, qui lui aurait prêté une voiture électrique lors de son passage aux États-Unis, se mettent en avant à ses côtés.

Difficile, dans ces conditions, de savoir si la jeune activiste est réellement influencée, même si l’on observe que de nombreux appuis extérieurs l’assistent dans son combat. Ce qu’il faut noter, c’est qu’elle a su s’entourer de personnes lui permettant d’atteindre les hautes sphères et les instances décisionnelles pour parler du combat qui lui tient à cœur. Son engagement, que l’on ne peut pas remettre en cause, s’est accompagné d’une grande popularité, lui offrant l’écoute des décideurs publics.

Brune Poirson, secrétaire d’État à la Transition écologique et solidaire, approuvait en septembre dernier, l’utilité de la mobilisation de Greta Thunberg ainsi que les bienfaits de son « grand discours de vérité ». Mais, d’un autre côté, la ministre s’interrogeait : Quelles solutions concrètes la jeune suédoise propose-t-elle pour répondre à cette urgence climatique ?[13]

Le militantisme face à la recherche de solutions concrètes : The Ocean Cleanup

Ainsi, certains préfèrent s’engager en faveur des fameux outils qui permettront de faire face aux enjeux de transition écologique. C’est le cas de Boyan Slat, qui se penche sur son projet de nettoyeur d’océans, depuis ses 17 ans. Lors d’une plongée sous-marine en Grèce, ce Néerlandais est attristé de voir le nombre de plastiques flottant dans la mer. Suffisamment pour arrêter ses études en ingénierie aéronautique[14] et se consacrer à la lutte pour l’environnement et la biodiversité. Ses efforts seront récompensés lorsqu’en 2014, il reçoit le prix de « Champions of The Earth », plus haute gratification en lien avec l’environnement offerte par l’Organisation des Nations Unies. 

Dès 2012, l’adolescent prenait la parole au cours d’une conférence TED lors d’un partenariat avec son université. Il y pointait du doigt le défi du nettoyage des océans en évoquant ces vortex de plastiques considérés comme des continents se dessinant en milieu marin. Son constat : « Nous avons créé ce gâchis. Nous avons même inventé ce nouveau matériau qui a causé tout ça, alors ne me dites pas que nous ne pouvons pas tout nettoyer ensemble »[15].

La méthode est différente. Le jeune Néerlandais a toujours aimé chercher, inventer, trouver des solutions concrètes. À la différence de Greta Thunberg, qui a plutôt concentré ses efforts sur le militantisme et l’alerte des décideurs publics. Résultat, Boyan Slat est beaucoup moins médiatisé. Lui, a utilisé une stratégie axée sur le digital avec la publication de vidéos qui deviendront virales. Sa communication est également basée sur une levée de fonds. Le projet The Ocean Cleanup a vu le jour grâce aux donateurs. Ce système de crowdfunding permettra de réunir 2 millions de dollars[16] et que les premiers prototypes voient le jour.

De manière à faire vivre The Ocean Cleanup, Boyan Slat et son équipe ont besoin du soutien des entreprises, financier ou en nature (don d’équipements, de matériaux…). Bon nombre de grands mécènes, sponsors et partenaires ont rejoint l’aventure avec pour objectif, de permettre au projet de se développer et de s’améliorer afin d’atteindre le but fixé : celui de nettoyer la moitié de l’océan Pacifique en 5 ans. Ces organisations appartiennent à des domaines très différents : ceux du conseil, des transports, de la banque, de l’informatique mais également des gouvernements, ou bien des universités, en tant que partenaires institutionnels.[17]

Il existe une grande différence d’approche entre les deux jeunes. Tout d’abord, celle-ci est marquée par leur communication et par la manière dont ils s’adressent à leur public. Greta Thunberg emploie des mots forts, impactants. Elle fait part de sa colère, semble plus alarmiste, plus pessimiste que le jeune Néerlandais. Elle utilise une communication sentimentale, empathique pour atteindre ses ambitions. Elle parle « au cœur » tandis que l’initiateur du projet The Ocean Cleanup s’adresse « à la raison ». Il est beaucoup plus informatif, il utilise des faits concrets afin de promouvoir son projet.

Lorsque Greta Thunberg et sa famille décident de ne plus prendre l’avion et d’adopter un mode de vie « vert », Boyan Slat assume utiliser encore du plastique car « c’est une matière très utile »[18]. Ce détail souligne la différence d’approche des deux personnalités bien que leurs engagements servent la même cause.

Une similitude, cependant, dans leur communication : l’utilisation du storytelling. Effectivement, la militante suédoise et sa famille, par l’écriture d’un livre racontant leur prise de conscience et les premiers pas de Greta Thunberg dans la lutte pour le climat, racontent une histoire. Tout comme l’initiateur de The Ocean Cleanup qui explique dans ses interviews la manière dont il a découvert la réalité du désastre écologique et qu’il s’est aperçu de l’urgence dans laquelle on se trouvait : c’était lors d’une plongée sous-marine en Grèce. En revenant sur ces histoires, les deux personnalités tentent d’installer un mythe fondateur pour plus de crédibilité, une meilleure mémorisation. De quoi toucher directement le cœur du public. 

L’idée n’est pas de disjoindre leurs visions respectives et leurs manières d’aborder la crise mais bien de reconnaître leur complémentarité. Greta Thunberg y participe en éveillant les consciences, en se faisant entendre par les plus grands dirigeants de la planète. De l’autre côté, Boyan Slat réfléchit aux solutions, les met en œuvre et atteint des objectifs concrets. Les deux stratégies sont donc liées et complémentaires : mobiliser – heurter les décideurs publics – chercher et mettre en place des solutions – obtenir des résultats. 

Selon David Kimelfeld, président de la Métropole de Lyon, interrogé dans le cadre de cet article, la mobilisation de jeunes tels que Greta Thunberg et Boyan Slat, a généré un effet « boule de neige » et a incité les collégiens, lycéens et étudiants à s’engager à leur tour, avec à la clé un fort impact médiatique.[19]

La place des jeunes et leur influence dans le débat politique

Les jeunes se sont toujours mobilisés lorsqu’un sujet leur tient à cœur. À travers différents moyens, leur volonté de se faire entendre et de jouer un rôle dans le processus décisionnel a toujours existé. Nous pouvons prendre l’exemple de Mai 68 et la remise en question généralisée du pouvoir gaulliste, l’opposition à la loi Devaquet de réforme des universités en 1986, mais également les manifestations contre le Contrat de Première Embauche en 2006.

Mais, depuis l’essor d’internet et des outils digitaux au 21ème siècle, leur capacité à attirer l’attention des décideurs publics a nettement augmenté. Cette génération possède la maîtrise de ces technologies largement utilisées dans le mouvement climatique. D’après l’enquête réalisée dans le cadre de cette recherche, la mobilisation des moins de 25 ans fait l’unanimité. Elle apparaît comme primordiale, nécessaire au bon déroulement de notre démocratie. Cependant, lorsque la question des moyens utilisés dans cette volonté d’engagement est posée, la capacité des jeunes à proposer des solutions concrètes aux problèmes sociétaux, est préférée aux manifestations[20].

Aujourd’hui, nous notons une augmentation des mobilisations avec la grève scolaire lancée par Greta Thunberg, les Marches pour le climat et la création du mouvement Youth For Climate, qui est une réponse à l’appel à la mobilisation de l’adolescente suédoise. Selon les personnes interrogées, le sujet le plus pertinent porté par les jeunes, est  bel et bien l’environnement. Selon David Kimelfeld, « Les questions environnementales font partie du débat public depuis de nombreuses années, mais depuis 2 ou 3 ans, le climat est omniprésent en politique, notamment en France et en Europe avec la montée en puissance des partis dits écologistes »[21]. Toujours d’après l’élu, les mobilisations permettent de faire bouger les choses. Ainsi, l’environnement étant devenu une valeur centrale des politiques publiques, selon lui, il y a déjà une forme de victoire dans la prise en compte du sujet.

Le fait que les jeunes sont souvent utilisés comme outils de marketing politique, plus que comme des personnes à même d’apporter une valeur ajoutée au débat, est relevé par les personnes interrogées.[22] Lors de cette même étude, l’argument d’un défaut de crédibilité, est souligné. Or, dans le film « Demain », l’importance de l’éducation et de la pédagogie, sont soulignées[23]. Ceci, corrélé au développement du numérique et à l’impact médiatique dont bénéficient les moins de 30 ans[24], doit permettre aux jeunes de pallier ce manque d’expérience qui peut leur être reproché. Dans le livre Scènes du cœur, Malena Ernman explique que d’après Ray Kurzweil, directeur de développement chez Google : « Un enfant équipé d’un smartphone dans un village en Afrique a accès à plus d’informations que le président américain, il y a seulement 20 ans »[25].


Ainsi, alors que nous avons pu observer que Greta Thunberg est influencée par ses proches et certaines organisations, cette influence n’est pas néfaste puisqu’elle émane d’un réel engagement de la jeune militante. La gestion de son image par l’European Climate Foundation fait d’elle, un outil marketing, une figure iconique de la lutte contre le réchauffement de la terre. Pour autant, l’adolescente apparaît sincère dans ses actions et dans son combat. Influencée, peut-être mais influenceuse surtout, que ce soit auprès des jeunes, dans les médias et de ce fait, auprès des décideurs publics. Greta Thunberg sert la cause grâce à cette forte médiatisation, créant cet effet boule de neige puisque les supports d’information s’intéressent à elle. De quoi pousser l’opinion publique à prendre conscience de la crise et les décideurs publics à réagir. 

Même chose pour Boyan Slat, dont l’influence repose sur son expertise, sur sa connaissance des sujets qu’il défend. Cependant, des millions de dollars gravitent autour de son projet The Ocean Cleanup. Bien, pas bien ? Encore une fois, la force de l’engagement du jeune homme ne peut être mise en doute. Boyan Slat influence davantage l’opinion publique que les décideurs publics. Moins partisan que la jeune Suédoise, sa stratégie de communication paraît aussi moins clivante et moins controversée.

De quoi constater que la mobilisation des jeunes et leur volonté d’influer sur le processus décisionnel, est bel et bien utile. Bien que souvent attaqués sur leur manque d’expérience ou leur manque de crédibilité, leur engagement est une réelle valeur ajoutée, particulièrement pour la cause climatique. La génération qui se soulève aujourd’hui est bien celle qui connaîtra les pires moments de la crise environnementale. Il est donc tout à fait cohérent et légitime qu’elle s’empare du sujet. Reste que la préservation de l’environnement est assujettie à de nombreuses controverses. Les groupes de pression et les organisations voulant participer à cette transition verte sont nombreux. De quoi réfléchir au rôle de différents lobbies dans cette lutte contre le réchauffement climatique.

Paul Boucaud


[1] Le rapport du Giec sur un monde à 1,5 degré expliqué en deux minutes, GoodPlanet mag’, 08 octobre 2018

[2] LEPROVOST, Julien, Jean Jouzel réagit au rapport du Giec sur un réchauffement planétaire de 1,5 °C, GoodPlanet mag’ 08 octobre 2018

[3] [23] Demain, réalisation par Cyril Dion et Mélanie Laurent, 2015

[4] THUNBERG, Greta, Svante, ERNMAN, Beata, Malena, Scènes du cœur, Stockholm, 2018, Bokförlaget Polaris, 360 pages, p.85

[5] THUNBERG, Greta, Svante, ERNMAN, Beata, Malena, Scènes du cœur, Stockholm, 2018, Bokförlaget Polaris, 360 pages, p.34

[6] [9] Greta, l’icône du climat, Envoyé Spécial, France Télévision, 23 janvier 2020

[7] Svante August Arrhenius, Wikipédia.org

[8] THUNBERG, Greta, Rejoignez-nous #grevepourleclimat, 2018-2019, Kero, 36 pages, p.28

[10] ATTARD, Isabelle, capitalisme vert utilise Greta Thunberg, 09 février 2019, Reporterre

[11] THUNBERG, Greta, Rejoignez-nous #grevepourleclimat, 2018-2019, Kero, 36 pages, p.29

[12] Étude internationale sur la notoriété de Greta Thunberg réalisée par l’Ifop pour la Fondation Jean Jaurès, octobre 2019

[13]  VIDEO. Brune Poirson salue « un grand discours de vérité » de Greta Thunberg mais « ne croit pas qu’on puisse mobiliser avec du désespoir », 24 septembre 2019, francetvinfo.fr

[14] [16] Boyan Slat, Wikipédia.org

[15] Comment les océans peuvent s’auto-nettoyer : Boyan Slat à TEDxDelft, TEDx Talks, YouTube, 24 octobre 2012 

[17] Partners, TheOceanCleanup.com

[18] Invité : Boyan Slat, l’homme qui veut en finir avec le plastique dans les océans, Quotidien, TMC, 29 janvier 2020

[19] [21] Interview de David Kimelfeld, Président de la Métropole de Lyon, réalisée dans le cadre de cette recherche universitaire.

[20] [22] [24] Étude réalisée auprès de 10 personnes dans le cadre de cette recherche universitaire

[25] THUNBERG, Greta, Svante, ERNMAN, Beata, Malena, Scènes du cœur, Stockholm, 2018, Bokförlaget Polaris, 360 pages, p.111